Au Grand Théâtre, il y a un peu plus de 10 ans, quelques centaines de personnes avaient pu assister à une rare fusion entre la scène anglophone et francophone québécoise. Karkwatson, l’ultime supergroupe était venu triper pour un court trio de spectacles initiant tout ça ici même à Québec. Pour certains, ce fut une occasion ratée; une légende transcendant les époques, un peu comme lorsqu’on entend parler d’une mémorable performance de Leloup au d’Auteuil ou qu’on raconte la fois où Malajube avait fini à moitié à poil sur la grande scène des Plaines lors d’une Saint-Jean-Baptiste (c’était avant Trompe l’oeil). Dans mon cas, j’y étais et je me rappelle d’une belle soirée un peu brouillonne qui donnait l’impression d’un “trip” de musiciens plutôt que d’une réelle communion avec le public. Les légendes tendent à prendre de l’ampleur avec le temps…

Karkwatson – Photo : Jacques Boivin

Cette fois, c’est au Centre Vidéotron que la gang à Patrick Watson et Karkwa ont décidé d’unir leur force pour une cinquième et dernière représentation cette année. Pour la petite histoire, on doit peut-être à Philippe Brach le fait de renouer avec ce concept; c’est lui qui a d’abord tenté sa chance pour le festival La Noce à Saguenay. Les choses ont bien changé en 10 ans. Louis-Jean Cormier est maintenant une entité en soi, Pat Watson a quant à lui sorti pas moins de 3 albums depuis cette première rencontre entre ces deux mondes. Inévitablement, les chansons proposées furent différentes de la première fois, les deux groupes ayant une discographie combinée de 9 albums.

Dès les premières notes du mix entre Close to Paradise et Le compteur en ouverture, il était facile de constater que la foule aurait une délicieuse écoute. Si ce medley était une belle idée pour lancer le bal, les musiciens ont eu la bienveillance de ne pas abuser du concept, concentrant surtout leurs efforts à donner un nouveau souffle aux compositions des deux univers. Les chansons se sont enchaînées, généralement en alternance entre les pièces de Karkwa et celle de Patrick Watson, chacune d’elles ayant leur raison d’être de ce concert. Il était d’ailleurs frappant de constater à quel point les voix de Cormier et Watson se marient à merveille.

Karkwatson – Photo : Jacques Boivin

La réussite est aussi de ne pas avoir misé que sur les grands succès. Plusieurs gros canons n’ont pas été joués pour faire de la place aux pièces offrant sans doute les meilleures possibilités pour un format à une dizaine de musiciens. C’est ainsi que parmi les très bons segments, nous avons eu droit à une version pesante de Dormir le jour, une très belle interprétation de Hearts issue du dernier album de Watson et une splendide version de Machinery of the heavens, chanson longtemps mise à l’écart par le quatuor montréalais. Lors d’un intermède acoustique plus intime, le guitariste actuel de Patrick Watson, Joe Grass, a complété à merveille le travail du compositeur initial du morceau Words in the fire, Simon Angell (présent pour l’occasion). De toute beauté. Un autre moment phare du concert fut la percutante de Beijing, spécifiquement lors d’un duo de pianos à couper le souffle entre François Lafontaine et Patrick Watson. Le rappel a offert le meilleur parmi les pièces de Karkwa avec un 28 jours à faire frissonner les morts, cette dernière chantée en grande partie par Watson. Puis il y a eu une puissante interprétation de l’Épaule Froide, possiblement la plus grande pétarade de décibels de la veillée.

Les nombreux spectateurs massés dans l’enceinte de l’amphithéâtre ont donc eu droit à un mémorable épilogue pour une année bien remplie sur la scène musicale de la capitale. Cette soirée fait indéniablement partie de mon palmarès des meilleurs concerts de 2018. Elle s’est d’ailleurs terminée avec une pièce inédite aux sonorités aériennes de Patrick Watson (était-ce Waves?); peut-être pas la façon de conclure ce spectacle avec le coup de grâce attendu, mais une merveilleuse façon de montrer qu’il y a encore beaucoup de beau à venir pour la moitié anglophone de Karkwatson. Pour l’autre moitié du supergroupe, les paris sont ouverts: verra-t-on enfin un nouveau disque de Karkwa, ou plutôt un troisième Louis-Jean Cormier?

À noter qu’en première partie, Jesse Mac Cormack a fait du bon boulot, profitant de l’occasion pour casser plusieurs nouveautés. Si l’ensemble est parfois un peu homogène, la voix de Mac Cormack est dynamique et la foule a semblé apprécier. Peut-être ajoutera-t-il un autre EP à sa discographie, à moins qu’il ne se décide à lancer un premier album complet?

 

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