Édition 2021 : une moyenne Grosse Lanterne

Population II. Photo : Noémie Rocque

Du 20 au 22 août avait lieu l’édition 2021 du festival Grosse Lanterne sur le terrain des grandeurs natures de Béthanie. L’an dernier l’équipe avait préparé une édition Petite Lanterne, une version COVID condensée en une seule journée. Si la formule était différente cette année, elle était encore allégée. On pourrait donc dire qu’on a eu droit à une Moyenne Lanterne.

Un gros désavantage de cet allégement est qu’on devait attendre une heure entre chaque spectacle. La température caniculaire de la fin de semaine avait pour effet de vider le site des festivaliers qui allaient se rafraîchir dans la rivière. Lorsque les spectacles reprenaient après l’heure de pause, la foule était de ce fait en retard quoique néanmoins au rendez-vous au fur et à mesure que les chansons défilaient sur le setlist.

L’équipe acharnée de Grosse Lanterne a toutefois réussi à s’adapter aux mesures toujours en place en proposant une variété d’artistes où chacun pouvait y trouver son compte. Les gens avec qui j’ai pu échanger tout le long de la fin de semaine l’ont unanimement apprécié, que ce soit leur première expérience ou non. Parce que Grosse Lanterne c’est exactement ça, c’est une expérience. Le simple fait de se retrouver en camping au cœur d’une forêt illuminée, d’y faire autant la fête sur un DJ set que du yoga tantrique, c’est déjà bien plus qu’une programmation de spectacle traditionnelle non? Pour ma part, bien que tentée par le yoga, je me suis concentrée sur les artistes présents question de vous en parler un peu plus et d’y faire de belles découvertes.

Vendredi 20 août : Une amorce en douceur

Meggie Lennon. Photo : Noémie Rocque

Après avoir monté notre énorme tente sous les quarante degrés Celsius, on a débuté avec par une saucette dans la rivière pleine de poissons friands de nos peaux mortes. Se rafraîchir était plus que nécessaire, question de reprendre un peu nos esprits pour la soirée qui allait suivre. Séchage rapide et direction la clairière, un espace située à environ dix minutes de marche du site de camping où on avait aménagé la scène. Des espaces y avaient été identifiés pour séparer les bulles.

C’est Meggie Lennon qui ouvrait cette 6e édition accompagnée de Super Plage et de Virginie B. Ils sont montés sur scène habillés de robes de nuit satinées. Telle une invitation dans l’intimité dans la chambre à coucher, Meggie a enivré la foule d’une sensuelle effervescence. Les rythmes planants de son premier album, Sounds from Your Lips sorti le 9 juillet dernier, ouvraient parfaitement la soirée. Malgré la température étouffante, la foule s’est laissée aller au son de la musique enivrante du trio. C’était chaud de tous les sens possibles.

S’enchaînant parfaitement avec Meggie, Mirabelle a poursuivi avec les pièces de son album Late Bloomer, un album que j’apprécie énormément depuis que j’en ai fait la critique. Pour les adeptes du projet, Laurence Hélie et ses musiciens avaient préparé quelques surprises, dont une chanson d’un EP à paraître. À travers son programme, Mirabelle a aussi bifurqué vers une reprise de Taylor Swift et une version planante de In Bloom de Nirvana. S’harmonisant par moments calmes au son des sauterelles, la prestation avait un petit côté magique. Si Late Bloomer est mon album de prédilection du dimanche matin, il était tout aussi satisfaisant d’en entendre les pièces en fin de soirée. Définitivement, Mirabelle reste dans ma mire et j’attends avec impatience la sortie de ce prochain microalbum.

Mirabelle. Photo : Noémie Rocque

Mais attention, ce n’est pas tout! Si la soirée aurait normalement dû se terminer là, un DJ set imprévu est venu animer la foule tout près du camping. Les gens avaient définitivement le cœur à la fête et certains n’ont littéralement pas dormi de la nuit, par choix ou non. Pour les plus sensibles, mieux vaut prévoir des bouchons!

Samedi le 21 : une suite harmonieusement hétéroclite

Nul besoin de vous dire que la baignade était encore une fois nécessaire afin de laver nos corps dégoulinants. La température était déjà cuisante et malgré l’hydratation et les électrolytes, j’ai été frappée d’un début d’insolation en plein après-midi. Je n’ai assurément pas été la seule. Mieux valait faire attention, surtout si on voulait profiter de la générosité de la compagnie les subversifs et la microbrasserie Bob Magnale. Ceux-ci étaient sur place pour nous faire découvrir gratuitement leurs produits alcoolisés.

À 13h, cette deuxième journée commençait avec le duo MIELS formé de Paige et J-F. Le couple était accompagné de leur batteur et a débuté devant une audience limitée, la chaleur ayant retenu une partie des festivaliers dans la rivière. Malgré le cuisant, le duo n’a pas manqué de présence scénique en dansant sans arrêt ou en se jetant au sol. Si le programme qu’ils nous ont proposé reste ancré dans un rock assez classique ne réinventant pas le style, on doit toutefois admettre qu’ils s’exécutent avec un grand professionnalisme. Pour les plus puristes du genre, MIELS offrent définitivement un spectacle à la hauteur des attentes.

