JF Pauzé – Photo : Vincent Drouin

Festival Fono – 10 septembre 2026

16 septembre 2026

Jacques Boivin

Vincent Drouin,
Emmanuelle Letendre-Lévesque

Et c’est parti pour la troisième édition du festival FONO! Le petit dernier de BLEUFEU, qui se déroulait dans le Grand axe de l’Université Laval, proposait pour cette première soirée un programme essentiellement québécois (surtout avec le remplacement de GIMS, qui a déclaré forfait pour des raisons de santé, par JF Pauzé). Si plusieurs festivaliers étaient déçus de l’absence du rappeur et chanteur originaire de Kinshasa, ça ne leur a pas empêché de faire la fête toute la soirée!

Avant même d’arriver sur le site, on remarque quelques petits changements par rapport aux années précédentes. Tout d’abord, on passe de trois à deux scènes. Une belle façon d’éviter qu’on soit éparpillés un peu partout sur le site et d’assurer de plus grosses foules aux artistes, surtout pendant les premières parties. On a aussi ajouté un deuxième plateau à la forêt électro : deux ambiances en même temps, qui variaient selon le DJ.

Mais le plus grand changement se voit dès l’arrivée sur les lieux du festival. On a reculé la scène principale de plusieurs mètres, ce qui permettra d’accueillir un plus grand nombre de fans lors des gros shows et d’installer plus de lieux de rencontre et de repos entre les deux scènes. On le verra plus tard, c’est une bonne chose.

Place à la musique!

Marco Ema

Arrivé un peu trop tard pour Goodbye Karelle, je me dirige directement vers la scène du boisé pour y voir Marco Ema. Accompagné de ses complices habituels (Anthony Cayouette, Henri Kinkead et Gabriel Lapointe), l’artiste originaire de Thetford-les-Mines était dans une forme redoutable et nous a balancé, sans temps morts, les morceaux les plus entraînants de « Soleil mâché » (qu’il a relancé en version deluxe au début de l’année). Caché derrière ses lunettes fumées, Ema se la joue un peu désinvolte, mais il s’amuse ferme avec ses chums, et l’indie pop mélodieuse du jeune Montréalais a un mordant sur scène qu’on entend beaucoup moins sur disque. C’est diablement efficace, on aime ça de même!

Fredz

Surprise en arrivant à la scène de la vallée : eh boy, y’a du monde! Des universitaires, certes, mais aussi beaucoup de petites familles avec une tonne de jeunes qui trippent déjà leurs vies avant même l’arrivée de Fredz sur scène! Lorsque le jeune homme se pointe enfin, celui-ci est enterré par une tonne de cris stridents qui contrastent vraiment avec sa douce voix grave. La recette est simple : une mélodie simple, mais ultra-accrocheuse, des textes simples, empreints de mélancolie, qui se chantent facilement. C’est un peu moins ma tasse de thé, mais à entendre la foule, mon opinion comptera très peu ici. J’ai rarement entendu un public de 7 à 77 ans chanter aussi fort que ça à toutes les chansons. Du monde qui chante de la musique d’ici, qui est exposé à de la musique d’ici, et qui aura envie plus tard de découvrir encore plus de musique d’ici. Dans mon livre à moi, on appelle ça une grosse victoire.

TechnoBrass

Seul groupe hors-Québec de la soirée, TechnoBrass en a jeté plus d’un sur le cul. « Kosséça », me demanderez-vous. Eh ben c’est une fanfare brésilienne composée de sept dudes pas mal crinqués qui mélangent rythmes techno et la chaleur des cuivres. Un autre projet diablement efficace, mais celui-ci vient me rejoindre. L’envie de danser ma vie me prend, mais je me retiens parce que mes pas de danse font un peu dur et je n’ai pas encore bu assez de lager mexicaine pour faire des folies, alors je regarde d’un oeil amusé toutes celles et ceux qui se laissent transporter par les rythmes irrésistibles et les teintes jazzées du groupe. C’est dur à décrire : c’est construit comme des grosses tounes électro, drop incluses, mais tout ça est naturel et organique, les membres de la fanfare sont d’incroyables bêtes de scène, le courant passe, et mon seul regret, c’est celui d’être parti un peu avant la fin pour aller voir la tête d’affiche de la grande scène. Va falloir les réinviter.

JF Pauzé

En tant qu’ancien fan des Cowboys Fringants, je ne vous le cacherai pas, je n’étais pas fâché de voir que JF Pauzé allait remplacer Gims lorsque celui-ci a dû déclarer forfait. Et à voir la foule présente, si plusieurs personnes étaient déçues, surtout que les univers des deux artistes sont aux antipodes, la réaction n’a pas moins été bonne, et ça se comprend. Pauzé, c’est quand même l’auteur-compositeur de la quasi-totalité des tounes des Cowboys Fringants (vous savez, le plus grand groupe de l’histoire du Québec, rien que ça), et son album solo « Les amours de seconde main » est loin d’être piqué des vers.

J’avais vu le jeune quinquagénaire un peu plus tôt cette année à l’Impérial Bell. Il était encore très nerveux, pris de ce syndrome de l’imposteur qui guette quiconque a d’énormes chaussures à remplir (comme celles de Karl Tremblay). Une longue tournée et un nombre incalculable de festivals plus tard, il fait bon de voir Pauzé beaucoup plus à l’aise à l’avant-plan. La voix a beaucoup plus d’assurance, les interventions sont beaucoup plus naturelles, il a une superbe complicité avec ses musiciens et le public et un répertoire fait pour veiller tard. Alternant entre ses chansons toutes neuves et les grands classiques fringants, Pauzé nous aura fait chanter très fort, à l’unisson, toute la soirée. Et ses relectures de quelques vieilles tounes comme Plus rien les rendent encore plus d’actualité.

Pas pire, pour un gars qui a appris qu’il jouait à FONO à moins d’une semaine de préavis!

Ariane Moffatt

C’est à nulle autre qu’Ariane Moffatt qu’on a confié la tâche de clore la soirée à la scène du boisé. L’autrice-compositrice-interprète a offert une prestation comme elle seule peut le faire : nous donner envie de Jouer jusqu’à Miami, avec une shitload de hits et de classiques entre les deux. Un des derniers shows de sa tournée « Airs de jeux », cette prestation un brin écourtée (couvre-feu oblige) aura roulé à 100 à l’heure du début à la fin, la Montréalaise (née dans le 83) ayant retiré du programme les morceaux les plus introspectifs pour ne conserver que ceux qui bougent (beaucoup). Une vraie boule d’énergie, Ariane est généreuse, s’amuse autant avec son band qu’avec nous, avec l’assurance de celle qui mène sa carrière solo depuis près de 25 ans (ouch, « Aquanaute » est sorti en 2002).

Ariane Moffatt ne vieillit pas, elle level up, et elle doit être rendue à un niveau incroyable où même le moindre sourire de sa part peut jeter un sort à toute une foule. Je sais, c’est genre la quatrième fois que j’utilise ce mot aujourd’hui, mais elle est diablement efficace. Tellement que j’ai fredonné Debout jusqu’à mon arrivée au site le lendemain.

À suivre dans votre bloguscule préféré…

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