T’as été bonne, 2018 : Nos spectacles de l’année

Illustration : Madeleine Aubin

Vous le savez, on passe presque plus de temps dans les diverses salles de spectacles de Québec et d’ailleurs que dans nos propres maisons. Des shows, on en voit. À la planche. On en mange. Même après avoir perdu le Cercle comme lieu de diffusion, Québec a été vivante presque sept soirs par semaine. Ça, on le doit aux producteurs et aux diffuseurs qui nous ont proposé une grande variété de shows de toutes sortes. Vous comprendrez donc que lorsqu’on a demandé à nos collaborateurs de dresser une liste de leurs concerts préférés, ceux-ci sont devenus nerveux : comment choisir parmi tous ces beaux moments! On y est arrivé, et on vous présente ça ici, par ordre chronologique (en quelques pages, tout de même).

 

Julien Baby-Cormier : La première visite du chanteur folk suédois avait été un rendez-vous semi-manqué. Première partie pénible qui joue trop longtemps, ce qui écourte une prestation sous la tente de l’espace 400e avant le Moulin à images. Son retour 10 ans plus tard s’est déroulé dans de meilleures conditions. La salle Octave-Crémazie pleine à craquer était hypnotisée par les ballades complexes et le jeu de guitare édifiant de ce sympathique musicien. Il a parcouru assez également ses trois albums dans un concert sans faille. Un risque payant du Grand Théâtre qui donne espoir aux mélomanes de voir dans la capitale d’autres artistes de même acabit.

Gabriel Tremblay : Encore aujourd’hui, j’ai dû mal à décrire l’énergie qui émanait autour du guitariste suédo-argentin. La mécanique des mouvements de José Gonzales, seul en compagnie de sa gratte, est un ensorcellement dont lui-seul en est capable. Il joua une bonne partie de l’album Vestige & Claws en plus l’iconique Heartbeats. Captivé, la salle Octave-Crémazie lui réserva une chaleureuse ovation de plusieurs minutes à la fin de sa perfo, comme quoi Québec Rock City peut aussi recevoir adéquatement les plus grandes pointures folk.

 

2. Barry Paquin Roberge – La Taverne (Saint-Casimir), 23 février

Barry Paquin Roberge – Photo : Jacques Boivin

Jacques Boivin : Le band de rock psychédélique joyeux Barry Paquin Roberge a fait comme nous en cette froide soirée du 23 février : il a bravé la tempête et s’est rendu dans le plus coquet village de Portneuf pour rocker la mythique Taverne. Nous étions peu nombreux, mauvais temps oblige, mais les quelques courageux qui s’étaient déplacés ont eu droit à tout un petit show. Les gars étaient VRAIMENT décontractés, ils avaient beaucoup de fun (contagieux), ils nous ont fait quelques reprises (Jive Talkin’, des Bee Gees, entre autres) et ils nous ont expliqué le secret de leurs voix magiques (leur beau linge très skinny). Comme quoi, des fois, les shows les plus le fun ne sont pas les plus gros… et comme quoi, des fois, braver la tempête donne de bons résultats.

 

3. Dany Placard – L’Anti Bar & Spectacles, 1er mars

Dany Placard – Photo : Jacques Boivin

Jacques Boivin : Placard. Les chansons de « Full Face » me rentrent encore dedans. Fallait bien que j’aille voir le grand gaillard d’outre-Parc les défendre avec toute l’énergie qu’on lui connaît. Une prestation surtout très rock, comme le dernier album. De la grosse énergie. De l’émotion pure. Une communion avec la soixantaine de fans finis venus pour le voir et chanter avec lui. Tout ça, sans artifices. Pas besoin de ça, les artifices, quand t’as tout le talent du monde pis un band solide pour le backer.

 

4. Alex Nevsky avec l’OSQ – Grand Théâtre de Québec, 13 mars

Julie Bourassa : Voir Alex Nevsky en concert est toujours un moment de bonheur que j’ai eu l’occasion de vivre à quelques reprises. En mars dernier, Nevsky s’est produit au Grand Théâtre avec l’Orchestre symphonique de Québec, et c’était là l’occasion de le découvrir sous une autre de ses multiples facettes. Les arrangements élevaient ses chansons et sa poésie à un tout autre niveau en leur apportant à la fois douceur, drame, tristesse, romance. Longtemps après les dernières notes, je suis restée enveloppée de toute cette beauté qui réchauffait le coeur.

