Le Festif! – 21 juillet 2019 (et conclusion)

Philippe B – Photo : Jacques Boivin

Oh qu’il était temps qu’on se rende à cette quatrième et dernière journée. Exténués. Lavés. En burn-out total dans un cas. Et pourtant, on ne pouvait demeurer insensibles devant tant de beauté, une fois de plus.

Voici notre dernier compte rendu de ce dixième Festif, qui a été éprouvant pour vos valeureux guerriers, mais qui a été une réussite sur tous les plans.

Philippe B

Philippe B – Photo : Jacques Boivin

Qu’on se réveille ou qu’on s’endorme, c’est l’aube. Le soleil va bientôt réclamer ses droits, et ça, Philippe B le sait. Pendant qu’on s’installe tranquillement, sirotant un café ou s’écrasant sur des coussins, le troubadour mélancolique pose ses guitares sur l’horizon, bien calées entre deux grosses montagnes brumeuses. Il nous a préparé un ensemble de chansons d’occasion, empaquetées sous le titre de « Pauline à la ferme ». Des pièces toutes douces, dont le jeu de guitare simple laisse toute la place à la voix et aux mélodies recherchées. Et ces mélodies sont envahies d’un joli bestiaire d’images et de teintes de bleu triste que viennent tempérer la bonté et l’informalité de l’artiste. Tirées d’un peu partout dans son répertoire, les compositions de Philippe B suivent le fil bien défini du contexte : il nous parle de noirceur et de lumière sur Petite leçon de ténèbres, de grands espaces sur Canyon et nous chante une berceuse qu’il a composé pour l’enfant d’un ami, Rose de cactus. Et bien sûr, il a terminé avec la très à propos Nous dormirons ensemble, « la chanson la plus lente de mon répertoire…et avec moi, c’est pas peu dire! », juste avant qu’on le somme de revenir pour un dernier rappel.

Marie-Ève Fortier

Emilie Kahn

Emilie Kahn – Photo : Jacques Boivin

Le lendemain (pour ceux qui ont dormi), c’est Emilie Kahn qui nous attendait sur le quai à 11h30 pour nous réveiller une seconde fois. Accompagnée par Valérie Lacombe à la batterie, Ada Lea à la basse et Megan Miller aux claviers, l’autrice-compositrice-interprète avait tous les moyens de donner de l’aplomb à sa musique onirique. Néanmoins, elle a choisi la douceur pour commencer, laissant à ses accompagnatrices le rôle de groover doucement sur Swimmer et Island pendant qu’elle envoûtait le public de sa voix de sirène et de ses doigts de fées. Au centre de la performance, même avec des compositions qui tirent de plus en plus vers la pop avec le temps, la harpe d’Emilie Kahn trône toujours. Et l’on découvre un peu plus chaque fois sa polyvalence, surtout lorsque, comme dimanche au quai, l’on progresse vers des pièces de plus en plus rock pour terminer avec Horse

Marie-Ève Fortier

Les Hay Babies

Les Hay Babies – Photo : Jacques Boivin

On était chanceux d’attraper le trio originaire du Nouveau-Brunswick pour clore notre festival, parce que – de leur propre aveu – leurs spectacles se font de plus en plus rares (on les comprend, occupées qu’elles sont par mille autres projets comme…je sais pas moi… l’opéra rock des Hôtesses d’Hilaire). Pour se rattraper, elles nous ont joué quelques « Golden Hits » au début du set, comme Bonnie and Clyde ou Néguac and back ainsi que des chansons de leurs tout débuts, tel que Motel 1755. Mais leur plus beau cadeau, ce fut les quelques nouvelles pièces tirées d’un album à venir et qui mettent en musique la correspondance d’une jeune acadienne partie étudier à Montréal dans les années 1960. 

Dans tous les cas, les trois musiciennes ont démontré qu’elles chantaient toujours aussi bien en harmonie et qu’elles savaient manier les divers instruments à cordes allant du banjo à la douze cordes au ukulélé, en passant bien sûr par leurs guitares… et si quelques oublis et accrochages se mêlaient de la partie, on voyait bien que ce n’était pas le talent qui faisait défaut. Ça ne devenait qu’une raison de plus pour rire avec celles qui, entre leurs tounes, nous racontaient justement des anecdotes désopilantes ou nous parlaient tout simplement avec complicité de leur quotidien. En guise de rappel, on a eu droit à une reprise irrésistible des Stones qui restera peut-être à jamais inédite – osons espérer que non! 

Marie-Ève Fortier

Conclusion

Salut Clément! Ben oui, m’a te parler à toi plutôt que parler de moi, ça va être plus le fun pour finir notre série de comptes rendus.