Magi Merlin. Photo : Noémie Rocque

Une heure d’attente puis, telle une reine du groove, Magi Merlin est monté ensuite sur scène. Accompagnée de pistes sonores et d’un bassiste, la jeune femme a offert une performance puissante, vocalement et énergiquement. Si le public est resté sage, c’est uniquement la faute de Mère Nature. S’adressant à nous en anglais, elle a pris le soin de nous expliquer la quasi-totalité de ses pièces. Si en studio les pistes proposent un R&B au mood assez contenu, sur scène les climax sont nombreux et la jeune femme habite chaque son et chaque mouvement pour nous livrer une performance complète. Définitivement, Magi est l’une de mes plus belles découvertes de cette édition.

J’avais entendu pour la première fois Population II lors du spectacle virtuel L’Autel 4461 présenté par l’Escogriffe. J’avais été épatée par les ambiances envoûtantes créées par le trio de rock psychédélique. J’ai encore été stupéfaite et sous le charme de la voix si singulière du batteur Pierre-Luc Gratton qui chante avec véhémence et sans effort supplémentaire de coordination. Toutefois, j’ai trouvé qu’après quelques chansons le tout s’étendait un peu en longueur. Il faut dire qu’à 17h, la lumière du jour était encore bien présente et que l’éclairage de scène ne contribuait que très peu à l’ambiance. Les trois jeunes musiciens quant à eux n’ont pas beaucoup aidé. Ils ne se sont presque aucunement adressés à la foule et se sont contentés d’enchaîner les pièces. Si leurs talents de musicien ne sont plus à prouver, la formation gagnerait à travailler leurs interactions avec le public.

Robert Robert. Photo : Noémie Rocque

C’était également un peu le cas avec Robert Robert généralement assez réservé. Il faut toutefois le lui donnée, sa présence scénique était déjà plus dynamique et assumée qu’au FRIMAT. Accompagnée de ses musiciens, l’artiste nous a présenté les pièces francophones de son dernier album Silicone Villeray. La foule était conquise, les pièces tombaient bien et faisait danser les festivaliers. Sur la pièce Les gens, les plus timides restés derrières se sont approchés pour venir danser et sauter en avant-scène. Robert Robert est revenu pour un rappel (ce que peu de formations ont fait au courant de la fin de semaine) pour nous offrir en primeur une nouvelle pièce prometteuse d’une suite des plus agréables!

Le groupe le plus attendu de cette programmation était sans nul doute Corridor. En effet, la formation attire tout particulièrement l’attention depuis sa signature avec Seattle Sub Pop (Nirvana, Soundgarden) pour Junior, l’album qui les a menés hors du Canada. Si la fin de semaine avait été ensoleillée jusqu’ici, l’averse est tombée pile pour la durée de leur prestation. Presque en transe par moment, les musiciens ont su nous faire oublier l’intempérie passagère en livrant un spectacle de grande qualité et fort en dynamisme.

Terminant la soirée, Nomadic Massive a conclu la série de spectacles en une explosion de rythmes. Déjà lors des tests de sons, les festivaliers se laissaient aller à quelques mouvements de danse. Si le groupe s’identifie comme « un supergroupe hip-hop indépendant » il en demeure difficile d’identifier avec justesse leur style et leurs influences. La variété y est nombreuse. Les trois vocalistes rappent et chantent autant en anglais qu’en français en passant par le créole, l’espagnol et l’arabe. Ce mélange hétéroclite en demeure pourtant une harmonie homogène qui donne la chair de poule. Un peu comme TEKE::TEKE l’année précédente, l’apport culturel de Nomadic Massive faisait du bien et leur énergie débordante se transmettait à la foule avec ferveur.

Nomadic Massive. Photo : Noémie Rocque

L’énergie accumulée par la foule a pu être libérée lors d’un DJ Set de Poirier. Clôturant le festival, les pièces proposées par le DJ et producteur nous ont permis de voyager sur des rythmiques latines et africaines permettant à la foule de danser avec plus ou moins de coordination jusqu’aux petites heures du matin.

Une édition satisfaisante

Je suis repartie le dimanche matin avec un sentiment de satisfaction et la sensation d’avoir suffisamment profité du festival, de ses spectacles et du site enchanteur de Béthanie. Le réseau cellulaire y étant très faible, j’y ai passé 48h sur le mode avion pour mon plus grand de plaisir. C’était un moment de connexion hors du numérique dans un esprit d’ouverture et de confiance mutuelle typique dans ce genre d’événement. Après les derniers mois, c’était plus que bénéfique.

Je dois toutefois admettre que l’édition avait quelques failles telles que l’accès à l’information qui se révélait un peu difficile. Par chance, l’horaire des prestations avait été affiché à quelques endroits sur le site. En ce sens, il faut donner une bonne tape dans le dos aux organisateurs de la programmation. Si plusieurs festivals avaient annoncé des programmations majoritairement masculines et blanches, on avait une belle diversité du côté de Grosse Lanterne. Cependant la totalité des artistes provenait de la région de Montréal, une autre faille qui gagnerait à être bonifiée l’an prochain de sorte à offrir encore plus de diversité.

Finalement, il faut souligner le travail dévoué des bénévoles qui participent au succès de ce festival. On va se le dire, on aurait eu pas mal moins de fun si on avait eu à transporter tous nos bagages à bras plutôt que de bénéficier du service de descente en motorisé. Félicitation également à toute l’équipe qui s’est adaptée pour qu’on puisse, encore cette année, profiter de ce festival unique et immersif. J’ai assurément hâte à l’an prochain pour enfin vivre ma première GROSSE Grosse lanterne.

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