FME – 29 août au 1er septembre 2019

Laurence-Anne – Photo: Gabriel Potvin Caissy

Samedi 31 août

Glauque – GUINGUETTE CHEZ EDMUND / 15 h

Le groupe belge Glauque s’est vu accueilli, en cette troisième journée du festival, par une foule assez impressionnante. N’ayant fait paraître que deux compositions jusqu’à présent, soit Robot et Plane, nous étions plus qu’intrigués de découvrir leur univers complet. Le collectif de jeunes hommes nous a proposé un registre alliant à la fois côté sombre, rap et teintes électro. Une belle énergie pour entamer la journée! Les thèmes que sont l’amour et la haine, dans toute leur intensité et leur contraste, se faisaient beaucoup ressentir à travers les paroles chantées. Le groupe était prêt à livrer la marchandise et il l’a livrée avec beaucoup d’engagement, sur un flow qui coulait bien. Belle découverte pour tous les amateurs de rap belge!

Marilou Boutet

Dominique Fils-Aimé – LE PARAMOUNT / 17 h

Dominique Fils-Aimé – Photo: Marilou Boutet

C’est dans le décor du Paramount que je fais ma découverte musicale définitive du FME, dans le cadre d’une entrevue puis par l’écoute du spectacle de Dominique Fils-Aimé. Bouche-bée: où étais-je ces dernières années pour ne pas connaître cette artiste au talent puissant et empreint d’émotions qui bouleversent les sentiments? Sous sa voix qui nous raconte son passé et ses luttes pour le droit des femmes racisées, j’ai l’impression de tomber dans son histoire, de revisiter ses moments de joie, ses amours, ses peines. Une force qui sort je ne sais d’où fait ressentir au public l’impression d’assister non pas au spectacle de la jeune femme, mais bien à un spectacle collectif, où tous en sont les conteurs. Elle vient chercher les tripes de tous et chacun pour nous rassembler sur une même émotion, une même longueur d’ondes à l’essence quasi spirituelle. Un voyage bercé par sa voix et la musique que nous jouent les fort talentueux musiciens qui l’accompagnent.   Le jazz, nous le comprendrons vite, est pour elle non pas un style musical, mais un état d’âme: elle nous fait la demande avant d’entamer sa prestation de n’applaudir qu’à la toute fin du spectacle, notre simple présence étant un applaudissement en soi, et afin que l’on puisse ressentir une puissance constante dans le cheminement des sensations qu’elle nous fera vivre. Comme un gros rêve collectif, où il faut prendre soin de rester concentré pour ne pas tomber de son nuage. Chaque artiste a eu son moment solo pour rayonner sous nos yeux et nos oreilles, et Dominique a toujours gardé cette même justesse dans la voix, sachant quand la pousser vers des notes hautes pour un effet maximum. Une femme chic, visiblement heureuse de son métier et qui fait vivre sa passion à tous ceux qui ont la chance de la rencontrer. 

Marilou Boutet

La Force & Half Moon Run (double plateau) – AGORA DES ARTS / 20 h

La Force – Photo: Marilou Boutet

Mené par Ariel Engle, membre de Broken Social Scene, le groupe La Force était à la hauteur de son nom en entamant la première partie du groupe tant attendu Half Moon Run. Accompagné d’un percussionniste et d’un choriste (qui s’avèrent d’ailleurs un mignon petit couple). Au tout début de la prestation, je dois avouer que je n’étais pas convaincue, ne saisissant pas encore leur style. Deux chansons plus tard, je suis déjà en amour avec le groupe. Le ukulélé pour la touche sympathique, le chant puissant, un jeu de la batterie fort impressionnant et une choriste touchante, tous les ingrédients étaient là pour captiver le public. Plus les chansons défilaient, plus on captait l’ambiance pleine d’émotions que le groupe construisait. Coup de coeur pour You amaze me et Je suis libre qui, par leur rythme lent et profond, m’ont beaucoup touchée. La Force me faisait beaucoup penser à la chanson de Vance Joy, Emmylou, qui parle d’amour, d’enfance et de protecteur sur des ondes calmes, mais puissantes vers la fin. On captait bien les différents timbres de voix entre la choriste et la chanteuse principale, qui allaient toutes deux atteindre des notes recherchées et qui donnaient ainsi une belle texture aux paroles. Un groupe qui m’a fixé un sourire pour les heures à venir. 

