CRABE + SEULEMENT : punk, électro, amour et fin du monde

Crabe. Photo : Nicolas Padovani

Notre petite équipe s’est fait décoiffer par les géniaux membres de CRABE et de SEULEMENT le 12 novembre dernier lors de leur passage au Pantoum. Les premiers présentaient en primeur « Sentients, le film », tandis que SEULEMENT lançait « EX PO », son premier long jeu. Compte-rendu d’une soirée électro-punk-expérimentale sur fond d’amour et de fin du monde. Fait notoire, c’était aussi l’occasion pour notre nouvelle recrue, Mona Déry-Jacquemin, de se faire les dents sur sa première critique de spectacles! 

Sentients, le film

Le long-métrage « Sentients, le film », nous plonge dans un univers onirique où un sentiment d’urgence nous poursuit. L’œuvre indépendante écrite et réalisée par Gabriel Lapierre et Mertin Hoëk (le duo de CRABE) met en scène Hubert Lenoir, Laurence-Anne, Dan Mongrain (Voivod), Yuki B.T. (Jesuslesfilles), Vincent Peake (Groovy Aardvark, GrimSkunk), DianaCrawls, Infopolice, Mathieu A. Seulement (SEULEMENT), Étienne Dupré (Duu, Klô Pelgag), Benoit Poirier (Jesuslesfilles), Jean Michel Coutu (I.D.A.L.G.). 

Reprenant les titres de l’album du même nom, le long-métrage servait de prélude aux prestations et avait quelque chose du sublime et du malaise. Imprégnées de l’univers mat punk de Crabe, les scènes étaient rythmées avec la musicalité de chaque chanson et en ressortaient une cohésion entre beauté et chaos. Un sentiment d’urgence de penser, d’agir, était pressant et présent tout au long du film. 

Dans plusieurs scènes, un intéressant jeu de couleurs jaunâtre et bleuté ajoutait une touche glauque et oppressante. Cette impression était renforcée par les nombreux masques chirurgicaux portés par les acteurs, donnant au tout des airs de film d’horreur post-apocalyptique. Les segments axés sur les musiciens jouant live alternaient avec des segments de scénettes d’une saveur de rébellion politique à la limite de l’anxiogène. Une anxiété brute et naïve, un abandon sans morale autre que celle d’être, nous transportait alors vers la cérémonie de la finalité où le mur de feu vient enfin brûler l’étrange photo de famille. Il y avait, en contraste du côté in vitro fataliste de « Sentients, le film », beaucoup de douceur, de résilience et d’intimité. 

Quelque chose comme une envie de brûler avant que tout brûle.  

Mona Déry-Jacquemin

SEULEMENT

Dès les premières secondes, on s’est retrouvé.e.s littéralement immergé.e.s autant par les textures sonores satellitaires que par les effets lumineux chirurgicaux de SEULEMENT, alors qu’il entamait sa pièce éponyme EX PO. Prenant place au milieu des éclairs blancs stroboscopiques, ce dernier semblait régner en maître derrière ses machines, nous incitant à plonger avec lui. Pas le choix de plonger. 

Une à une, les pièces du long-jeu prenaient vie sous les doigts du créateur sonore et chanteur. Les textes, chantés en français sur des mélodies douces et simples, servaient de repères en ponctuant des titres au rythme autrement très libre, aériens, ce qui était particulièrement vrai sur GRAND ANGLE. La lumière, diffusée par des tubes blancs et des lampes de chevet contrôlées en MIDI à partir de l’ordinateur de l’artiste, amplifiait chaque effet sonore et semblait palpiter à l’unisson avec cette musique à la fois onirique, fracassante et planante.

Tout au long de la performance, on s’est donc fait catapulter dans un monde où pouvaient se côtoyer vrombissements et douceur, mélodies et grincements, tribulations et délivrances. Le tout, pourtant, demeurait harmonieux, ambiant. Comme si l’on essayait d’embrasser les contradictions au lieu de les résoudre. Pas étonnant que certain.e.s aient dit, après le passage de SEULEMENT sur scène, s’être senti.e.s exorcisé.e.s! 

Marie-Ève Fortier

CRABE

Fin de cette soirée trilogique avec CRABE et leurs invités, qui nous ont gâtés avec un spectacle d’une essence fondamentalement punk autant dans le propos que le visuel. À l’image de leur film, l’univers des musiciens Gabriel Lapierre et Mertin Hoëk  était au rendez-vous, et ce, pour le plus grand plaisir des spectateurs déjà bien électrisés par le « Sentients, le film » et SEULEMENT. 

On peut dire que CRABE a offert de nombreux cadeaux à son auditoire du Pantoum. Que ce soit Vincent Peake qui court dans la foule en jouant du tambourin, Jean-Michel Coutu arrivant à l’improviste créant la réaction de surprise la plus candide possible de la part de Mertin, Hubert Lenoir et Mathieu A. Seulement qui libèrent leur folie en screamant, le rappel imprévu où Mertin a fait choisir entre trois titres (dont un inédit du prochain album que le public a finalement choisi) ou bien encore Gabriel qui crache grandiosement sur son drum pour la chanson 8008 rue des Lombards

Le groupe réussit avec brio à bardasser joyeusement ses spectateurs avec des sonorités qui empruntent à tous les styles sans jamais compromettre le leur. On y sent aussi un peu l’influence de la musique directe, mouvement musical d’Hubert Lenoir, dans l’authenticité du processus, dans la performance et dans la recherche sonore. 

Ce qui rend l’album de crabe « Sentients » et la performance aussi mémorable et particulière, c’est son imprévisibilité chaotique, mais très bien construite. La musique a quelque chose de lourd, d’épique et de complexe alors que les paroles sont simples, presque nues, tout en étant conscientisées, voire politiques. Ce contraste entre naïveté et brutalité produit une satisfaction féroce.

Il y a une telle intensité, une telle complicité et surtout un tel abandon de la part de Mertin et de Gabriel sur scène qu’il était difficile de ne pas se lever pour trasher avec amour les lieux avec eux.  

Mona Déry-Jacquemin

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