Eh que le réveil n’a pas été facile ce matin! Bon, ça dépend pour qui, y’en a qui se sont couchés tôt après avoir brassé un peu, d’autres qui ont fini par retrouver Morphée à l’aube, la tête encore dans les nuages. On vous raconte ça : une soirée, deux (euh… plutôt trois) scènes, deux univers complètement différents, mais pas moins plaisants.
Pied Léger

Par Frankie Rose
J’ai écouté « Foyer de résistance », le nouvel album de Pied Léger, pour la première fois un soir ensoleillé en mai. Je m’imaginais vivre dans une maison à l’Île d’Orléans ou en train de m’amuser quelque part dans la tranquilité de la campagne (le duo réside à Saint-Vallier, où l’album a aussi été enregistré). C’est calme et rassurant, un plaisir pour les oreilles. Le 14 juillet, plus tôt dans la journée, on a vécu ce qui ressemblait à l’apocalypse : orage, ciel tout orange et les lampadaires allumés à midi. Heureusement, il faisait encore beau au FEQ et c’était le temps parfait pour un spectacle de Pied Léger.
Isabeau Valois et Luke Dawson étaient accompagnés de Raphaël Laliberté-Desgagné à la pedal steel, les trois nous offrant des sonorités folk country familières. En plus des chansons de « Foyer de résistance », ils ont repris Porte-poussière de Stephen Faulkner. Le spectacle s’est terminé sur la chanson joyeuse et douce Reine des papillons, Isabeau remplaçant son banjo par une mandoline (yayyy Isabeau à la mandoline!).
Pastel Blank

Par Maxime Beaulieu
Une découverte pour moi pour débuter la soirée. Pastel Blank fusionne des éléments post-punk avec le new wave et le disco. Ça donne des beaux moments dansants bien groovy, mais il y avait aussi des moments plus expérimentaux qui cassaient un peu le rythme. Mention spéciale au batteur qui était vraiment impressionnant tout en donnant un bon show, jouant parfois debout avec une baguette dans la bouche. J’aurais vraiment voulu aimer ça, mais c’était malheureusement une prestation un peu inégale dans laquelle je n’ai pas vraiment réussi à embarquer. Je suis passé proche modifier mes plans pour ce début de soirée afin de voir le rappeur de Québec Melvin, j’y aurais peut-être eu plus de plaisir.
Bertrand Belin

Par Jacques Boivin
Si, sur papier, rien ne semblait unir Bertrand Belin et les deux autres artistes à l’affiche sur les Plaines ce soir-là, il n’a fallu qu’une seule chanson de ce crooner à la voix qui rappelle Bashung tout en ayant une attitude suave qui n’est pas sans rappeler un certain Nick Cave pour comprendre que l’artiste français avait tout à fait sa place sur la grande scène. La chemise boutonnée au minimum sous le costard chic et les lunettes fumées donnaient au grand gaillard un look trop classy qui correspondait davantage à sa voix (mi-chantée, mi-parlée) qu’à cette belle énergie qu’il a déployée pendant que son groupe installait un univers sonore juste assez feutré, mais entraînant, pour bien commencer la soirée. Faut dire que le huitième album de l’auteur-compositeur-interprète qui est aussi un écrivain primé (« Watt ») est un petit bijou de chanson française, autant du côté des textes poignants interprétés comme lui seul sait le faire, que de la musique qui a tout pour faire rêver. « Imagine ça au Grizzly Fuzz », me lance un Louis Bellavance satisfait de son coup lorsque je suis passé devant lui. Aucun mal à l’imaginer.
Les Lunatiques

Par Maxime Beaulieu
On le sait, Les Lunatiques en spectacl,e ça donne toujours quelque chose d’explosif. C’est vraiment ce que le groupe a offert comme prestation en enchaînant d’abord les chansons qui brassent le plus. Le public était au rendez-vous et se poussait joyeusement, au grand plaisir de la formation sur scène qui a semblé un peu surprise par l’énergie soutenue de la foule. Il faut dire que les deux squelettes-danseurs Sylvain et Croustade ont contribué à alimenter les moshpits en étant sur le plancher des vaches pour une grande partie du show. Le tout s’est terminé avec l’hymne Fuck that shit alors que Suzanne, la mère du chanteur, est allée rejoindre le groupe pour chanter les refrains et offrir de magnifiques doigts d’honneur. Un méchant beau party en compagnie des Lunatiques!
Klô Pelgag

