Festival d’été de Québec – 8 juillet 2022 : La déesse, les sauvages et Lenoir

Hubert Lenoir – Photo : Jacques Boivin

C’était peut-être la soirée country sur les Plaines, mais devant l’Assemblée Nationale, c’était plutôt la jeunesse qui était à l’honneur. Trois de nos coups de coeur des dernières années ont donné des prestations époustouflantes qui ont fait chanter et danser une foule super compacte et conquise. Compte rendu avec les mots de Florence BG et les photos de Jacques Boivin.

Lydia Képinski

Lydia Képinski – Photo : Jacques Boivin

Je connaissais bien peu Lydia. Eh! rares seront désormais les soirées lors desquelles sa musique ne jouera pas sur le stéréo. Elle m’a ramenée tout droit à mes quatorze ans, alors que j’étais une grande fan d’Avril Lavigne et de la musique emo – tout en me gardant les pieds bien ancrés en 2022, avec toute la contemporanéité et la nouveauté qu’elle a su amener sur la scène québécoise. Elle a débuté le spectacle avec L’Imposture, synchronisant habilement son arrivée sur scène avec les paroles « Me voici, me voilà / Comme vous, je me vois / dans la désinvolture ». Et cette sombre désinvolture, sa danse à la fois sensuelle et maîtrisée, m’ont menée à une conclusion bien simple, Lydia doit être une vraie beast au limbo.

Choses Sauvages

Choses Sauvages – Photo : Jacques Boivin

« C’est malade, le chanteur, c’t’un sonné, c’t’un vrai sonné », ai-je entendu sortir de la bouche d’un spectateur ahuri, à côté de moi, après trois ou quatre morceaux groovy de Choses Sauvages. Le groupe a ouvert le spectacle avec une prestation d’Homme-Machine, à l’image de leur album le plus récent, « Choses Sauvages II », qui débute lui aussi sur ce rythme funk et disco. Félix Bélisle, le chanteur principal, me faisait penser à un grand corbeau – pas celui de la fable de la Fontaine, non, ce n’était pas un corbeau de l’espèce qui se fait avoir, c’était un corbeau sérieux, prophète fluide et grand, qui promettait une soirée enlevante sur le thème de l’étrangeté, de l’exploration de « Château[x] de fantômes ». Les cinq musiciens l’accompagnant nous ont livré des interludes musicaux et des solos remarquablement maîtrisés, qui m’ont fait constater, une fois de plus, la qualité incomparable de notre scène québécoise.

Hubert Lenoir

Hubert Lenoir – Photo : Jacques Boivin

Hubert étonne et déstabilise les cœurs timides, Hubert dérange et frustre les vieilles âmes tranquilles, Hubert étourdit les corps sensibles. Personne ne reste de marbre, tout le monde a son avis sur la question, « condoléances à tous ceux qui sont comme [lui] », il ne sera jamais laissé tranquille. Spectacle sur le thème de la construction (presque tout le monde sur scène y allait de son petit accessoire rappelant les chantiers), on peut penser qu’Hubert Lenoir et sa bande cherchent à bâtir quelque chose. Si on se fie à la norme dans le monde de la construction, ça risque d’être long et fastidieux, mais au moins ben du cash risque de passer entre les pattes de nos musiciens talentueux. Ils ont joué, d’ailleurs, pratiquement toutes les chansons de « Pictura de Ipse : musique directe », outre une rare incartade dans les pistes de « Darlène », avec l’incontournable Fille de personne, dont la popularité et l’actualité n’ont toujours pas faibli. Sur scène également se trouvait Noémie D. Leclerc, la partner in crime par excellence du jeune artiste, avec une caméra vidéo vintage à la main, qui projetait son œil sur les musiciens avec avidité, pour ensuite retransmettre, en direct, l’image sur les écrans de la scène Hydro-Québec. Car l’idée de « musique directe » vient sans doute du cinéma direct (« Clin d’œil à l’ONF », a sourié Hubert en troquant son chapeau de cow-boy pour une casquette dudit organisme) de Pierre Perrault. Bref. On a eu droit à tout un spectacle, qui sortait de l’ordinaire tant par sa structure narrative et son visuel. On a même pu assister à la démolition d’une guitare de rock star sur scène vers la fin du show, et à une danse d’Hubert dans la fontaine de Tourny.

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