 

Hubert Lenoir – Photo : Jacques Boivin

Marie-Ève Fortier : Récit de petites et grandes victoires passées et à venir, le lancement de Darlène avait dans son essence même quelque chose de subversif et novateur. Prenant d’assaut le haut-lieu de la culture mainstream, vous imaginez bien que Lenoir a donné tout un spectacle, sans compter la fougue des musiciens qui l’accompagnaient. Encore une fois, aussi, le sentiment de se retrouver entre nous, nous qui ne nous reconnaissons peut-être nulle part ailleurs que dans les refrains entraînants de Darlène.

 

Philippe Brach – Photo : Jacques Boivin

Julien Baby-Cormier : Ce soir-là, l’équipe du FEQ présentait un trio d’artistes parfait pour un samedi soir. Ce fut d’abord l’occasion de découvrir Mon Doux Saigneur et son efficace rock teinté de blues. Barry Paquin Roberge a fait danser tout le monde, puis Philippe Brach est venu montrer à tous l’étendue de son talent. Il était sidérant de constater à quel point son trio d’albums regorge de pièces solides et diversifiées. Parfois les artistes concentrent les chansons spécialement populaires vers la fin pour clore en beauté; de son côté, Brach donne l’impression de faire ça à longueur de concert tant les acclamations de la foule sont constantes. La réaction la plus timide fut d’ailleurs pendant une reprise de Black Swan de Thom Yorke, qui n’avait visiblement pas fait son chemin vers les oreilles de tous les spectateurs.

 

Les Martyrs de Marde. Photo : Nicolas Padovani

Marie-Ève Fortier : Mon premier spectacle des Martyrs de Marde, comment ne pas le placer parmi mes tops de l’année? Une expérience englobante, trash mais rassembleuse, intense dans tous les sens du terme. Les musiciens en ont profité pour célébrer le poète maudit Denis Vanier, et ce grâce à la collaboration spéciale de Simon-Pierre Beaudet. Loin d’être les seuls à avoir accouplé musique et littérature, les Martyrs de Marde étaient précédés par un Gaspard Eden toujours aussi envoûtant, qui a bien voulu nous partager un texte de son cru entre deux délires musicaux.

 

Ponctuation. Photo : Nicolas Padovani

Madeleine Aubin : Je n’ai pas assisté au programme complet de cette soirée. Il y avait cette dégustation de bières à l’Observatoire avant et force m’est d’admettre qu’il me manque des petits bouts (Tut, tut, tut! Avril, c’est loin, okay?!) N’empêche, je me rappelle de Ponctuation. Si je m’en rappelle, c’est que c’était bon.

 

9. Samuele – Théâtre Petit-Champlain, 5 mai

Samuele – Photo : Jacques Boivin

Jacques Boivin : Aussi bizarre que ça puisse paraître, je n’avais pas encore vu un show complet de Samuele en formule full band. Je savais que Samuele est capable de donner des maudits bons shows tout seul, mais j’avais hâte de voir ce qu’il a dans le ventre quand il est accompagné de son band de course. Évidemment, on apprécie les chansons folk-blues de l’artiste, on a eu beaucoup de fun en écoutant « Les filles sages vont au paradis, les autres font ce qu’elles veulent », mais un show de Samuele, c’est aussi de longues interventions, toutes pertinentes et remplies d’humour, entre les chansons. Un excellent cours en accéléré sur les notions de genre (avez-vous remarqué que je parle de Samuele au « il »?), le féminisme, et plein d’autres choses qu’on croit connaître, mais qu’on découvre autant que les autres spectateurs. Didactique et divertissant. La combinaison parfaite!

 

10. Klô Pelgag et VioleTT Pi – Salle des Grands-Bois, 19 mai

Madeleine Aubin : Les pépins électriques n’auront pas eu raison de mon plaisir à ce fort joli rendez-vous. D’abord, VioleTT Pi en formule « tout-seul » et un modeste éclairage, c’est doux et ça ne devrait jamais s’arrêter. Point. Mais il fallait bien que Klô y succède et elle n’a en rien cassé l’ambiance, bien sûr! Laissant les costumes de côté, ce n’était pas gênant de fermer les yeux et de se laisser bercer par l’orchestration délicate, le temps de s’imaginer que la grande salle de la Microbrasserie est juste un peu plus enveloppante. Il a fallu couper court, mais pas sans nous laisser avec une version ukulele unplug obligée de Les ferrofluides-fleurs.

