Héron – Photo : Charlotte Rainville

Héron au Théâtre Petit-Champlain (+ entrevue : Le folklore québécois et la magie des rencontres

12 juin 2026

Frankie Rose

Lorsque Henri Kinkead a lancé son projet Héron, c’était pour mieux comprendre ses racines et ce qui définit la culture québécoise. Avec l’album « Verger », sorti le 17 avril, on peut dire que l’artiste a bien trouvé son style. On y découvre des chansons qui mélangent le folk traditionnel avec de subtiles touches électroniques, qui racontent des histoires fantastiques et réelles, et qui mettent en valeur les personnalités queer fortes.

Au Théâtre Petit-Champlain le 5 juin, Héron était accompagné de Judith Little-Daudelin aux synthés et aux chœurs, Gabriel Arseneau (« le madelinot magnifique ») à la batterie et Élisabeth Moquin (« la gardienne du trad ») au violon. En effet, Élisabeth a fait rayonner la scène trad tout au long du spectacle, que ce soit grâce à ses mélodies de violon, émouvantes ou joyeuses, ou grâce aux claquettes pendant Bonaventure et Echtra Condla. Cette dernière chansonincarne parfaitement l’union de sonorités modernes et traditionnelles, encore plus quand on voit les musiciens en action.

Quant aux contes, pour bien intégrer le public dans l’univers des chansons, Héron a raconté quelques anecdotes légères : les polycules que son ami et lui ont essayé de trouver à Bonaventure (Bonaventure) et une soirée adolescente des MILF et de mush au cours de laquelle, finalement et sans l’avoir prévu, ils ont laissé tomber leur armure de bros (Roi de verre). Il a aussi présenté une chanson « coquine », écrite en réponse à la musique trad, sa façon de donner quelque chose à la communauté qui l’a accueilli ces dernières années. La chanson s’appelle Confiture et, sous la forme d’une chanson à répondre, la foule a chanté les paroles après Héron.

D’ailleurs, il y avait des moments très purs. Le spectacle s’est ouvert avec la chanson Verger, la scène toute noire au début, créant une atmosphère intime. Pendant Sycomore, Élisabeth et Gabriel étaient assis derrière Henri sur scène, en soufflant des bulles comme si leur baguette était un joint. Puis, lors de l’avant-dernière chanson, Ruisseau, les trois artistes chantaient ensemble a cappella. On a aussi eu droit à une version trad d’On ne change pas, avec Judith dans le rôle de Céline, qu’elle interprétait avec puissance.

Héron est un projet qui encourage le calme, la légèreté et la réflexion. Assis dans la salle conviviale du Théâtre Petit-Champlain ce vendredi soir-là, on ressentait vraiment ce côté rassembleur. Voici une entrevue avec Henri Kinkead réalisée avant le spectacle.

Qu’est-ce que tu as appris sur le folklore québécois depuis ton EP « Fontaine » ? Y a-t-il des aspects ou des sujets que tu ne connaissais pas auparavant et qui t’ont vraiment ouvert l’esprit?

C’est sûr que j’écoute plus de musique trad qu’avant. C’est drôle parce qu’il y a tout le temps un lien avec le folklore quand je fais des spectacles. Il y a tout le temps quelqu’un dans la crowd qui trippe sur le folklore et qui partage des trucs. En jasant avec le monde, je pense que j’en ai appris plus sur le sujet. Ce que j’ai trouvé cool, c’est le sentiment de communauté que j’ai découvert.

Ton approche de la création et de l’écriture a-t-elle changé depuis l’EP?

Oui. Ce que je fais est toujours ancré dans la nature et les paysages naturels québécois, mais moins qu’au début. J’essaie aussi de raconter des histoires plus concrètes. En composition, j’essaie de nouvelles choses. Par exemple, cet album on a expérimenté avec les sons plus électroniques.

Les chansons Roi de verre et Champ-de-Mars sont inspirées respectivement de Charles VI et de la scène queer du XIXe siècle. Y a-t-il d’autres chansons qui sont directement inspirées d’histoires du passé?

Ouais, la chanson Echtra Condla est, dans le fond, une légende celtique que je voulais mettre en chanson. C’est le fils d’un roi très puissant qui choisit de suivre une femme mystérieuse dans un autre monde. Pour moi, c’est aussi un récit queer, notamment parce qu’il parle d’aller à contre-courant, de faire des choix difficiles et de sortir de sa zone du confort pour finalement se retrouver. C’est une super belle histoire.

Tu as récemment fait une tournée avec la Route d’Artistes. Comment s’est passée cette expérience? As-tu des anecdotes que tu pourrais partager?

J’ai fait plein de belles rencontres avec des gens. Par exemple, d’habitude quand tu fais un show, tu ne parles pas avant, tu fais le show, puis après tu jases au merch pendant genre 20 minutes. Pendant la tournée de la Route d’Artistes, tu arrives chez des gens, tu jases, tu fais le show pis tu jases encore.

Une rencontre qui m’a touché, c’est que j’ai fait un show à Saint-Vallier sur la Rive-Sud. C’est un lieu très agricole, plutôt rural. Je suis arrivé avec mon show très « je suis gay » et je me disais que peut-être que ça ne plairait pas à tout le monde. Il y avait un gars qui avait l’air d’un monsieur, qui me regardait. À première vue, il n’était pas le genre de personne avec qui je connecterais naturellement, mais après le show on jasait au bord de feu pis il m’a parlé de son érablière et tout ça. J’étais comme « crime, c’est cool » parce qu’il ne connaissait pas mon travail. C’était un public que d’habitude je n’aurais pas nécessairement rencontré autrement. Je trouve ça chouette.

Je pense que ta musique est parfaite pour une tournée comme ça parce que la Route d’Artistes est vraiment axée sur les moments humains et ta musique a une certaine pureté. Y avait-il des chansons en particulier qui ont créé des moments magiques?

Il y avait une pièce du répertoire traditionnel qui vient de la France, je pense. Elle s’appelle De terre en vigne et c’est une chanson que ma mère chantait quand j’étais jeune. Je l’ai chantée dans un show et une dame s’est mise à pleurer parce que son père la chantait aussi. C’était super touchant.

Tu es quelqu’un de très impliqué dans la scène musicale et qui travaille avec beaucoup d’artistes. Je pense qu’aborder le folklore est important pour faire rayonner la culture québécoise, mais est-ce que tu vois aussi cette importance? Ou est-ce que le fait d’aborder le folklore dans ta musique est simplement pour le plaisir?

Les deux. Je pense qu’au début c’était plus par devoir, j’avais envie de découvrir mes racines pis de comprendre d’où vient l’identité musicale québécoise. Avec le temps, c’est vraiment quelque chose que sur quoi j’aime travailler et qui m’inspire énormément. Les gens qui s’intéressent au folklore, autant les artistes que le public, sont très généreux et accueillants. Ça me donne envie de continuer à l’explorer.

C’est cool que tu mélanges les genres aussi. Comme t’avais dit, sur « Verger », tu mélanges davantage l’électro et la musique traditionnelle.

Ouais! C’est quand même un truc que je veux continuer à explorer. Il y a plein de choses intéressantes à faire avec la musique folklorique. C’est ça qui me fait tripper.

Qu’est-ce que tu aimerais que le public ressente lors de tes spectacles? Est-ce que la vibe en salle diffère de celle de l’album?

En salle, il y a aussi des moments de contes. Faque c’est l’fun. Il y a quelque chose avec le conte où tout le monde est au même endroit au même moment. C’est une intimité qu’on ne retrouve pas avec les chansons enregistrées.

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