St-Roch XP – 13-14 septembre 2019

Élégie. Photo : Nicolas Padovani

14 septembre

Maudite pluie! Ça te gâche tout le temps un party (heureusement, au cours des deux dernières années, St-Roch XP avait été épargnée), surtout quand les gens ne se bousculent pas devant les kiosques des restaurateurs… et qu’on doit annuler quelques shows extérieurs (heureusement, on a trouvé une solution pour la fin de la soirée).

Pourtant, cette pluie n’a pas semblé décourager les mélomanes, parce qu’à tous les sites où y’avait de la musique, y’avait aussi beaucoup de monde. Tant mieux, on va être entre mélomanes, ça va écouter en masse.

Parlons donc des 14 bands d’ici qu’on a vus :

(Tous les textes par Jacques Boivin)

Valence

Valence. Photo : Nicolas Padovani

Ça commence bien quand ton groupe préféré de 2019, toutes provenances confondues, se pointe chez Phil Smoked Meat en formation complète. Le nouveau projet de Vincent Dufour et ses complices a fait tourner bien des têtes ce printemps, et pour cause : le rock feutré de Valence, c’est du bonbon pour ceux qui aiment les arrangements soignés, les mélodies aussi aériennes qu’accrocheuses et la tendresse de ces rockeurs qui, comme Timber Timbre et Destroyer, donnent envie de frencher la personne à côté de vous. On avait même eu droit à une nouvelle chanson…

… jusqu’à ce qu’Élégie vienne interrompre le spectacle de façon assez brutale, en injuriant les membres de Valence et en les tassant de là pour… jouer une de leurs propres tounes en criant FUCK VALENCE!

Un genre de Pearl Harbour musical de Québec.

Heureusement, Élégie est parti aussi vite qu’il est venu, laissant Valence terminer leur set au plus grand plaisir des fans (qui semblent aimer la bisbille).

Narcisse

Narcisse – Photo : Frédérique Blais-Pouliot

Juste à côté, on est allé avoir un coup de foudre avec Narcisse et sa pop électro théâtrale. Si, musicalement, on nage un tout petit peu dans les mêmes eaux que Pascale Project la veille, sur le plan de l’interprétation, l’histoire est toute autre. Avec ses collaborateurs (dont play.soft à la guitare, qui interprétera aussi un morceau), Narcisse danse avec magnétisme, regarde les spectateurs dans les yeux, déboutonne sa blouse tout en chantant/parlant sur des thèmes très actuels tels que la non-binarité, tout ça en nous donnant le goût de danser sans se casser la tête. Assez déroutant pour les profanes, magique pour les habitués, essentiel pour tout le monde. Checkez ben Narcisse défoncer des portes au cours des prochaines années. Ça va arriver!

Lockwell

On voulait aller voir Pulsart Trio au parvis, mais malheureusement, la prestation a été annulée à cause de la maudite pluie. Triste, mais y’a d’autres bands qui jouent, alors ne perdons pas de temps et dirigeons-nous vers le District Saint-Joseph pour voir la prestation de Lockwell. Avec son rock funky rempli de soul, ses rythmes entraînants et ses mélodies accrocheuses, le groupe de Québec n’a eu aucun mal à capter l’attention du public assis tranquillement au chaud et au sec, au District Saint-Joseph.

Casual Rites

Casual Rites – Photo : Frédérique Blais-Pouliot

Ça faisait un petit bout qu’on n’avait pas entendu parler de Casual Rites. Normal, les gars sont en train de nous concocter de nouvelles chansons, et on a pu en entendre quelques-unes au cours de la journée. On y retrouve toujours le bon vieux southern rock plein de soul de la formation, mais les chansons ont pris un tournant pas mal groovy, à la limite funky, tout en donnant davantage d’espace aux guitares. Si le prochain album sonne le moindrement comme ce qu’on a eu la chance d’entendre, y va y avoir matière à célébrer.