 

11. La messe transfigurée de Klô Pelgag – Santa Teresa, 20 mai

Klô Pelgag – Photo : Julien Gagnon

Marie-Ève Fortier : Quand les idées farfelues de Klô Pelgag et l’inusité génie de ses acolytes rencontrent l’acoustique inimitable et la charge symbolique de l’Église Sainte-Thérèse d’Avila, difficile de ne pas passer une soirée inoubliable! Entre le thérémine, les duos avec VioleTT Pi, les parties seule au piano et la formule symphonique, il y avait de quoi faire vibrer l’audience!

 

12. Simon Kearney, Alex Burger et Mon Doux Saigneur – Le Pantoum, 3 juin

Simon Kearney – Dessin moche: Marie-Ève Fortier

Marie-Ève Fortier : Annoncé quelques heures à peine avant que les premières lignes de guitare de Kearney remplissent la chaleureuse salle du Pantoum, ce spectacle spontané s’est déroulé un peu comme un rêve. Les amis qui se pointent petit à petit, les musiciens qui jamment avec nonchalance et qui – bien sûr, ils sont tellement bourrés de talent – font culminer chacune de leurs chansons dans de belles apothéoses musicales. Un spectacle à la fois informel et intense, où la musique a eu la plus belle part.

 

13. Fred Fortin – Limoilou en musique, 10 juin / L’Anti Bar & Spectacles, 5 décembre

Fred Fortin – Photo : Jacques Boivin

Julien Baby-Cormier : Les performances d’homme-orchestre de Fred Fortin relevaient de la légende pour moi. Il y avait plusieurs années qu’il n’avait pas tourné en mode solo. Les rumeurs n’étaient pas exagérées. Le talent de cet homme est absolument invraisemblable. Comment peut-on jouer des lignes de guitare aussi complexes tout en chantant et en s’occupant d’une rythmique souvent élaborée aux percussions seul si on n’est pas un peu surhomme? L’autre aspect trippant est de naviguer à travers l’entièreté de sa discographie en ayant l’impression que (presque) tout est possible. Des spectateurs criaient des titres et Fortin semblait ajuster son spectacle en conséquence, proposant plusieurs chansons que je n’avais jamais entendues en spectacle. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, il n’a pas mis de côté les chansons plus rock, y allant de performances énergiques de certains canons comme Massacre à l’harmonica ou St-Prime de Gros Mené… à voir!

Jacques Boivin : Que ce soit à Limoilou en musique en juin, au Festif en juillet ou à L’Anti en décembre, ce show-là était tout simplement magnifique. Je dis « ce show », mais il faut comprendre que Fred Fortin en solo, c’est jamais le même show. Surtout en mode homme-orchestre, où il s’amuse à fouiller dans son TRÈS VASTE répertoire et à nous sortir des morceaux qu’on n’avait pas entendus live depuis des siècles… quand on les a déjà entendus live. Mais ce qui nous fascine le plus avec le virtuose de Saint-Prime, c’est l’apparente facilité qu’il a de jouer de la guitare et de la batterie tout en chantant. Seul. Pourtant, on se ferme les yeux et on a l’impression qu’il a un band complet derrière lui. Tout ça en communiant avec nous. Respect, Fred. Respect.

 

14. Forest Boys – Fête de la musique de Québec, 15 juin

Forest Boys – Photo : Julie Bourassa

Julie Bourassa : L’année 2018 a été foisonnante pour le clan Forest Boys. D’abord en tant que gagnant de la grande finale de la troisième édition des Apéros FEQ tenue à l’Impérial Bell en mai grâce à une performance électrisante, j’ai à nouveau pu voir en action le septuor de Québec à la Fête de la musique tenue en juin. Dans les deux cas, l’expérience était festive, éclatée, groovy et annonciatrice de quelque chose de plus grand. Du moins, j’espère ne pas me tromper. C’est que les projets tourbillonnent dans le sillage des frères Chiasson/Lenoir, dont l’excellent nouvel album du groupe The Seasons, formé entre autres de trois des sept membres de Forest Boys. Quelle place occupera ce projet au cœur de Julien Chiasson, chanteur de la formation, dans les prochaines années? Il faudra, comme moi, demeurer à l’affût pour le savoir.

