Il y a un an presque jour pour jour, nous assistions à la mort du squelette dandy Anatole et à sa résurrection sous une nouvelle forme qui n’était pas tout à fait définie. Puis, après quelques mois dans sa tanière, il est ressorti au début du mois de septembre pour nous présenter un nouvel album intitulé Testament. Un album qu’on écoute en boucle depuis sa sortie (voire avant).

Qui dit nouvel album dit nouveau spectacle et on avait bien hâte de voir ce que l’ancien squelette dandy avait à proposer. Ce fut chose faite le 31 octobre dernier alors qu’Anatole nous a invité au Drague (how fitting!) pour un show qui promettait d’être décadent.

C’est en laisse, dirigé par une herrin dominante, qu’arrive Anatole. Au lieu de monter sur scène, la méchante dame l’envoie croupir… en cage. C’est elle qui monte sur scène et harangue une foule impatiente avant de laisser place à quelques petits tours de… MAGIE!

Pendant ce temps, telle une bête, Anatole brasse la cage (littéralement). C’est qu’il a hâte de montrer ce qu’il a dans le ventre! Lorsque sa maîtresse ouvre la porte, il se met immédiatement à chanter en traversant la salle, puis grimpe sur la scène, où il se transforme sous nos yeux en nouveau king québécois de l’art-pop.

Toujours entouré de ses musiciens de feu (Cédric Martel, Jean-Michel Letendre-Veilleux, Simon Paradis et Jean-Étienne Collin Marcoux), Anatole occupe une scène comme pas un. Il danse, chante, gesticule (énormément, mais moins qu’avant!). Sous son maquillage, son regard est perçant, toujours un brin malaisant quand il se met à te fixer. Ses costumes se sont raffinés : au lieu de porter un catsuit en spandex, le voilà qui a l’air d’un croisement entre Marcel Marceau et Charlie Chaplin. La classe, quoi.

Cette grande classe a de quoi surprendre : on s’était habitués à voir Anatole nous choquer. Mais cette période est révolue. Maintenant, il veut tout simplement nous faire danser tout en nous titillant les neurones. Les chansons de Testament sont interprétées telles quelles (sans les collaborations spéciales, bien entendu), mais celles de L.A./Tu es des nôtres sont réarrangées pour mieux fitter avec les nouvelles. Discollins, la toune préférée de pas mal tout le monde sur l’album précédent, a subi quelques changements subtils qui viennent renouveler le plaisir de l’entendre (et de la jouer, j’imagine). Quant à la pièce-titre du premier album, ben… disons qu’elle a subi quelques petits changements mineurs. Vous verrez bien à son prochain spectacle.

Donc, fini le temps où Anatole cherchait constamment à choquer. Il propose toujours de nous plonger dans une expérience particulière, mais cette fois, on laisse notre imagination faire tout le travail lubrique au lieu de nous l’enfoncer dans la gorge tel un Félix dans les mains d’un Beauportois. Et cette fois, on s’imagine nous-mêmes possédant un petit Anatole en laisse, prêt à conquérir le monde un tour de magie à la fois. Plutôt que de se mettre à nu, il nous laisse le plaisir de le déshabiller dans nos têtes.

Pas mal plus kinky.

Le squelette est mort. Longue vie au roi de l’art-pop.