Le 9 septembre, j’achète un disque québécois

Visuel: Marin Blanc

La toute première édition de la Journée du disque québécois, c’est demain! Pour l’occasion, on s’est entretenus avec l’instigateur du projet Francis Baumans, qui est aussi gérant d’artiste et musicien de la scène locale montréalaise. On vous parle de quelques enjeux de l’industrie de la musique et on vous fait des suggestions croustillantes. 

Tout d’abord, comment l’idée de la journée du disque t’est-elle venue?

C’est quelque chose que j’entendais souvent; qu’il devrait y avoir un équivalent à la journée « J’achète un livre québécois » pour la musique. J’ai juste décidé de faire tout haut ce que beaucoup de gens pensaient… tout haut.

À quel besoin cette journée répond-elle selon toi? En d’autres mots, pourquoi organiser une journée « J’achète un disque québécois »? 

Le but, idéalement, serait de mettre le focus pendant une journée par année sur la musique d’ici, mais que ca dépasse notre petite bulle (par là je veux dire les gens qui baignent là-dedans à l’année longue). J’aimerais que ca devienne assez big pour que des gens qui ne s’intéressent pas à notre musique aient envie de le faire. La journée du 9 septembre et l’idée d’acheter un disque, c’est surtout un symbole ; une excuse pour parler de musique et d’aller rejoindre des gens dans un esprit de célébration plutôt que de mercantilisme (même si on parle d’acheter quelque chose). 

Quels sont les plus grands enjeux en ce moment dans l’industrie de la musique? 

Trouver une façon de faire en sorte que les câblo-distributeurs soient enfin reconnus comme des acteurs majeurs dans l’économie de la musique. En ce moment, les gens ont l’impression de ne pas payer pour leur musique (ou de payer peu cher) en utilisant des plateformes de streaming, mais en réalité, ils donnent beaucoup d’argent à ceux qui possèdent les bandes-passantes. Et ces compagnies-là qui te chargent le gros montant pour ton forfait internet parce que tu stream de la musique non-stop, ils redonnent pas grand chose (voire rien) aux artistes et aux producteurs. C’est comme un acteur invisible dans la transaction; comme si à l’époque du HMV quelqu’un se mettait entre toi et le commis, prenait le cash et se poussait avec. C’est difficile de redistribuer les profits équitablement quand l’argent du consommateur se rend principalement dans les mains de quelqu’un qu’on ne reconnaît même pas comme ayant participé à la transaction. 

Comment peut-on faire une différence, nous, amateurs de musique? 

Je pense que les amateurs de musique au Québec sont déjà extrêmement généreux. Ils vont voir des spectacles, passent leurs étés dans des festivals qui sont souvent loin de chez eux, achètent encore des CD et des vinyles même si au fond ils vont continuer d’écouter ce qu’ils viennent d’acheter sur Spotify parce que c’est plus pratique. Personnellement je pense qu’il faut changer de narrative et arrêter de mettre la responsabilité sur les fans, le public… parce qu’ils sont déjà vraiment amazing je trouve! 

Est-ce qu’il y a d’autres pistes de solutions?

Je pense que je suis pas nécessairement qualifié pour être la personne qui trouve une solution, mais que l’important c’est de continuer à prendre des initiatives et de faire les petits gestes là où on peut. Ça peut être de faire découvrir des artistes qu’on aime à notre entourage qui est moins connecté à la musique québécoise, par exemple. 

Sinon, en attendant que les choses changent, il y a beaucoup d’acteurs et d’institutions privées qui pourraient devenir des alliés. Moi j’ai pas d’influence sur grand monde, mais je pense à des personnalités publiques, par exemple: des acteurs, des politiciens, des athlètes… Si demain Justin Trudeau décidait de faire un shout out à Laurence-Anne parce qu’il a entendu une de ses chansons et qu’il a aimé ça, par exemple, ça pourrait être un game changer pour elle. Donc voilà, il faut peut être juste recommencer à parler de musique pour le fun de partager nos coups de cœur, au lieu d’attendre des « scandales » pour parler de nos artistes.

Avec toute l’offre musicale que l’on a, difficile de savoir vers quoi se tourner pour notre achat du 9 septembre. On va te demander quelques conseils. Quel disque québécois acheter…

pour faire la fête? Wow, ça dépend vraiment quel genre de fête, mais moi personnellement ça serait probablement « Testament » de Anatole.

pour relaxer chez soi (sans avoir le FOMO)? Définitivement « Astronomie » de Avec pas d’casque.

pour écouter dans son char? En ce moment je dirais n’importe quoi que le P’tit Belliveau a sorti à date, ou bien sinon je sais pas pourquoi mais Laura Sauvage dans un char c’est toujours comme parfait. 

pour se pogner quelqu’un? « Comrades » de Elliot Maginot. « Scavenger » de Kroy si c’est après une chicane.

pour partir à l’aventure? « L’été » de Philémon Cimon. Pas tellement parce que ça donne le goût de partir à l’aventure, mais parce que si je suis pour mourir dans la jungle ou mangé par un ours, j’espère que ca va être le dernier album que j’aurai entendu. C’est l’album de ma vie et je doute que ça change un jour.

pour faire du ménage? Mmmm ben je viens de faire le ménage de ma chambre en écoutant « Pan » de Fanny Bloom pis ca marche pas mal bien. 

pour se remettre d’une peine d’amour? Y a pas de réponse universelle pour ça, je pense qu’il faut avoir une connexion particulière avec un album pour que ça nous guérisse le cœur, mais personnellement ma dernière peine d’amour je l’ai guérie avec le EP « Carrière solo » de Zen Bamboo. 

pour vivre une révolution auditive? « La forêt des mal-aimés » de Pierre Lapointe. Selon moi c’est le plus grand disque de l’histoire du Québec, pis quand Pierre et ses collègues ont fait ça, c’était genre des petits crisse de 24 ans. Ça a pas rapport pantoute, quand on y pense, écrire et composer et arranger un album de même à 24 ans. Voyons donc esti, 24 ans!!!!!!

Mais surtout, toi, Francis, quel(s) disque(s) québécois vas-tu acheter le 9 septembre? Je me suis dit que j’essayerais d’aller dans des styles que j’aime mais que j’achète peut-être un peu moins, alors c’est sûr qu’il y aura du rap et du punk… Je suis ouvert aux suggestions! 

À Montréal, la journée « J’achète un disque québécois » s’accompagnera de la Soirée du disque québécois, où mélomanes et curieux pourront échanger et participer à un quizz musical. Plusieurs prix seront offerts par différents acteurs de la scène locale tels qu’Audiogram, Grosse Boîte et Dare To Care Records. À Québec, il nous restera à explorer le champs des possible pour faire du 9 septembre un rendez-vous incontournable, année après année. Et vous, quel disque achèterez-vous?

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