Troisième journée. La plus longue, la plus chargée. La plus éclectique, aussi! La troisième édition du Festival FONO nous en aura vraiment donné pour nos oreilles!
Louis-Charles

Pour commencer la journée, rien de mieux que le post-punk du quintet de Québec Louis-Charles. Je ne vous le cacherai pas, je suis fan depuis un p’tit bout, « II » est un solide album ayant toute une force de frappe, Julien Moisan-Labelle est un excellent frontman, Lou Manuel Arsenault et Jérémy Dufour shreddent leurs guitares comme s’il n’y avait pas de lendemain, Gabriel Wagner est un véritable métronome à la batterie et Gabrielle Poirier domine sa basse avec aplomb. Louis-Charles est passé maître dans le mélange des mélodies mélancoliques avec des rythmes entraînants, c’est pas parce qu’on est triste qu’on n’a pas envie de danser, BABY! Ce groupe-là continue de m’impressionner tellement il est tight, tight, tight et je vais l’avouer bien candidement, cette petite prestation un brin intime fait partie des meilleurs moments de mon festival.
Meghan Oak

La dernière fois que j’avais vu Meghan Oak, c’était il y a deux ans à La Korrigane dans le cadre de St-Roch XP. À l’époque, elle semblait un peu mal à l’aise de jouer dans un espace aussi restreint, et je m’étais promis de la revoir dans de meilleures circonstances. Ben la voilà sur la grande scène de FONO, et la Montréalaise avait toute la place nécessaire pour prendre ses aises. Si vous avez déjà entendu ses chansons sur les plateformes, vous savez que l’autrice-compositrice-interprète propose une pop accrocheuse plutôt proprette, mais celle-ci gagne beaucoup de mordant sur scène, où Meghan excelle. Sa voix, douce mais remplie d’assurance, colle bien à sa personnalité attachante qui remplit l’espace scénique sans aucune difficulté. On a hâte d’entendre le successeur de son microalbum « Avant-goût », qui est sorti il y a deux ans.
Kinji00

On m’avait averti, Kinji00, c’est une vibe. Une vibe qui s’installe avec Vive l’espoir, vive le québec et ses enregistrements de Lévesque et de Parizeau. Accompagné de son frère lb66, le rappeur gatinois arpente la scène en scandant ses verses résolument souverainistes, indiquant clairement à la petite foule fleurdelisée dans quel camp il se situe. Je vous avoue que je ne comprends pas tout ce qui se passe devant moi. Le « CEO » du projet indépendantiste parle un langage qui ne m’est pas destiné. Même les milléniaux ne doivent pas y comprendre grand chose. Par contre, les nouveaux adultes, scotchés à leurs cells, ayant leurs codes et leur langage, semblent avoir reçu le message 10/10, parce que l’enthousiasme sur le parterre se rapprochait de celui que je ressentais au début de ma propre vingtaine en écoutant Dédé Fortin et ses Colocs me vendre ce pays qu’on attend encore. Fallait les voir sautiller pendant que Kinji00 et frérot balançaient leurs verses avec l’énergie du désespoir et une complicité sans égal.
Baby Nova

Après avoir pris une pause repas bien méritée, on est retournés à la scène du boisé pour y voir l’autrice-compositrice-interprète haligonienne Baby Nova. J’avais entendu son album « Shhugar » en janvier dernier, et celui-ci méritait amplement sa place sur la liste longue du Polaris cette année. La musique de Kayleigh O’Connor, un genre de pop de chambre sombre aux accents folk, est empreinte de mélancolie qui n’est pas sans rappeler Lana Del Rey. Sur scène, si elle a les crocs un peu plus aiguisés, elle garde cette retenue qui contraste tellement avec une des plus belles voix que j’ai entendues au cours du week-end. Quand celle-ci est chargée d’émotions, elle peut faire pleurer tout un parterre, et ça, c’est pas donné à tout le monde. Du beau qu’il a fallu quitter un peu avant la fin, question d’attraper l’artiste suivant.
Chance Peña

Originaire du Texas, l’auteur-compositeur-interprète Chance Peña est venu interpréter les chansons folk introspectives de son album « When I Change My Mind I Don’t Mean It ». Le gars n’a que 25 ans au compteur, mais il a déjà toute qu’une présence scénique et son indie-folk aux accents pop de grange (qui connaît un petit renouveau ces temps-ci) n’a eu aucun mal à convaincre la foule de plus en plus importante qui se massait devant la grande scène. Les chansons du jeune artiste sont remplies d’émotions, et on se dit que dans quelques années, le temps de faire le plein de refrains fédérateurs, celui-ci pourra facilement la jouer facile et nous laisser chanter à sa place, à l’unisson, pendant une heure et demie.
Pelch

Remplaçant la Belge Lotus and the Yakuza qui a dû annuler à la dernière minute, Pelch a sauvé la mise grâce à son indie pop livrée avec intensité et authenticité. Avec des pièces tirées de « Power of Now » (2025) et quelques nouveautés, l’auteur-compositeur né à Saint-Julie y a mis toute la gomme devant un parterre qui a accueilli chacune des chansons avec enthousiasme. Faut dire que l’artiste a le sens de la mélodie accrocheuse et des rythmes faits sur mesure pour les tapages de main!
Alessia Cara