Pure carrière

Pure Carrière. Photo : Nicolas Padovani

On change un peu de registre devant la bibliothèque! Pure carrière, c’est du rock de chilleur avant que le rock de chilleur soit cool. Jean-Michel Letendre-Veilleux, Jean-Étienne Collin Marcoux et Laurence Gauthier-Brown mélangent leurs talents et leurs (très diverses) influences, ça donne un power trio qui ne se prend pas trop au sérieux, mais qui livre sa musique très sérieusement. Derrière l’attitude désinvolte des musiciens se cache de la musique qui peut parfois ressembler à un gros n’importe quoi, mais si on tend bien l’oreille, on constate que ce joyeux chaos est contrôlé du début à la fin. Simple et accrocheur.

Élégie

Élégie. Photo : Nicolas Padovani

Ça tombe bien qu’on soit allé voir Élégie après Pure carrière! Parce qu’en termes de chaos contrôlé, à l’heure actuelle, ces petits morveux qui viennent interrompre une des plus belles prestations de la fin de semaine sont ce qui se fait de mieux. Portant leurs plus beaux t-shirts FUCK VALENCE pour l’occasion, les gars d’Élégie ont montré comment on rocke le Phil Smoked Meat en donnant une leçon de rock… et d’attitude… assez baveuse. On a surtout entendu de nouvelles tounes, tirées du EP Nuances de pourpre, et c’est une bonne chose, parce qu’on a pu découvrir quelque chose qu’on connaissait pas mal moins chez Élégie : un certain sens de la nuance. Du Élégie sur le 110, c’est aussi intéressant que sur le 220.

Fuck Valence certain. Du moins, pendant ces 20 minutes.

Sunderloom

Sunderloom – Photo : Frédérique Blais-Pouliot

Parlant de nuances, le groupe suivant, Sunderloom, en propose beaucoup. Le quatuor propose un indie rock plutôt feutré, mais plein de groove, qui donne le goût de se déhancher lentement. Ici, pas de chaos contrôlé, juste un bon beat et des mélodies solides. Le genre de musique parfaite pour se remettre du rock échevelé de Pure carrière et Valence. Et si on se fie aux visages qui écoutaient attentivement au deuxième étage du Chocolato, cette pause était fort appréciée.

Jeando

Retour chez KRWN, cette fois pour l’auteur-compositeur-interprète Jeando et son folk-rock mélodique et atmosphérique. On met le cerveau à off, quelques instants, question de remettre le coeur en marche, parce que les pièces de l’auteur-compositeur-interprète font davantage appel aux émotions avec ses textes ancrés sur le quotidien. Jeando et ses musiciens livrent ces chansons pleines de poésie avec aplomb, et de notre côté, on écoute avec une grande tendresse, question de se mettre au diapason avec les nombreux p’tits mousses qui écoutent avec un grand sourire, se lançant même dans quelques timides pas de danse. Petit moment de perfection.

Mélodie Spear

Mélodie Spear. Photo : Nicolas Padovani

Bon, OK, Mélo travaille souvent avec nous autres, alors c’est certain qu’on n’est pas objectif ici. Mais il fallait la voir avec son band de rockeuses, devant la bibliothèque, pour comprendre que même si on était objectif, on aurait été éberlué par le naturel et l’assurance de la jeune femme, qui nous a livré ses chansons (qu’on commence à connaître) avec un gros cheese accroché dans la face tout le long. Aussi à l’aise quand elle s’approche du folk que lorsqu’elle rocke avec ses amies, Mélodie Spear n’a eu aucun mal à mettre tous les curieux dans sa petite poche d’en arrière. On ne serait pas surpris de faire notre article “artiste de l’année” sur elle dans quelques années. Vraiment pas. Le pire, c’est qu’elle a beau être née dans la marmite de potion magique quand elle était petite, elle ne fait que commencer à trouver ses repères.

