Procès-verbal du Festif 2018 par Gran Talen

SAMEDI

12h19

Je marche en direction du quai tout en avalant mon petit déjeuner : du Chemineaud.
 

13h14

J’arrive au show de Mara Tremblay. Tout le monde semble heureux. J’emboîte donc le pas au bonheur.
 

13h20

La foule chante « Bonne fête à Mara ».
 

13h21

Généreux de ma personne, et désireux qu’on me remarque, je monte sur le stage afin d’offrir un présent à ladite Mara : une gorgée de ce merveilleux nectar alcoolisé.

Photo : Jacques Boivin
 

14h

Je retourne au centre-ville pour assister à quelques représentations de clowns, saltimbanques et forains.
 

14h12

Un hipster avec un pinch arrive en 10 vitesses. Je le regarde. Il me regarde. Je le dévisage. Il me dévisage. Il exécute quelques numéros sur sa bécane. La foule n’en revient pas.
Grand-papa avec son petit-fils :  Ça prend des heures de pratique, faire ça, Mathys.
Mathys :  Sûrement. Aie, y’est pas peureux.
Moi :  Pas peureux? Pfffff… Facile.
Grand-papa :  Facile? T’essaieras, pour voir.
 

14h13

J’emprunte (de force et non sans essuyer bon nombre de huées) le 10 vitesses du hipster et exécute à mon tour quelques tours de haute voltige.

Photo : Jacques Boivin
 

15h36

Je repasse voir ce qui se trame dans la cour de la microbrasserie et assiste un peu au show de Maude Audet. À gauche de la scène, je constate que Five Alarm Funk semble avoir oublié son costume de mouton sur le côté de la scène. « S’il ne faisait pas 59 degrés, astie que je porterais ce costume pour me faire passer pour un gars de Five Alarm Funk ».
 

17h

Je croise Joel Martel qui se commande à souper au Tony et Charlo.
 

18h42

Je me pointe au show de Daniel Boucher en me disant : « J’ai hâte de voir ce qu’il advient de lui ».
 

18h43

Il n’advient rien de Daniel Boucher.
 

19h36

Je retourne à ma loge me changer afin d’être prêt à assister au show de Vincent Vallières. J’enfile donc mon super t-shirt de lui.

Photo : Courtoisie (NDLR : on a vérifié avec Mme Courtoisie, elle nous a confirmé qu’elle avait pris cette photo)
 

21h39

L’hommage à Richard Desjardins bat son plein.  Défilent sur scène Émile Bilodeau, Mara, Kouna, Philippe B, Stéphane Lafleur… On se croirait à la Petite Grenouille.
 

21h40

Des gens confirment avoir entendu Richard Desjardins se tourner dans sa tombe.
 

22h01

Je vais faire un tour au show de Joel Martel, collègue facebookien, qui venait tout juste de recevoir son souper.
 

22h13 à 23h

Je bois, bois, bois et bois encore afin d’oublier ma vie.
 

23h5

Je monte à bord d’un autobus dans l’espoir de retourner à Québec, mais je me retrouve dans un party avec plein de gens qui suent. J’en profite pour faire du beat-box comme le gars des Heymoonshaker. J’entonne donc le rythme foudroyant et fédérateur de la pièce Dégénération de Mes Aïeux en entrecoupant mon beat-box de quelques cris aigus à la Bruce Dickinson.

Photo : Jay Kearney
 

1h3

Je me ramasse au show de Suuns, saoul mort et incapable de savoir comment danser sur leur musique.  Je fais donc des katas et quelques passes de judo aux gens qui m’entourent, ce qui n’est pas sans déplaire à quelques spectateurs antisociaux.
 