Oh qu’elle était attendue, celle-là! Alessia Cara connaît un grand succès au Canada anglais et un peu partout dans le monde grâce à son excellent « Love & Hyperbole », paru l’année dernière. Son mélange de pop et de R&B, qu’elle livre avec une voix puissante et une énergie hors du commun, fait vraiment mouche et vient nous chercher, une articulation à la fois. C’est pas long qu’on sent les hanches bouger, le pied taper et la tête hocher doucement, et si je regarde devant moi, je vois quelques milliers de personnes faire de même. Arborant un t-shirt sur lequel « QUEBEC » était écrit en grosses paillettes, Cara ne s’est pas contentée de jouer ses gros hits entraînants, elle nous a aussi transportés dans des moments plus doux et introspectifs qu’on écoutait attentivement (sérieux, j’étais agréablement surpris de la qualité d’écoute, même à l’arrière). Un passage réussi pour cette artiste qui est déjà entrée dans la cour des grands.
Sofi Tukker

Le festival FONO s’est terminé avec le duo nouillorquais SOFI TUKKER, qui n’est pas connu pour sa pop introspective, mais plutôt pour ses spectacles qui s’approchent davantage du rave et du DJ set que de la simple perfo. Si vous aviez aimé « Butter », la relecture mollo de « Bread » (la pognes-tu?), vous allez être déçus, parce qu’ici, la paire y va à fond dans la pop électro, les rythmes dansants, les mises en scènes élaborées, les chorégraphies avec danseurs et invités. Fallait voir tous les popotins se laisser aller sur Throw Some Ass pour comprendre ce qu’on vivait collectivement. C’était plus chaud que bien des soirées très, très muy caliente passées au Pub universitaire juste à côté pendant le bac, et ça, on le doit beaucoup à l’énergie de Sophie Hawley-Weld, pour qui tout semble si facile sur scène, et au travail derrière la console de Tucker Halpern. Ils ne se prennent pas du tout au sérieux, ils s’amusent comme des petits fous, et ce genre d’énergie est absolument contagieuse. Un point d’orgue grandiose pour une belle fin de semaine.
Conclusion

Et puis, cette troisième édition de FONO? Eh ben on peut le dire, c’était un grand succès. L’événement a été plus couru que les années précédentes, on a pu le constater de visu pendant les prestations de SOMBR et d’Alessia Cara, où le parterre était bien rempli. Même JF Pauzé, qui remplaçait GIMS et qui fittait un peu moins dans la vibe de cet événement qui s’adresse en premier lieu aux jeunes de la génération TikTok, avait fait courir les foules. Même la scène secondaire accueillait beaucoup plus de spectateurs que les années précédentes (même s’il n’y avait qu’une scène plutôt que deux), et si ce n’était du léger chevauchement entre les artistes des deux scènes, qui nous obligeait toujours à choisir entre la fin d’une prestation et le début d’une autre, je pense qu’on aurait y aurait vu encore plus de monde.
En reculant la scène principale de plusieurs mètres, on a bien sûr pu accueillir un plus grand nombre de spectateurs (oh que ça aurait pas été content si SOMBR avait été l’année passée), mais surtout, on a pu réaménager la zone centrale, où on avait prévu des endroits où prendre un drink entre ami-es, magasiner ou simplement manger une bouchée (l’offre bouffe s’est beaucoup améliorée, du sandwich au kogo en passant par l’incontournable poutine et les sushis). Ça permettait de prendre un bon break, de se ravitailler, de se remettre de ses émotions, de se faire expliquer par ses jeunes photographes pourquoi Kinji00 est aussi cool.
La forêt électro a elle aussi été bonifiée. Avec ses deux plateaux, on pouvait profiter de deux ambiances différentes, et les fins de soirées y étaient particulièrement animées. Même que des fois, on n’y voyait pas grand chose, mais est-ce si important quand tout ce qu’on veut, c’est danser à l’abri (dans le bois)? Et on y a ajouté un accès, qui permettait finalement d’entrer près du boisé pour sortir près de la grande scène. Un parcours toujours des plus agréables.

Tout n’était pas parfait : je viens d’en parler, mais les brefs chevauchements nous forçaient à faire des choix plutôt difficiles si on voulait voir tout le monde. Dois-je partir au milieu d’un set enflammé de Louis-Charles ou manquer les premières minutes d’une prestation endiablée de Meghan Oak? SOMBR, c’était vachement bon, mais il était hors de question que je manque ne serait-ce qu’une seconde d’Angus & Julia Stone, qui figurait sur ma bucket list depuis des années. Déjà qu’il faut traverser la moitié du Grand Axe au pas de course!
Aussi, et ça, ce n’est pas vraiment la faute des organisateurs, à cause des travaux entourant le tramway (dont on a bien besoin), le site de l’Université Laval est un peu moins accessible. Non, on ne doit pas déplacer physiquement l’événement, il est à sa place dans ce grand espace, mais les allers et les retours en autobus étaient un peu plus difficiles, surtout que le parcours 805 est péééééééééééééééééééénible quand on doit se rendre plus loin que St-Roch. Et je n’aurais pas manqué Laura Schembri le vendredi si j’avais pu prendre le 801 sans correspondance! Mais bon, dans quelques années, tout ça ne sera qu’un mauvais souvenir, et on va remplir des rames entières de festivaliers!
On va garder de beaux souvenirs de cette troisième édition de FONO qui s’est déroulée sous un ciel dégagé du début à la fin, même si une petite laine était de rigueur en soirée. Il s’y dégage une énergie douce, qui nous amène à prendre notre temps, nous incite à profiter du moment présent. On ne croule pas sous un nombre interminable de choix difficiles, on se laisse tout simplement porter d’un artiste à l’autre, on fait des découvertes, on a de belles retrouvailles, et ça, à une époque où tous les festivals pop semblent se diriger vers le maximalisme, ça fait du bien.
Pari réussi!
Galerie photos









