Solids (+ Gaspard Eden), L’Anti Bar & Spectacles, 6 décembre 2019

Solids. Photo : Nicolas Padovani

Il faut que tout change pour que tout reste pareil.

Le 6 décembre dernier, à l’Anti, la formation montréalaise Solids donnait son dernier spectacle tandis que Gaspard Eden, de Québec, remettait les pieds sur une scène après un hiatus de plus d’un an. Compte rendu d’une soirée captivante, du début jusqu’à la toute fin.

Gaspard Eden

Gaspard Eden. Photo : Nicolas Padovani

Bien qu’il ait conservé son nom cette fois, Eden semble avoir à nouveau changé de peau : nouveau look, nouvelles compos, nouvelle formule. Même si l’on a pu reconnaître, dès la première pièce présentée, le grunge psychédélique et la douceur satinée aux arrières-goûts de poison que distillaient déjà ses compositions auparavant, les arrangements de Gaspard Eden étaient déjà complètement différents. Et pour cause, puisque plusieurs nouveaux joueurs se sont ajoutés à son alignement: en plus d’Alexandre Martel (Anatole, Mauves) et d’Olivier Beaulieu (Hubert Lenoir, Laura Lefebvre) qui l’accompagnaient respectivement à la basse et à la batterie, Gaspard s’est doté d’un Bourque (Bourque: multi-instrumentiste très rentable portant la perruque ainsi que le prénom d’Antoine), de Jean-Michel Letendre Veilleux (BEAT SEXÜ, Laurence-Anne) à la guitare et d’un percussionniste supplémentaire (Charles O’Keefe, au nom de scène qui s’écrit «comme la bière»). Un alignement all-star, de l’humble avis de votre rédactrice, et qui sait donner précision, énergie, créativité et même un petit edge supplémentaire à la musique concrétisée de Gaspard Eden. 

Et lui trônait, le 6 décembre, au milieu de cette forêt de talents, enchaînant avec On the other side of the bathroom mirror, où les synthétiseurs à la Majora’s Mask et l’univers d’Alice au pays des merveilles rencontraient la douceur comme la force rauque de la voix versatile du chanteur. Si on le sentait peut-être plus réservé qu’à son habitude, ce dernier s’est aussi montré peut-être plus à découvert. Et décidément, ses nouvelles compositions ont de quoi se démarquer. C’est ce que nous indiquait le groove langoureux de Little Death ou encore Baby Black Hole, une pièce des plus sexy et que vous ne pourrez pas vous empêcher d’écouter en boucle lorsque le groupe sortira, en 2020, leur premier long-jeu. 

Gaspard Eden est parti après avoir livré sept nouvelles pièces à un public qui en aurait clairement redemandé plus. Mais il fallait céder les planches à Solids, qui s’en venait nous en mettre plein les oreilles avec leur bon vieux matériel. 

Solids

Solids. Photo : Nicolas Padovani

Pendant qu’une restructuration complète de la scène s’opérait, les nombreux spectateurs se préparaient pour cette seconde moitié de la soirée qui s’annonçait forte en émotion comme en décibels. C’est qu’après dix ans d’existence, Solids venait nous faire leurs adieux. 

Quelques consommations et un mur d’amplis plus tard, le trio composé de Xavier Germain Poitras (guitare), Louis Guillemette (batterie) et Guillaume Chiasson (guitare) est monté sur une scène où ils avaient aussi installé trois lampes suspendues. Décor assez simple pour une formation simple et qui revient à l’essence même de la lourdeur du rock des années 90: deux guitares fuzzées, une batterie puissante et une énergie tantôt latente, tantôt explosive. 

Très généreux en ce dernier spectacle à Québec, le groupe s’est lancé dans le set le plus long de son histoire, entamant la soirée avec deux pièces tirées de leur premier EP «Generic Dogs». Ça n’en a pas pris davantage pour que les corps – et les lampes, sous l’impulsion des corps – commencent à se balancer. Partout autour, ça hochait de la tête. Visiblement réchauffés par la chaleur de la foule, les trois musiciens ont redoublé d’énergie en s’attaquant aux pièces de «Blame Confusion», le long-jeu aux contours punk et distordus qui leur a valu de se faire connaître à plus grande échelle. Partout autour de moi, ça chantait les paroles et ça s’annonçait de plus en plus turbulent. L’EP «Else » n’a pas non plus été mis de côté, puisque toutes les pièces s’y retrouvant, avec leur côté plus slacker, ont été aussi offertes au public par des musiciens couvert de sueur et/ou de bière, comme nous. 

Il ne va pas sans dire qu’avec cette programmation des plus complètes, il y avait autant de quoi se défouler sur les rythmes rapides que de quoi entrer dans un état contemplatif, aplatis sous des lignes de guitares qui se répétaient encore et encore. On a même pu apprécier quelques solos bien décadents de la part de Guillaume ou encore de Xavier. Le genre de musique qui, couplée à cet effet sacré de «dernière fois», donne l’impression de figer le temps. Malgré tout, toute bonne chose ayant une fin, Solids a terminé la soirée en beauté avec un rappel de trois tounes: Laisser faire, Cold Hands et Through the Walls

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