Récapitulatif – Santa Teresa 2019

American Football – Photo : Jay Kearney / Festival Santa Teresa

Jour 3 – Dimanche 19 mai

Les morts-vivants sortent du cimetière plus «reposés» que jamais. En ce jour du seigneur, les hostilités musicales ne commencent qu’à compter de 16h. À défaut d’assister à la messe de midi, nous profitons du temps libre pour nous prélasser au salon Telus, l’endroit de prédilection de nos pauses-pinards.

Zach Zoya – Photo : Charline Clavier / Festival Santa Teresa

Zach Zoya entame cette journée de clôture sur la scène principale en ouverture de PUP et Koriass. Personnellement, l’alignement douteux m’agace un peu moins que la veille. Quoi qu’il en soit, la jeune «perle» de Disques 7e Ciel est chaud bouillant pour l’occasion. Perçu comme le prochain joyau du rap anglophone canadien, Zach Zoya ne m’accroche pas, mais pas du tout. Depuis sa révélation, j’ai assisté à trois de ses spectacles… tous monotones. Gagnant sur la prestance et l’utilisation de la scène, il rap principalement avec le même flow, son lexique de «money rap» est lassant et ses productions (outre celles d’High Klassified) sont passablement répétitives. Malgré tout, j’ai bien hâte de juger son oeuvre abouti sur long-jeu.

Pup – Photo : Jay Kearney / Festival Santa Teresa

Logiquement, la présence de PUP, à l’instar d’être coincé dans un moule hip-hop, serait beaucoup plus cohérente en ouverture d’American Football à l’église. Peut-être que les paroles de Stefan Babcock sont trop ordurières pour l’enceinte de Sainte-Thérèse d’Avila. Quoi qu’il en soit, je suis aux premières loges pour entendre ce même langage tapageur et ce punk-rock abrasif. La beauté musicale de ces simili-bums ontariens continue d’attirer l’attention et leur album Morbid Stuff est brillant. Sur les planches de l’immense scène, ils jouent vigoureusement, à un rythme effréné et avec une tonne de distorsion. Entre kids (premier single du dernier album) et Dark Days, les gars souligneront leur première présence sur la rive-nord de Montréal. Ils termineront avec «If this Tour Doesn’t kill you» que j’affectionne particulièrement.

OGB – Photo : Charline Clavier / Festival Santa Teresa (prise le samedi)

Avant les confessions d’American Football, j’accoste à la scène Teresa, aménagée à même la rue Blainville. Vous vous souvenez du passage de Franky Fade un peu plus haut? et bien cette fois il est avec son collectif jazz-hip-hop O.G.B. Pour l’Original Gros Bonnet, le «temps c’est relatif». Mine de rien, François Fondu (Marceau) et sa gang ont joués trois gigs ce week-end, combinant Metro Metro à leur horaire. Les plus récents gagnants des Francouvertes surf une vague de succès présentement, je réalise pourquoi. Le rap organiquement cuivré est aussi planant que pertinent dans ce rap jeu en plein essor. Sortant de leur cadre clairement influencé des De la Soul ou The Roots de ce monde, ils touchent également au trap électronique avec des morceaux comme «Cherry Pickers». En excellent cueilleur de cerises, B-Kay (LaF) grimpe sur scène pour rapper son verse, Assurant une intégralité fruitée dans le conduit auditif. Sur ce, on vous attend de pied ferme à Québec les gars!

American Football – Photo : Jay Kearney / Festival Santa Teresa

Prochaine destination, American Football en lieu saint (et je ne fais pas référence à l’équipe de la NFL en Nouvelles-Orléans). Même si je connaissais très peu American Football, j’ai eu vent de l’historique emo-math-rock préconisé par la formation de l’Illinois. Avec leur dernier microsillon LP3 confirmant leur renaissance, je me suis dit que je devais assister à un chapitre de la résurrection. Dirigé par la voix feutrée à tendance punk de Mike Kinsella, le quintette brille sous les projecteurs de l’église Sainte-Thérèse. Plusieurs lustres et globes illuminent en alternance le rock parfois cuivré des faux joueurs de football. L’apport du polyvalent trompettiste Steve Lamos est particulièrement distingué, troquant sa batterie pour sa trompette pendant de longs passages instrumentaux. Seul bémol attendu, la perte vocale avec la réverbération de l’église qui somme toute, n’est pas choquante.

Devinez où se termine la soirée…

Hé oui, au Montecristo.

Après quelques traditionnels parties de billard en compagnie de mon guide spirituel aux cheveux doux, les techniciens de scène demandent au personnel de fermer totalement les lumières du bar.

Même si nous sommes aussi pétillants que des verres de boissons gazeuses qu’on laisse sur un comptoir pendant trois jours, la présence d’Yves Tumor est indispensable à mon week-end.

Yves Tumor – Photo : Jay Kearney / Festival Santa Teresa

Connaissant quelque peu l’intriguant phénomène qui allait se produire devant nous, j’étais aussi emballé qu’un cadeau à noël… qu’un enfant à noël? Peu importe. La courte présence d’Yves Tumor sur les planches du Montecristo, devant une foule d’à peine 40 personnes est sans contredit ma prestation favorite du festival. Étrange croisement physique entre Michael Jackson et Prince (vivants), le floridien frétille sans arrêt du haut de ses talons aiguilles à paillettes. Producteur d’électro-expérimental déphasé, son attitude à la fois glamour et hyperactive est un régal multi-sensoriel. Enchainant lui-même ses séquences, il comble le reste de son temps à chanter à tue-tête, à se déhancher violemment, à embrasser les fans et à garocher ses serviettes comme s’il n’y avait pas de lendemain.

Dire que le festival a involontairement gardé le meilleur pour la fin? Qui sait, pour ce coup de maître, je lève mon chapeau.

De facto, l’édition 2019 de Santa Teresa s’est déroulée sans trop de pépins. Mis à part l’alerte d’effondrement du local 41 et les prestations intérieures annulées de LaF et d’Alaclair , l’organisation a probablement/partiellement gagné son pari.

L’an prochain, si dieu le veut, je déléguerai peut-être une nouvelle équipe afin de démystifier, à nouveau, la malédiction de Sainte-Thérèse.

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