Tout d’abord, je suis content que t’aies écouté mes conseils. Ça a marché, à ma grande surprise, il te restait de la voix dimanche matin (à moins que tu te sois fait remplacer par ton sosie). Pis c’est con, ça paraissait un peu partout que t’as délégué, on sentait que ta gang était fière d’avoir quelques responsabilités de plus pis qu’elle faisait tout son possible pour ne pas te décevoir.

Y’avait quelque chose dans l’air de votre beau Festif! cette année. Pas juste parce que c’était le dixième. Non. Il s’est passé quelque chose que je n’avais pas vu par les années précédentes. Les visiteurs se sont vraiment approprié ta ville pendant quatre jours. Poliment, quand même, mais tu voyais que tout le monde se sentait chez lui, à la maison, même en dormant trop peu en camping.

Vous avez réussi à évoluer encore une fois sans perdre votre personnalité. Au contraire, je pense que le Festif est devenu sa propre bibitte, complètement différente. Quand on monte à BSP à la mi-juillet, c’est pas pour voir des bands. C’EST POUR ALLER AU FESTIF. Et pourtant, les gens qui allaient voir des bands ont su les apprécier à leur juste valeur. Une qualité d’écoute exceptionnelle, une participation hors pair. C’était beau de voir le monde à Gogol Bordello lâcher son fou dans le respect de ses voisins (mais gang, pas obligés de nous verser de la bière par la tête dans le pit, Eugene Hütz s’est occupé de tremper un des photographes du Festif dans le vino!). C’est rare, des lieux où on peut s’énerver autant et pourtant se sentir en sécurité.

Alexandra Stréliski au jardin de François, c’était divin. Je pensais que j’allais m’ennuyer de la chapelle des Petites-Franciscaines-de-Marie, mais non, ce fut tout oublié en 15 secondes. J’ai eu d’excellents échos à propos de la scène flottante. Paraît que c’était ben chouette. Pour le reste, ben tout se déroule si rondement qu’on peut pas se douter de tout le travail que vous avez mis là-dessus.

Surtout, cette année, vous avez vraiment réussi à plaire à tout le monde. Les jeunes affamés de découvertes ont pu s’en mettre plein la panse, notamment grâce au travail de la gang du Pantoum et de La Bête. Les vieux avaient même leurs idoles de jeunesse (Marjo, Luc De Larochellière, Vilain Pingouin). Des fois, ça se mélangeait tout ensemble, comme en ce beau vendredi après-midi alors que Comment Debord a lentement, mais sûrement, rempli son parterre à la scène Hydro-Québec avec une des prestations les plus le fun de ma fin de semaine.

Cette année, Clément, j’te donne pas de conseils. T’en as pas besoin. Ah, non, c’est pas tout à fait vrai… Faudrait trouver un moyen d’améliorer l’offre d’hébergement. Une entreprise qui installe des tentes grand luxe dans un champ, ça pourrait être le fun. En tout cas, moi je paierais pas mal de sous pour vivre cette expérience rustique tout confort, que j’ai déjà vue dans certains festivals des z’États. Tiens, c’est juste une suggestion, t’en fais ce que tu veux, mais maudit que ça serait le fun de pu avoir à stresser pour trouver une place où coucher dans ta magnifique ville.

Ah pis tu sais quoi, Clem? Après avoir couvert ton festival pendant cinq ans, je laisse ma gang faire l’an prochain. M’a être encore là. Je sais pas encore à quel titre (festivalier, pro, bénévole, simple gars qui va passer une journée dans ton hood), mais je vais être là. À un rythme qui convient mieux à mon âge grandissant. Et surtout, je vais pouvoir en profiter à fond, sans crise d’anxiété, sans fatigue extrême. Ce qui ne m’empêchera pas de donner un coup de main à ma gang au besoin.

Parce que ça va être à mon tour d’écouter le conseil que je t’ai donné l’année dernière.

Parce que le Festif, c’est la pire place où péter au frette, surtout quand tout ce que tu veux, c’est ressentir le même bonheur que tout le monde qui t’entoure.

En passant, j’me sens privilégié de m’être retrouvé dans l’exposition photos, volant un petit espace à quatre des photographes les plus talentueux et passionnés que je connaisse. Sur le mythique piano en plus. Celle-là, c’est dans mon coeur pour le reste de ma vie.

On se revoit cet hiver. Promis.

Salue ta giga-gang de ma part.

J’vous aime.

Jacques

P.S. : Ces comptes rendus n’auraient pas été possibles sans le soutien indéfectible de la merveilleuse équipe qui s’est donnée à fond, même quand elle a dû subir mon burn-out et mes crises de panique vraiment pas le fun. Alors à GabrielFrançois-Samuel, Katia, Marie-Laure, Tatiana et (surtout) Marie-Ève, un gros merci. Je suis fier du travail que vous avez tous accompli pendant que j’étais une fucking loque. Surtout maintenant, quand je vois le résultat.

Vous êtes les meilleurs.

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