On avait hâte d’assister à ce spectacle! Malaimé Soleil lançait son nouvel album « Fragile » ce vendredi 03 avril au Pantoum, accompagné par une douce première partie nommée Fiction. Trois ans après notre couverture assidue de l’album « Tempête », la flamme est toujours aussi vive auprès du public de Québec!
Fiction

Le quatuor montréalais Fiction est composé de Marlie Robertson (chant, batterie), Florence Labelle (chant, violon), Vincent Deit (guitare et synthétiseur) et Oscar Robertson (basse). Je l’avoue, ce soir je découvre pour la première fois leur album éponyme « Fiction » paru en mai dernier.
La formation ouvre avec une pièce très acoustique, délicate et plante le décor d’une performance qui s’annonce contemplative, comme le dit la chanteuse Marlie : « Gardez votre énergie pour le moshpit de Malaimé ». Une manière de situer d’emblée le spectre émotionnel du spectacle : du doux, et du moins doux. On apprécie par ailleurs le style de jeu du violon pincé de Florence qui ajoute de l’originalité à l’authenticité.
Entre deux morceaux, Marlie, maintenant munie de baguettes derrière la batterie, glisse qu’ils joueront plusieurs nouvelles chansons ce soir et enchaîne avec le morceau Bluelight qui n’est pas sans rappeler une voix et rythmique trip-hop du groupe Morcheeba. Difficile de faire plus réconfortant à l’oreille et pourtant derrière ces mélodies feutrées, presque hypnotiques se cache une rengaine comme appel à l’aide : Save me – le contraste est à la fois frappant et touchant.
Puis vient Conifère, sans doute l’un des moments les plus marquants du spectacle. La chanson explore ce que signifie être une femme à travers une métaphore forestière. On sent que les prochains mots sont lourds sur les lèvres de Marlie mais, aussi brutale soit-elle, l’introduction du morceau s’avère nécessaire : « une femme se fait battre et tuer et ça passe dans le beurre ». La salle se fige, prise entre la beauté de l’image et la violence du constat.
Fiction propose ainsi une expérience profondément humaine, où la vulnérabilité n’est jamais feinte. Une formation qui, sans éclats spectaculaires, parvient à conquérir par sa justesse et son courage émotionnel.
Malaimé Soleil

Je ne sais pas s’il est (encore) nécessaire de présenter le quatuor estrio-montérégien composé de Francis Leclerc (voix, guitare, auteur), Vincent Deit (guitare, claviers), Antoine St-Onge (basse) et Alexandre Crépeau (batterie, percussions) mais je le fais pareil. Après leur talentueux album « Tempête », ils nous présentent fraîchement sorti du four l’opus « Fragile ».
Pissou, comme sur l’album, lance le bal doucement et Quessé vient complètement renverser l’ambiance. Je suis surpris de voir une véritable chorale : le public connaît déjà les paroles par cœur. Le ton est donné : la foule s’anime, ça bouge fort et cette énergie collective contagieuse se poursuit avec L’amour en sang. C’est confirmé, les trois premiers morceaux du nouvel album brisent la glace et passent le test haut la main.
Quoi de mieux que Coin coin pour faire la transition avec l’album « Tempête ». L’énergie croissante du public rappelle à quel point Malaimé Soleil est solidement ancré dans la scène de Québec. Pour anecdote cette chanson a été écrite à peine deux semaines avant L’amour en sang et pourtant plus de deux ans séparent leurs parutions.
Les nouveautés comme Je t’en veux et les « moins » nouveautés comme Pansement et Monotonie s’insèrent naturellement dans l’ensemble, sans casser le rythme pour finalement basculer avec la pièce Gaguar. Comme le commente Francis : « je laisse entrer le jaguar dans ma vie » et les riffs deviennent massifs : le jam s’installe. On est ailleurs, comme dans une transe psychédélique. L’ambiance est digne d’un live de Pink Floyd à Pompéi.
L’élève de la douceur, introduite par un discours engagé sur le féminisme, dresse le constat amer qu’en 2026 certains acquis reculent encore. La musique devient alors un vecteur d’indignation et de résistance. Batterie percutante, basse solide, guitare aux riffs tranchants — tout concourt à amplifier le message. Et ça fonctionne : j’en ressors électrisé, « cranké » au maximum.
La représentation atteint son paroxysme avec Pluie acide, la chanson s’abat comme un raz-de-marée sur la salle. C’est à chaque écoute une claque monumentale et sans conteste mon moment fort de la soirée.
Quoi de mieux que de clore le spectacle avec Cactus puis Démons : deux classiques incontournables. À ce stade, plus personne ne pense au froid extérieur. La salle du Pantoum est en ébullition. Bien que fragile dans le sens de « vulnérable », l’album s’avère très SOLIDE et confirme le statut de groupe établi qui est là pour rester.
Le lendemain…
Par Jacques Boivin
Je me suis payé une petite folie en ce beau week-end. Yep, je suis allé voir les deux shows de Malaimé Soleil à titre de simple spectateur. Mais bon, même si j’étais techniquement en congé, je voulais ajouter quelques mots sur la soirée du samedi 4 avril, qui avait une vibe passablement différente de la première.
Peut-être est-ce la foule, un peu plus désordonnée, plus jasante mais aussi plus active que la veille. Peut-être est-ce Bénévole, qui assurait la première partie et qui a réchauffé le public autrement que Fiction la veille . En effet, out la pop feutrée et in le shoegaze, ça a eu son effet en nous permettant de nous réchauffer les articulations. Peut-être était-ce le stress qui était tombé du côté de Malaimé Soleil. Quoi qu’il en soit, le résultat a été le même : le quatuor était déchaîné, le public brassait très fort et il était ma foi pas mal plus vigoureux dans le moshpit.

Et c’est un peu pour ça que j’interviens : même si mes p’tits bums préférés ont chanté les mêmes tounes dans le même ordre avec la même énergie, j’ai eu l’impression d’avoir assisté à deux soirées différentes. Y’en avait pas une qui était meilleure que l’autre, c’est juste que les deux premières parties (Fiction et Bénévole) ont imposé chacun leur rythme qui s’est poursuivi même après l’arrivée des têtes d’affiche. Vendredi, la foule était attentive, et ça, on le doit beaucoup à la musique captivante, mais un brin exigeante, de Fiction. On a gardé la même attitude pour Malaimé. Oui, on chantait fort, mais pendant les moments les plus doux, si c’était pas pour chanter avec Francis, on écoutait le show. Tandis que samedi, Bénévole nous a mis dans un mood plus actif. Un peu moins discipliné, certes, mais plus « rock ». C’est comme si voir les deux représentations confirmait encore plus que Malaimé Soleil est un groupe aux multiples facettes, comme je le disais dans ma critique de « Fragile ». Ne vous demandez pas pourquoi je les aime tant.
J’ai vraiment hâte de voir ce que ça va donner quand le groupe va jouer le 18 juillet prochain au Festival d’été de Québec. Pris en sandwich entre BAIE et Ariane Roy, ça risque d’être un moment incroyable. On se donne rendez-vous à la scène Hydro-Québec (pssst, pas besoin de passe, c’est gratuit)!
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