 

15. Ólafur Arnalds – Palais Montcalm, 29 juin

Photo: Marion Desjardins

Gabriel Tremblay : Non mais quelle prise du Palais Montcalm quand même! la mélodie d’Ólafur Arnalds, figure islandaise éminente de l’univers néo-classique était de passage en juin dernier. Marion et moi étions complètement charmés par la prestation du scandinave. La formule? Un quatuor à cordes, deux pianistes et un percussionniste. Littéralement envoûtante, cette soirée restera longtemps gravée dans ma mémoire. Le mouvement où Viktor Orri Arnason, seul au violon, y va d’une danse saccadée tout en jouant me donnait une des ces chairs de poule inoubliables.

 

16. Joe’s Garage – Festival OFF de Québec, 4 juillet

Joe’s Garage – Photo: Jacques Boivin

Marie-Ève Fortier : C’était original, audacieux, unique: l’opéra rock de Frank Zappa dans son intégralité, et ce présenté par 13 de nos artistes locaux favoris. Armés de leurs plus beaux costumes et de leur panoplie d’instruments, ils ont su donner vie à cette oeuvre aussi éclectique qu’ingénieuse. Et quel meilleur endroit pour présenter un projet aussi farfelu que le Festival OFF de Québec, dont on aime tant le public que l’ambiance.

 

17. Loud/Alaclair Ensemble – Festival d’été de Québec (7 et 15 juillet)

Loud. Photo : Nicolas Padovani

Julie Bourassa : Il fallait bien qu’il y du rap dans mon Top 5, mais puisque cette scène est effervescente au possible, il est difficile de choisir. Loud a offert un album dont je ne me lasse pas, et sur scène, il livre des performances à la hauteur de ses prétentions. Que ce soit au FEQ ou lors de sa série de supplémentaires à l’Impérial Bell, Loud est toujours charismatique, je dirais même magnétique. Prestance, assurance, aisance, juste la bonne dose d’arrogance, tout y est. Alaclair Ensemble est loin d’être en reste avec leur excellent album « Le sens des paroles ». Les spectacles qu’ils ont offert cette année à l’Impérial Bell dans le cadre du FEQ et lors du lancement de leur nouvel opus étaient complètement survoltés. Une dose massive d’énergie qui est loin de vouloir s’éteindre. En effet, malgré qu’ils aient chacun leurs projets personnels menés en parallèle, le groupe demeure toujours aussi soudé, créatif et très productif.

 

18. The War on Drugs – Festival d’été de Québec, 8 juillet 2018

The War on Drugs – Photo : Jacques Boivin

Jacques Boivin : Un moment que j’espérais depuis plusieurs années s’est enfin produit au parc de la Francophonie avec la visite de la bande à Granduciel. Pendant près d’une heure et demie, The War on Drugs nous a fait voyager avec son rock stratosphérique et un dispositif d’éclairage qui nous aidait à plonger dans l’univers musical feutré du groupe. Même s’il n’est pas le plus loquace sur scène, Granduciel nous hypnotise par des solos bien envoyés et une voix capable de donner des frissons aux bons moments. Un moment parfait dans un Festival d’été qui en a compté un grand nombre.

Gabriel Tremblay : Outre la mélodie grandiose qu’est le rock planant d’Adam Granduciel et sa bande, le visuel de ce spectacle était éblouissant. Un anneau lumineux entourait les musiciens sur la scène du Pigeonnier. Nous n’avions jamais vécu une soirée stoner/psychédélique aussi intense. Qui a dit que des rockeurs poilus de la Pennsylvanie ne pouvait faire pleurer des mélomanes. Définitivement, une des prestations marquantes de la dernière édition du FEQ.

 

19. The Chainsmokers – Festival d’été de Québec, 11 juillet

Julie Bourassa : Après seulement dix minutes de leur grandiose prestation au FEQ, nous avions déjà eu droit à des explosions à profusion, des jets de fumée et des éclairages laser, en plus de nos deux adorables comparses déchaînés et tout sourire. Ce rythme effréné s’est poursuivi toute la soirée sans jamais nous laisser une seconde de répit. Tout cela peut sembler beaucoup, voire même de la poudre aux yeux, mais ce n’est pas le cas. L’ensemble de la proposition est demeurée cohérente, bien dosée et structurée, alternant entre les sessions de DJ et la voix fort convaincante du charmant Andrew Taggart. Et lorsque deux vedettes internationales semblent sincèrement émus et impressionnés, voir même déstabilisés, par l’accueil de la foule, on ne peut qu’être charmé par cette connexion humaine qui supplantait la froideur de l’électronique.