1h33

Je fume un cigare sur le parvis de l’église quand une fille vraiment PDLC, genre Lita Ford, m’apostrophe.
Elle :  C’est très phallique, fumer un cigare, tu trouves pas?
Moi :  Plaît-il? (me disant que le mot « phallique» doit renvoyer à des concepts masculins tournant autour de la virilité).
Elle :  On dirait un phallus…
Moi :  (n’ayant pas accès à Google et ne comprenant pas exactement ce que le mot « phallus » veut dire, je prends une chance) :  J’adore les phallus.
Elle :  Ça paraît. Tu m’en donnes une puff?
Moi :  Tiens.
Elle :  Tu vas voir le show de Stéphane Lafleur tantôt?
Moi :  À 4h45 du matin?
Elle :  Ouais?
Moi :  J’connais pas trop ce qu’il fait. J’ai plutôt l’intention d’aller me coucher.
Elle :  QUOI? Aie, c’est mon parolier préféré. Ben, après Desjardins.
Moi :  C’est vrai que Boum Desjardins est dur à battre côté paroles…
Elle :  On dirait qu’il chante pour nous, Stéphane Lafleur. Sa poésie me rejoint. Tout ce qu’il raconte fite presque tout le temps avec ce que je vis. C’est malade!
Moi :  Toi, tu y vas à son show, j’imagine?
Elle :  Je serais prête à tout pour y aller, mais j’ai pas de billets.
Moi :  Depuis quand, ça prend un billet pour aller voir un show dans un champ?
Elle :  Aucune idée, mais sur le site internet, c’était écrit ça.
Moi :  Si je te prête ma passe média?
Elle :  Tu serais tellement gentil! J’pense que j’te suce si tu fais ça pour moi.
Moi :  WHAAAAAAAAAAT?
Elle :  J’adore les phallus…
Moi :  Euh? Veux-tu ben m’dire ce que ça signifie, « Phallus »?
Elle :  Ben là… C’est un concept relié à la psychanalyse. Ça renvoie à l’organe sexuel mâle.
 

1h37

Je jette mon cigare.
Moi :  Tiens… Ma passe.
Elle :  Déjà?
Moi :  Déjà!
Elle :  T’es trop sweet! Merci tellement. T’es sûr, là?
Moi :  On ne peut plus sûr.
Elle :  Bon… Ben, j’vais en profiter pour aller voir quelques shows tant qu’à avoir une passe de même.
Moi :  Ok… Mais… J’veux dire… Pour le paiement… Tu proposes qu’on s’organise comment?
Elle :  Essaie de me retrouver après le show. Anyway, je quitte tout de suite après pour Montréal. J’te redonnerai ta passe en même temps. T’inquiète.
Moi :  Parce que tsé… On pourrait régler ça tout de suite. Me semble qu’on serait plus légers après…
Elle :  Non… J’veux être bien certaine d’avoir pu assister au show avant. Mais inquiète-toi pas. T’as ma parole. Juré craché. Bye…
Moi : Mais… J’connais même pas ton nom?
Elle :  Audrey.
Moi : Je t’aime, Audrey.
Elle :  Bye…
 

2h1

Je vais faire ma toilette, aussi excité que le pinisss d’Éric Salvail pendant un meeting.
 

2h41

Je gambade en direction du champ où Stéphane Lafleur performera tantôt. Je ne veux surtout pas rater la fin du show… Me crisse pas mal du pendant, mais j’me pardonnerais pas de rater l’après.
 

3h1

Arrivé près du site, je prends place près de la clôture. Stéphane Lafleur est déjà arrivé. Il fait des tests de son.
Bénévole aux yeux qui louchent :  Les portes ouvrent juste à 4h30.
Moi :  Quelles portes? Astie… On est dans un champ…
Bénévole aux yeux qui louchent :  Et ça prend un billet. Désolé, mais vous allez devoir quitter.
Moi :  Et les moutons qui broutent là-bas?
Bénévole aux yeux qui louchent :  Qu’est-ce qu’ils ont, les moutons?
Moi :  Ils peuvent assister au show, eux?
Bénévole aux yeux qui louchent :  Disons qu’ils font partie du décor.
Moi :  Non mais… Astie… Faut absolument que je reste ici… J’ai un rendez-vous galant après le show.
Bénévole :  Vous vous retrouverez ailleurs.
J’ai failli lui dire que j’étais prêt à le sucer pour qu’il me laisse passer, mais j’commençais à trouver que ça ressemblait à du sexe pyramidal tout ça.
 

