Ben Shemie – « A Single Point of Light »

Ben Shemie
A Single Point of Light

Il y a de ces albums qui nous laissent avec des sentiments mitigés, que ce soit en le considérant sur la forme ou sur le fond, et la seconde aventure solo de Ben Shemie est un de ces disques pour moi. Le chanteur et compositeur du groupe montréalais SUUNS a encore une fois publié un disque aux effets pluriels mais qui est à bien des égards très satisfaisant.

Tout comme, « A Skeleton », sa première excursion solo parue l’an dernier, « A Single Point of Light » fait honneur à la musique électronique analogique sans toutefois avoir recours aux synthétiseurs modulaires. C’est normal de penser qu’il en est ainsi, comme il arrive à des sons parfois similaires à ceux façonnés par d’autres Montréalais, les beaux Organ Mood dont Marie-Ève vous parlait en long et en large lors de sa dernière chronique musicologique. Conçu en solitaire sur MicroKorg et confectionné en accéléré grâce à un confinement qui, en éclatant subitement, a forcé Shemie à demeurer expatrié à Paris.

L’univers sonore mis en lumière ici est principalement onirique, même s’il évoque aussi parfois le cauchemar, ou à tout le moins, des sentiments troublants, troubles ou troublés. On se tient parfois sur une mince ligne entre diverses ambiances, différentes émotions sont suscitées, et même si c’est moins sombre et inquiétant que ce à quoi nous ont habitué SUUNS, n’en demeure pas moins un effet parfois ambigu auquel font écho les textes. L’auteur avoue d’ailleurs avoir consacré plus d’efforts à ceux-ci sur ce nouvel album, la poésie musicale est complétée par une poésie littéraire qui n’est pas piquée des vers.

Divisé en onze titres de longueurs variées, le disque présente presque exclusivement des interludes musicaux assez riches sur les titres pairs, qui sont nommés en lettres mais avec leur position numérale, à l’exception de la huitième, qui est la chanson titre, un moment phare de l’album. Assez peu dynamique quant au rythme, c’est la variété des sons qui donne à l’album sa richesse et procure à l’auditeur toute une gamme d’émotions qui nous laissent parfois mitigés, mais souvent empreints de béatitude. L’album s’écoute bien d’un couvert à l’autre, mais il n’offre pas la même satisfaction que les albums de SUUNS, dont on s’ennuie quand même. Un peu moins dynamique, la musique de Shemie en solo offre tout de même des moments forts agréables et donne envie d’y replonger à répétition. Le compagnon parfait pour vos moments d’égarement, à écouter très fort dans ses caisses de son ou dans ses écouteurs, pour bien vivre l’expérience qu’il nous offre. Après quelques écoutes, le moment est venu de l’écouter directement après le premier, comme deux faces d’une même pièce, et de découvrir ou redécouvrir la discographie de SUUNS, autrement plus satisfaisante, mais gratifiée de la même recherche sonore.

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