Le 14 novembre dernier, je suis allé au Grizzly Fuzz pour assister à un événement qui ne se produit malheureusement pas assez souvent en ce bas monde : une célébration de la musique en gang, avec un gros house band et un grand nombre d’invité·es. Et quoi de mieux que de la musique qui se partage comme le country pour le faire? C’est exactement ce que proposait Alex Burger et sa belle bande d’ami·es ce soir-là avec « Un coin du ciel », un spectacle ambitieux par la quantité de personnes sur scène, mais terriblement humain par l’amour de la musique qui en émanait.
Jane & Compagnie

Ça a commencé de belle façon avec une première partie toute locale. En effet, Jane & Compagnie, qu’on avait vu il y a à peine quelques semaines au STUDIOTELUS, avait le bonheur de réchauffer la salle avec sa musique digne des plus beaux roadtrips. Le sourire fendu jusqu’aux oreilles, Jane Ehrhardt a fait le plein de nouveaux fans, notamment avec les pièces de son plus récent EP « Virginia » (on a encore un gros gros faible pour Gros poisson). Avec Isabeau Valois à la mandoline, Simon Paradis au piano, Luke Dawson à la basse et Jean-Étienne Collin Marcoux à la batterie, Jane était fichtrement bien entourée, et toute cette belle bande, qui était tout de même un peu à l’étroit en raison du matériel du groupe suivant, a su réchauffer nos coeurs pour ce qui allait se passer ensuite.
Un coin du ciel

C’est tout un programme généreux qui nous attendait. Alex Burger et son band de crinqué·es (Eliott Durocher-Bundock à la guitare, David Marchand à la guitare et à la pedal steel, Mandela Coupal-Dalgesh à la batterie, Henri Bouchard à la basse, Mathieu Quenneville au piano et Mathilde Joncas aux choeurs) auraient eu à eux seuls assez de matériel pour nous faire passer une maudite belle soirée, comme le montrait ce début à fond de train composé de Le rock & drôle du bord d’la 20 et Ste-Marcelline. La table était mise, mais rien ne laissait encore présager le bonheur qui allait suivre sans temps morts.
Voyez-vous, tout ce beau monde allait également servir de house band à une kyrielle d’invité·es, des amis d’Alex, des légendes du country ou des étoiles montantes. Tout d’abord, il y a eu Cindy Bédard avec T’as jamais rien compris à la musique country, un morceau qui montre le côté mordant de cette jeune femme qui roule sa bosse sur la scène depuis déjà plus d’une décennie. Ça s’est poursuivi avec un autre qui nous fait apprécier le country d’une façon subtile, Mon Doux Saigneur. On a aimé qu’il pige dans des chansons plus vieilles comme Maudit et Vieux garçons. Première invitée locale, Emilie Clepper a interprété La valse à Gaétan, une pièce qu’elle avait écrite avec son père Russell. Beau moment d’émotion, s’il en était un.

Mais y’avait pas juste des jeunes à cette soirée, y’avait aussi du monde qui rajeunit au lieu de vieillir, comme cette Mara Tremblay, rayonnante, qui débordait davantage d’énergie que bien des petites jeunesses de cette soirée. C’est pas qu’elle voulait montrer quelque chose, c’est juste naturel chez elle : jouer de la musique avec du bon monde, ça l’illumine, et c’est ce qu’on a pu voir quand elle a accompagné Burger sur Dormir sur ton couch avant d’interpréter Toutes les chances et, surtout, Les aurores avec Cindy Bédard et Arielle Soucy. Un grand moment où tout le Grizzly Fuzz s’est transformé en chorale.
Parlant d’Arielle Soucy, celle-ci était donc contente d’avoir Mara et son violon pour l’accompagner sur Ottawa. Avant de nous donner une bonne dose de frissons avec sa magnifique Il n’y a rien que je ne suis pas, qui a fait taire même le monde qui se commandait une bière au bar. C’était de la pure magie, comme quand Simon Kearney (l’autre local de la soirée) est venu jouer son désormais classique ver d’oreille Câline.

Après un entracte qui nous a permis de reprendre notre souffle et de nous remettre de toutes nos émotions, le spectacle a repris, donnant la part belle a deux autres artistes importants. Le premier, Stephen Faulkner, est une source d’inspiration incroyable pour Burger, et on voyait ce dernier, les yeux ronds comme des deux piastres et brillants comme des phares sur les hautes, tripper sa vie pendant que le jeune homme de 71 ans nous interprétait quelques belles pièces de son cru comme Doris (au piano, rien de moins), Fermez les honky tonks et Si j’avais un char (en compagnie de Cindy Bédard). Faulkner n’a peut-être plus 20 ans, mais lui avec, il semble rajeunir dès qu’on lui met une guitare dans les mains.
Enfin, il y a eu Fred Fortin. Avec Oiseau. Molly, qui m’a fait verser quelques larmes tellement c’était beau. Et une pièce qu’il fait presque jamais : Moisi moéssi. Réentendre Fred se réapproprier sa chanson (oui oui, c’est SA toune, maudit), ça a fait du bien. Après avoir célébré le 25e de « Planter le décor » cette année, peut-on rêver à une célébration du 30e de « Joseph Antoine Frédéric Fortin Perron » bientôt?
Après une finale grandiose où tout le monde est venu chanter Du country dans le ravin, on a eu droit à un beau rappel. Tout en amour et en country.
Ce genre de shows a un gros défaut : il coûte cher à produire, même sans artifices. C’est le genre de trucs qu’on voit beaucoup trop rarement à l’extérieur de Montréal pour cette raison même. Et pourtant, y’a rien de plus naturel et organique qu’une bande d’ami·es venu·es ensemble chanter de belles chansons. On aimerait que l’expérience se reproduise, que ce show-là ait plusieurs vies différentes.
En tout cas, Burger nous a fait un maudit beau cadeau. Et on le remercie.
Galerie photos




















































