 

20. Galaxie et Les Hôtesses d’Hilaire – Festival d’été de Québec, 13 juillet

Galaxie – Photo : Jacques Boivin

Julien Baby-Cormier : Par une magnifique soirée caniculaire, un duo de groupes extravertis a pris d’assaut le parc de la Francophonie pour un concert rock mémorable. Si la réputation d’excentrique et sympathique leader de Serge Brideau n’est plus à prouver pour la plupart des amateurs de musique locale, c’était pour moi un soir de première tout à fait convaincant. Galaxie a pour sa part prouvé qu’on peut faire un excellent spectacle malgré un nouveau disque un peu moins convaincant. Si la recette devient un peu redondante sur album, Olivier Langevin a réussi à trouver une séquence vraiment efficace, mélangeant les nouvelles chansons avec les grosses pointures, créant un spectacle déjanté et très dynamique. Les efficaces délires psychédéliques en concert me font espérer un prochain disque où les explorations électros laisseraient leur place à quelque chose d’un peu plus costaud. À mon plus grand bonheur nous avons même eu droit à quelques pièces issues du « Temps au point mort », encore un de mes disques québécois préférés. Deux gros groupes sur la plus belle scène du Festival, ça ne peut qu’être inoubliable!

 

21. Bob Log III et Keith Kouna – Le Festif!, 20 juillet

Bob Log III – Photo : Jacques Boivin

Madeleine Aubin : Là, je vous entend déjà me dire : « Coudon’ tu parles juste de spectacles dans Charlevoix… t’es biaisée, la mére! » Nenon. Mon expérience de musique live ne se restreint pas qu’entre le 19 et le 22 juillet, mais, il y a quelque chose dans l’air à l’entrée de la Côte-Nord qui rend les artistes plus vibrants que jamais! En toute humilité, j’admets que ne connaissais pas l’homme-orchestre qu’est Bob Log III et quelle découverte ce fut! Un feu roulant instrumentale de rock-festif-grunge-limite-bluegrass bien pésant qui a surchauffé la salle. Sans parler de la mise en scène très « ouate-de-phoque » qui offre notamment de s’abreuver dans l’animal pneumatique de son choix ou de prendre un selfie assis sur les genoux du masqué personnage! Il ne fallait pas être trop brûlé par le soleil de la journée pour tenir bon jusqu’à Keith Kouna. Ce dernier était dans une forme explosive pour nous souhaiter Bonsoir Shérif. La salle qui était en feu est passé à l’état de magma en fusion. Biaisée, ici? Peut-être un peu… Que voulez-vous, c’est Keith Kouna et c’était la fête d’Anne-Christine Guy avec qui je partageais le devant de la scène; nous l’avions tout entier juste pour nous! Nous avons chanté avec lui, joues contre joue. Je peux mourir sereine!

 

22. Stéphane Lafleur – Le Festif!, 22 juillet

Stéphane Lafleur – Photo : Jacques Boivin

Madeleine Aubin : Eh non, je ne fais pas exception. Stéphane Lafleur se retrouve aussi dans le palmarès de ma très courte liste de spectacles vus cette année. En effet, j’ai troqué la musique pour le théâtre en 2018 (ça et pour les parties de balle molle, les vendredis!). Ainsi, j’ai passé à côté de manifestations possiblement plus phénoménales et qui se seraient sans doute taillées une place de choix ici (GENRE Lydia Képinski au Cinéma L’Amour qui me laisse encore aujourd’hui la trace de mes dents sur les doigts). Néanmoins, ne négligeons pas tout le spectaculaire d’un lever de soleil en compagnie du leader d’Avec pas d’casque. La prestation défend très bien sa position de par la simple idée de nous faire lever à 3 h 30 (moi) ou de ne juste pas aller se coucher (les autres) pour se décoller les yeux avec la poésie de Lafleur. Idée dont le crédit revient au Festif! de Baie-Saint-Paul et qui, magiquement, permettait que tous les éléments s’imbriquent pour créer une expérience inimitable. Imaginez : encore un peu enivrés des heures précédentes, tenant encore debout avec l’énergie de la satisfaction des trois jours précédents, vous attendez sagement dans la noirceur même pas encore bleutée par l’annonce d’une nouvelle journée. On vous fait entrer silencieusement dans un enclos au beau milieu d’un champs dont la scénographie laisse croire qu’elle se résume à une lampe sur pied et un tabouret. Vous n’avez encore rien vu.