Zagata

On va être honnête (et un peu snob) : on a un peu perdu de vue Zagata depuis son passage à La Voix. C’est pas parce qu’on l’aime pas, c’est juste qu’il avait de bien plus gros projecteurs que les nôtres de braqués sur lui, comme en témoigne la foule nombreuse présente pour Jesse et ses musiciens chez Phil. Avec ses chansons pop archi-accrocheuses qui ont beaucoup tourné à la radio, l’auteur-compositeur-interprète a déjà fait le plein de fans, et ça paraît, mais on était surtout curieux d’entendre comment ça se passait depuis la dernière fois qu’on l’a vu sur scène. Première constatation : Zagata a encore le sens de la mélodie, le sens du hook, comme diraient les théoriciens de la pop. Deuxième constatation : c’est livré avec pas mal plus de mordant qu’avant. Yep, c’est encore très pop, mais y’a une grosse dose de guitares pour salir le tout comme nous autres on aime. Troisième constatation : Après avoir montré sa voix, Zagata semble avoir trouvé sa voie. Pis on est ben content.

Jordane

Jordanne. Photo : Nicolas Padovani

Tiens, tant qu’à parler d’ex de La Voix, on va parler de Jordane, qui était accompagnée de son fidèle complice Clément Desjardins au bout de la rangée deux de L’Intermarché. La jeune femme est venue nous présenter les chansons qui lui ont été inspirées par un long voyage en train à travers le pays. Même si elle avait seulement 20 minutes, l’auteure-compositrice-interprète prenait le temps de nous mettre en contexte en présentant ses chansons, toutes aussi douces et mélodieuses les unes des autres. Le temps s’est comme arrêté à côté des paquets de goldfish à saveur de BBQ.

Amen Deniro

Amen Deniro. Photo : Nicolas Padovani

On reste dans la douceur, mais cette fois, on prend un virage Rn’B avec le Charlebourgeois Amen Deniro. Comme il fallait courir à l’autre extrémité du site quelques minutes plus tard, on n’a pas pu rester pendant toute la prestation, mais on a pris le temps d’apprécier le minimalisme des chansons tout le temps groovy et pleines de soul du jeune homme.

Fria Moeras

Fria Moeras. Photo : Nicolas Padovani

En formule trio (avec un Jean-Étienne Collin Marcoux en train de répéter son exploit de l’année dernière, soit 9 prestations dans une journée… et un vol vers les pays chaud tout de suite après), Fria Moeras nous a présenté son indie rock qui se promène allègrement entre les Cure et Jean Leloup à La Suite Tattoo Shop. Bon, malheureusement, contrairement à notre prédiction, elle n’a pas pu se faire tatouer en même temps, mais ça ne l’a pas empêchée de gratter sa guitare comme s’il n’y avait plus de lendemain. Même si elle s’est dite un brin grippée, ça n’a pas paru dans sa prestation (pis on l’a assez vue pour savoir quand elle est sur le 110 ou sur le 220).

Pulsart Trio

On était supposé les voir devant le parvis de l’église Saint-Roch en après-midi, mais la prestation a été annulée. Comme on tenait vraiment à voir les 24 artistes de la programmation, on a rebrassé un peu nos cartes pour terminer notre couverture avec Pulsart Trio, un des secrets de l’univers jazz de Québec qu’on devrait arrêter de garder pour nous. Les trois musiciens nous aspirent dans leur univers à coups d’Hammond, de vibraphone et de rythmes endiablés. C’est le fun, c’est entraînant, ça fait apparaître un paquet de sourires partout, pis on vous avertit : le vibraphone va être en 2020 ce que la flûte traversière aura été en 2019.

Conclusion

Pendant ces vitrines, on va avoir vu 24 artistes et groupes complètement différents, aux propositions aussi variées que leurs personnalités. Sur ce plan, St-Roch XP a encore une fois relevé son pari avec brio : un grand nombre de ces artistes seront au premier plan de la scène musicale québécoise dans quelques années. Et qui sait, on risque fort de les voir sur une des scènes du FEQ, le temps venu…

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