3h44

J’ai un flash…
 

4h2

Alors que les festivaliers convergent vers le show de Stéphane Lafleur, je retourne à la microbrasserie et retrouve le costume de mouton abandonné par Five Alarm Funk. Je l’enfile sur le champ.
 

4h6

Je traverse le centre-ville de Baie-St-Paul habillé en mouton.
 

4h12

Alors que tout le monde fait la file pour assister au show de Lafleur, je fais érection dans le champ, côté jardin, à quatre pattes, suant ma vie dans mon habit de mouton.
 

4h34

Je fais maintenant partie du troupeau.  Bon, les autres moutons me mènent un peu la vie dure, mais je réussis tant bien que mal à faire ma place (non pas sans avoir mordu quelques brebis égarées au passage).

Photo : Courtoisie (NDLR : La même que tantôt! Il n’y a qu’une seule Courtoisie!)
 

4h45

Le spectacle commence enfin.  Si  je suis chanceux, dans environ une heure, je serai délivré.
« Je promets, je promets que la journée qui s’en vient est flambant neuve », chante un Lafleur matinal devant une horde de festivaliers aux yeux petits.
La fille disait vrai :  Ce qu’il chante fite avec nos vies.
 

4h50

Je m’approche tranquillement de la foule, à pas de mouton. Je bêle un peu afin de n’éveiller aucun soupçon. Puis j’écoute ce que Lafleur a à dire :
« Le plan reste le même
Sucer la vie jusqu’à jouissance
Et laisser la bête en nous
Faire son territoire
Vidons de sa monnaie
La fontaine de jouvence
Sur les vœux
De tout le monde
Audrey est plus forte que les camions »
 

4h55

Je spotte Audrey au loin et tente de m’en approcher sans être aperçu.
« Loup garou sans pleine lune
Me reconnaîtras-tu?
Je gagne à être perdu
De temps en temps
Oh Oh
Sans camouflage
Lentement
Je viens à toi »
 

5h2

Je marche à tâtons (et à 4 pattes) vers ma douce moitié, me cognant sur à peu près n’importe quoi.
« Bonjour murs
Bonjour chaise
Bonjour saison de malaises
Qui s’achève
Bonjour fête
Bonjour bruit
Bonjour meilleurs amis
Je vous aime
J’arrive à pleine lenteur
Il fait noir de bonne heure »
 

5h3

Je remarque que le bénévole aux yeux qui louchent semble m’avoir reconnu. J’accélère donc un peu le pas tout en tentant de me camoufler.

Photo : Jacques Boivin
 

5h10

J’arrive à me réfugier à travers quelques spectateurs.
 

5h22

Je continue à m’approcher d’Audrey. Son visage se précise. Toujours aussi prometteur.
« La nuit est pleine de mailles
On peut voir les étoiles
J’alligne mon antenne
Sur ton signal
(…)
« Si tu savais comme l’esprit d’un homme peut faire du millage pour pas grand-chose ».
 

5h28

J’approche d’Audrey. Je jette un coup d’œil en sa direction… Elle est toujours aussi belle, mais au bras d’un garçon…
« Quelque chose brise
Quelque chose casse
Quelque chose brille
Quelque chose passe
Lentement
Je vide ma tête
Lentement »
 

5h30

Je suffoque. Je décide de retirer le haut de mon costume. Audrey m’aperçoit et se sauve doucement avant la fin du show, abandonnant ma passe média dans le foin.
« Toi tu vois à travers
Les hommes, les murs et les manteaux de poil »
 

5h35

Je dépose ma carcasse près d’un tas d’humains. Philippe Brach me laisse une place près de lui.
Brach :  Ça va, man? On dirait que tu pleures?
Moi :  Hein? Ne-non. C’est parce que je viens de couper des tamtams.
Brach :  Ouais… Y disent toutes ça. Tiens, man… Un peu de mush…
Moi :  Ah… Merci!
 

10h56

« Je me suis réveillé
Au milieu de tout ça
Emmêlé
Au milieu de tout ça
Dans les gloires du matin »

 
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