Jacques Boivin : Stéphane Lafleur. Les chansons d’Avec pas d’casque et autres compositions. Un champ. Des chèvres. Des vaches. Des poules. Du foin qui sent (et qui feel) la rosée. Le soleil qui se lève. Rien de vraiment spectaculaire, de grandiose, de saisissant. Juste de quoi d’aussi simple que chaleureux. Juste de quoi nous permettre de repartir de là au début d’une journée flambant neuve.

 

23. Mon Doux Saigneur et De.Ville – L’Arrière pays, montagne créative, 22 juillet

Madeleine Aubin : Grosse journée pour les wow! que ce 22 juillet! Après Stéphane Lafleur à l’aube, ma deuxième plus belle expérience de l’année m’attendait, passé le crépuscule, à l’Après-Festif, et ce, quoi qu’en aura bien voulu me faire dire la pluie! Les nouveaux joueurs que forment la bande à Kévin Besnard accueillaient, dans l’ordre, Aurore, De.Ville, Alex Burger et Mon Doux Saigneur sur leur célèbre-en-devenir scène en bois rond. En plein cœur de la forêt, la formule de l’Arrière-Pays laisse place à l’improvisation entre les artistes, en fin de spectacle. C’est là que les quelques courageux qui s’étaient déplacés malgré le déluge ont, comme qu’i dirait « pogné de quoi »! Non pas que chaque formation n’ait donné une performance digne de mention, mais le mariage Mon Doux-De.Ville était d’un naturelle si déconcertant, d’une beauté si surprenante, que personne n’a pu faire autrement que de laisser tomber sa mâchoire inférieure. Oui, j’ai peut-être raté plein de concerts, cette année, mais, vous, vous avez raté ça, et je vous jure que vous faites pas les fiers!

 

24. Québec Redneck Bluegrass Project – La Taverne (Saint-Casimir), 26 juillet

Katia Desgranges : L’énergie concentrée de ce groupe est sans contredit un incontournable pour festoyer un max. Une fête d’enfer avec des musiciens de haut calibre se sont présentés à guichet fermés presque partout dans la province. Surveillez les, car ils sont souvent au Québec pendant l’été.

 

25. Future Islands – Osheaga, 4 août

Photo: Gabriel Tremblay

Gabriel Tremblay : Celui-là, je l’ai vraiment eu en plein sur le menton. Je connaissais le groupe nord-carolinien à l’audio seulement et j’adorais des morceaux comme Seasons ou Ran. De vive voix, l’expérience est complètement différente. Sam Herring, leader du groupe, s’arrache les tripes à chaque morceau comme s’il n’y avait pas de lendemain. Sa prestance est une vraie leçon de mouvements poignants, comme quoi, c’est possible de brasser une scène sur du synth-rock atmosphérique.

 

26. Karkwatson – FME, 1er septembre

Karkwatson – Photo : Jacques Boivin

Jacques Boivin : J’avais manqué la première sortie de ce supergroupe mythique il y a dix ans. Je ne pouvais pas rater son grand retour même s’il m’a fallu me taper onze heures de bus pour en être témoin. Karkwatson, c’est Karkwa ET Patrick Watson en même temps sur la scène, les membres des deux formations jouant tous ensemble leurs chansons respectives à tour de rôle (ou presque). Une prestation parfaitement équilibrée qui nous a permis de passer en douceur de la soul de Watson au rock karkwaesque. Ensemble, les deux univers se complètent tellement bien qu’on se demande qu’est-ce qui les retient d’enregistrer un album ensemble. Au Centre Vidéotron le 18 décembre prochain. On va essayer d’y être!

 

27. Jean-Michel Blais – Grand Théâtre de Québec, 6 septembre

Julie Bourassa : C’est devant un public extrêmement diversifié et décontracté, dans une salle Octave-Crémazie qui affichait complet, que s’est produit en septembre dernier le jeune pianiste de 34 ans, Jean-Michel Blais. Avec pour unique décor son piano ainsi que des éclairages sobres, pointés vers lui, l’éclat et les étincelles émanaient de sa musique et de sa personnalité si chaleureuse et attachante durant ce concert envoûtant. Avec son humour si naturel, il a su charmer son public à chacune de ses interventions, simplement en étant lui, ce musicien passionné et volontaire, prêt à embarquer son public dans son univers musical. Je m’y suis abandonné sans même y réfléchir, faisant confiance à cette aventure qui nous était proposée.