Half Moon Run – Photo: Marilou Boutet

Groupe tant attendu du festival, j’étais plus qu’impatiente d’entendre quelques-unes des chansons du nouvel album qu’Half Moon Run était en train de préparer pour leurs nombreux fans internationaux. Sortie quelques jours plus tôt, Then Again, chanson-titre de ce futur troisième album, promettait beaucoup. C’est ainsi qu’ils nous ont joué les quatre nouvelles compositions que sont Favorite Boy, Flesh & Blood, Razorblade et Jello (oui, je sais ça car j’ai ramassé la setlist sur scène à la fin de la prestation!). Il s’agissait de ma deuxième fois à les voir performer, et je dois dire que ce 31 août dernier, ils ont frappé beaucoup plus fort que la dernière fois. Non seulement leur complicité évolue visiblement dans le bon sens (c’est toujours un plaisir de voir les sourires partagés entre eux sur scène et les montées musicales improvisées en parfaite harmonie), mais aussi font-ils progresser énormément leur style. On pourrait croire qu’après un troisième album certaines répétitions pourraient surgir,  mais non: chaque nouveauté qu’ils nous apportent est une totale (et heureuse!) surprise. Le tout s’est déroulé dans un magnifique jeu d’éclairage, avec un peu de sueur au front. Ils ont également été très généreux de leur temps, livrant deux performances d’une durée totale d’une bonne heure et demie. J’ai également beaucoup apprécié la sélection qu’ils nous ont proposé, alliant à la fois audace (quatre nouvelles pistes, quand même!) et réconfort (par le jeu de leurs succès comme de leurs chansons douces au piano). La course vers la demie-lune de Rouyn en valait définitivement la peine. 

Marilou Boutet

The 5, 6, 7, 8’s – DIABLE ROND / Minuit

On les connaît notamment pour avoir contribué à la trame sonore de l’un des films au grand succès international le plus retentissant: Kill Bill, de Quentin Tarantino. Eh oui, The 5, 6, 7, 8’s est venu visiter l’Abitibi-Témiscamingue depuis leur ville natale, Tokyo, ce qui leur a fait une sacrée acclamée de la foule majoritairement québécoise qui n’a pas eu souvent l’opportunité de les voir jouer de par leur distance. Moi qui ne m’étais pas beaucoup renseignée sur le groupe, j’ai été surprise d’apercevoir un trio féminin qui ne manque pas d’aplomb et qui revisite totalement le concept de la féminité. Le groupe rock semble avoir traversé les années sans aucune égratignure, leur musique toujours au goût du jour depuis 1986, année de leur formation. Elles nous ont entraînés dans une musique assumée qu’il est difficile de ne pas apprécier, de par le charisme des trois femmes et l’ambiance de feu qu’elles savent installer. Au final, j’ai assisté à leurs deux représentations car j’avais trop aimé la première! D’autres subtilités sont ressorties de cette deuxième prestation, plus précise dans ses notes et où le public dansait comme jamais. 

Marilou Boutet

Heartstreets – 7e RUE / 23 h

La scène rap québécoise se faisant de plus en plus vivante à travers les années, un groupe particulièrement ressort du lot. Heartstreets, c’est un duo de d’amies d’enfance montréalaises qui se tissent un nom indépendant depuis leur opus à succès « You & I ». Toutes deux dans la vingtaine, elles nous parlent à travers leurs chansons d’histoires de coeur, de jeunesse et de liberté. C’est notamment la complicité entre les deux chanteuses qui crée l’originalité du groupe, étant toujours sur la même longueur d’ondes dans leurs trames de rap, et se jetant constamment des sourires complices sur scène. Je qualifierais leur style de hip-hop contemporain, mais aussi de R&B, notes pourtant peu présentes dans la musique québécoise.

De leurs voix chaleureuses mais pourtant très différentes, qui savent enchaîner les paroles très rapidement, elles font déjà preuve d’un grand professionnalisme. Ce ne fut pas une surprise de constater que le public n’entrait pas au complet dans l’espace attribué au spectacle! Je dois m’avouer assez surprise depuis le début du FME de la place qu’ont les femmes dans la programmation, mais définitivement, Heartstreets est le groupe qui m’a fait sentir le plus représentée à travers la musique, ne connaissant pas beaucoup de rappeuses québécoises. Les deux jeunes femmes m’ont beaucoup fait penser à ce qu’on pourrait retrouver sur la populaire chaîne Youtube Colors Show, où les auditeurs peuvent écouter du rap à l’international. Je crois fortement que le duo se fera entendre en dehors du local et ce, très bientôt, le style qu’elles se sont construit leur étant propre et leurs rythmes nous faisant groover jusqu’aux petites heures du matin.

Marilou Boutet

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