Par Frankie Rose
Voir Klô Pelgag sur les Plaines d’Abraham au coucher du soleil était un vrai plaisir. Il y avait de l’énergie et de la légèreté, le tout accompagné de la dose de magie propre aux spectacles de Klô Pelgag. Pendant Coupable, elle traversait la scène une caméra à la main, les images étant projetées sur les écrans géants de chaque côté de la scène. À d’autres moments du spectacle, Klô s’est allongée au bord de la scène et elle est montée sur les épaules d’un jeune agent de sécurité devant la foule. L’interprétation de Mélamine était particulièrement énergique, avec Lysandre (aux claviers) courant à travers la scène en jouant du tambourin.
« Si vous êtes prêtes pour un moment de douceur sur les Plaines, c’est là que ça se passe », a-t-elle annoncé avant d’interpréter Comme des rames, une chanson qu’elle se rappelait avoir jouée à la Place d’Youville en 2012. Le temps évolue, sa fille aussi. Au début du spectacle, elle a rejoint la scène pour filmer Klô et, à la fin du spectacle, elle a accompagné Lysandre aux harmonies. Il y avait donc un côté très humain tout au long du set. Même si la musique de Klô nous envoie souvent dans une fantaisie, l’artiste a profité de ce moment avec la personne la plus chère à ses yeux.
La Sécurité

PAr Maxime BEaulieu
J’adore La Sécurité! J’avais particulièrement aimé le premier album du groupe, dans mes records préférés de 2023. Ça fait cependant un bon moment que je n’avais pas vu le super-groupe art-punk en spectacle, depuis on a eu droit à un nouvel excellent opus « Bingo! », j’avais bien hâte d’entendre les pièces de cet album. Quel délice de voir le quintette s’exciter sur la scène du carré d’Youville! Les mélodies de synthés transpercent les colonnes vertébrales afin de créer un effet unanime chez le public qui n’a d’autre choix que de danser sa vie. Tel que prévu les chansons de « Bingo! » ont fait un malheur en spectacle, particulièrement Snack City et Ketchup. Une magnifique fin de soirée avec le groupe le plus sécuritaire au Québec!
Patrick Watson

Par Jacques Boivin
Que dire de plus qui n’a pas déjà été mentionné par mes collègues journalistes d’à peu près tous les médias de la région? Donner carte blanche à Patrick Watson, c’est s’assurer d’une soirée absolument magique, et c’est exactement ce à quoi on a eu droit du début à la fin. Les quelques 60 000 personnes présentes sur les Plaines en ce mardi soir étoilé ont eu droit à un majestueux moment de communion. C’est simple, le temps s’est arrêté, toutes les voix se sont tues, et dès les premières notes de Gordon in the Willows, la magie s’est installée pour ne plus nous quitter jusqu’au retour à la maison. Tout au long de la soirée, de magnifiques voix se sont jointes à celle du plus montréalais des Californiens. On pense ici à Ariel Engle (La Force), qui a accompagné Patrick une bonne partie du show, à « la légendaire » Martha Wainwright, qui est venue chanter House on Fire (un moment incroyable), à la Britannique Hohnen Ford, une voix superbe qui a si bien rendu les pièces Postcards et Man Like You, puis, bien entendu, à Klô Pelgag pour Ami imaginaire, un autre moment savoureux pendant lequel les deux artistes se sont permis un peu de trampoline. Une trampoline qui a servi à un artiste de cirque qui s’exécutait sur la magnifique Here Comes the River. Un moment de toute beauté qui a fait couler de très nombreuses larmes sur les joues de votre pas très humble serviteur (qui en a versé beaucoup, beaucoup, beaucoup pendant cette belle soirée).

On a beaucoup lu ici et là sur le caractère bavard des Plaines au cours de ce festival, mais je vous garantis qu’hier, il n’en était rien. Le silence était total, l’écoute était parfaite, les yeux étaient très humides de la barricade à la butte. Parlant de la barricade, qu’il faisait bon d’y voir un nombre incalculable de jeunes dans la vingtaine qui étaient tous attentifs et qui récitaient en silence chaque mot des chansons de Watson. Des jeunes qui portaient encore des couches quand Patrick a gagné son Polaris il y a près de 20 ans, qui se sont probablement fait bercer au son de « Close to Paradise » et qui se sont approprié l’artiste préféré de leurs parents, qui est toujours incroyablement actuel et pertinent.
Et que dire de ce moment, dans les derniers milles de la prestation, au cours duquel Watson a invité Les Louanges à venir chanter avec lui et toutes ces magnifiques femmes qui l’accompagnaient. Une interprétation vraiment cool de I Lost My Baby de Jean Leloup, qui l’a probablement entendue de chez sa mère à Sainte-Foy. Ne manquait que le feu de camp.

Ce concert, qui frisait la perfection, restera longtemps marqué dans la mémoire des gens de Québec. Mon meilleur show de Watson, et parmi les meilleurs que j’ai vus tout court, juste à côté de Radiohead à Jean-Drapeau en 2001. Personne ne peut te donner l’impression d’être assis par terre au 3e du Pantoum au beau milieu des Plaines comme le Montréalais vient de le faire.
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