 

28. Agnes Obel (+ Alexia Avina) – Impérial Bell, 11 septembre

Agnes Obel – Photo : Charline Clavier

Katia Desgranges : Respect et douceur. Des anges venues nous envoûter. Cette soirée passée à se faire bercer a fait du bien à l’âme de toute une salle sensible et ultra silencieuse. Le respect n’est pas mort, mais encore faut-il l’inspirer ce respect. Alexia en première partie et Agnès ont ce don, ce charisme qui calme les esprits.

 

29. Lydia Képinski – Show de la rentrée, 12 septembre

Lydia Képinski – Photo : Jacques Boivin

Jacques Boivin : On a peut-être manqué le fabuleux Sadenight que notre Képi préférée a présenté au public montréalais quelques semaines plus tard (merci pour la vidéo, en passant), mais ce petit tour de chant d’un peu plus d’une heure a montré aux jeunes que Lydia, c’est du sérieux. Accompagnée de son trio de musiciens de feu, la jeune femme nous en a fait voir de toutes les couleurs (c’est le cas de le dire, grâce au dispositif scénique de nos amis du Show de la rentrée), que ce soit avec les savoureuses chansons de « Premier juin » ou avec celles de son EP homonyme. De l’énergie à revendre, une présence scénique unique, une désinvolture qui cache parfois l’énorme travail derrière l’oeuvre. Mais bon. Si Lydia veut revenir à Québec, on lui rappelle que nous avons nous aussi une salle de spectacles qui a été un cinéma porno…

 

30. Wolf Parade / Suuns – Impérial Bell, 26 septembre

Wolf Parade – Photo : Marion Desjardins

Julien Baby-Cormier : Si cette soirée FEQ a été un peu moins courue que d’autres, ce n’était pas faute d’avoir une excellente programmation. We Are Wolves a bien fait son travail avant l’arrivée de Suuns qui a présenté son rock complexe et hermétique devant une foule conquise. Look No Further, Powers of Ten et Paralyzer furent particulièrement exaltantes; du gros stock. Wolf Parade a ensuite prouvé qu’il est l’un des groupes de la mouvance “indie” les plus concis. Ce n’est pas donné à tous les groupes d’être à la fois énergique et précis dans leur exécution; l’échange du rôle de chanteur principal entre le claviériste Spencer Krug et le guitariste Dan Boeckner y est peut-être pour quelque chose. Ce fut donc un spectacle frôlant la perfection et les présents auront donné beaucoup d’amour au groupe britanno-colombien (montréalais d’adoption). On annonce une suite à l’album « Cry, Cry, Cry » pour 2019; une très bonne nouvelle!

 

31. Jérôme 50 – Maison de la littérature de Québec, 11 octobre

Jérôme 50 – Photo : Charline Clavier

Charline Clavier : Au milieu de la maison de la littérature, il y avait ce gars là, devant son drapeau d’un Québec décomplexé de la consommation. Son prof de philosophie Nicolas Rancourt était là pour introduire ses chansons. Seul en scène, Jérôme 50 a frappé de par sa simplicité et son honnêteté. Enchainant les pièces qui allaient paraître le lendemain même, il a conquis son public qui avouons le, avait déjà une idée bien faite sur l’artiste. Sans oublier le trio avec Julien Chiasson et Jeanne Guérard, ce lancement est une réussite solide.

 

32. Émilie Clepper – Théâtre Petit-Champlain, 18 octobre

Katia Desgranges : Nouvelle équipe, nouveau son, nouvelle langue. Le français et la poésie intégrés avec une musique bien sentie. La migration est complète. Vous aurez donc la chance de la voir dans une salle du Québec en 2019. Nouvelle version d’Emilie, nouvelle tournée avec son projet déjà bien étoffé.

 

33. Martin Léon – Grand Théâtre de Québec, 23 octobre

Martin Léon – Photo : Nicolas Padovani

Katia Desgranges : L’appel du voyage non organisé, la rencontre du vivant et la découverte de ses inspirations musicales et rythmiques. Ce soir là, Martin Léon présentait le dernier spectacle d’une tournée de plusieurs années : Les atomes – laboratoire exotique. Mis à part les trames sonores de films, je me demande ce qu’il va nous préparer pour l’année à venir!

 

34. Anatole – Le Drague Cabaret Club, 31 octobre

Anatole – Photo : Jacques Boivin

Jacques Boivin : On avait bien hâte de voir cette version améliorée du dandy musical de Québec et boy, il n’a pas déçu. Fini le temps où Anatole choquait pour le fun. C’est maintenant à une performance beaucoup plus sage, mais théâtrale à souhait qu’Anatole s’exprime sur sa vie d’artiste. Ce qui ne l’empêche pas de continuer à faire fi du quatrième mur et à venir péter *notre* bulle au beau milieu du parterre, ni à danser comme un déchaîné sur l’excellente musique de ses musiciens. Une heure très intense, comme on les aime.

 

35. Les Hôtesses d’hilaire : Viens avec moi – Coup de coeur francophone (Club Soda), 1er novembre et Impérial Bell, 15 novembre

Les Hôtesses d’Hilaire – Photo : Charline Clavier

Jacques Boivin : On savait depuis longtemps que Les Hôtesses d’Hilaire étaient autant capables de faire preuve d’autodérision que de lucidité. Dans cet opéra-rock unique en son genre et mis en scène par le Théâtre du Futur, Serge Brideau et ses complices nous racontent une histoire ben straight de manière très, très déjantée. À leurs côtés, Les Hay Babies, Diane Losier, Robin Joel Cool, Anna Frances Meyer, Jonathan Bigras et Mathieu Pelgag jouent de la musique, chantent, dansent, campent des personnages extrêmement colorés et nous font rêver pendant deux heures. Ajoutez à cela un public participatif, des décors et des éclairages pleins de créativité, et vous avez là tout ce qu’il faut pour passer une soirée inoubliable. The Wall meets Starmania, version Tracadie. Rien de moins.

Charline Clavier : Le nom de Kevin résonne encore dans ma cervelle tout comme l’incroyable spectacle dont on a eu l’occasion d’admirer en novembre passé. Les Hôtesses accompagnés d’une incroyable horde d’artistes nous ont offert une critique salée sur l’univers de la célébrité émergente des télé-croché. Sous une imagerie léchées des années 80, on assiste à la déchéance de nos anti-héros Serge Brideau et Robin-Joël Cool (Kevin). Cet opéra rock est une oeuvre magistrale en spectacle et en version numérique; on en prend, et on en laisse pas vraiment.

 

36. Bon Iver – Pitchfork Music Festival Paris, 3 novembre

Bon Iver – Photo : Vincent Arbelet

Gabriel Tremblay : Justin Vernon est plus grand que nature, surtout en concert. J’ai eu la chance d’être à Paris pendant le Pitchfork festival. Deux heures de prestation magiques durant lesquelles Vernon et sa bande du Wisconsin ont traversé la discographie de long en large. La simple interprétation d’Holocene valait le déplacement. Les frissons me reviennent juste à y penser. À ma grande surprise, il a même joué Lost in the World, une de ses collaborations sur l’album « MBDTF » de Kanye West. On remercie Vincent Arbelet, photographe officiel de Pitchfork qui a bien voulu prêter un cliché de cette soirée mémorable.

 

37. Fuudge – La Source de la Martinière, 8 novembre 2018

Fuudge – Photo : Nicolas Padovani

Jacques Boivin : Tsé, quand tout au long d’un show, tout ce que tu trouves à dire, c’est Stie qu’ils sont tight, ça n’a aucun sens comment ils sont tight, c’est que t’as affaire à une machine de guerre. Ben Fuudge, c’est ça. Un rouleau compresseur de rock qui ne fait pas de quartier. Une musique qui t’écrase et qui te ramasse tout de suite après pour te pitcher partout. Une énergie brute, voire brutale, qui assomme les tympans et scrappe les vertèbres cervicales (à cause du headbanging). Un feu roulant de pièces qui ne donnent aucun répit à l’auditeur, qui ressort de là complètement vanné, mais beaucoup trop heureux.

 

38. Nicolas Gémus – Grand Théâtre de Québec, 11 novembre 2018

Katia Desgranges : Ma découverte de l’année. Le petit dernier qui est en train de nous concocter son premier album. Il fait la première partie de plusieurs spectacles depuis peu. À surveiller de près, vous allez tomber sous le charme.

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