Pop. 1280 + Non-Lieu au Pantoum : voyage New Wave

Non-Lieu – Photo : Charline Clavier

En collaboration avec les Nuits de l’Inertie, le Pantoum présentait une soirée aux couleurs de la contre-culture des années 80 samedi le 23 avril dernier en accueillant Non-Lieu et Pop. 1280. Immersion dans l’univers « nouvelle vague » de cette soirée toute en sinistres synthétiseurs. 

New wave. Ce courant est né des cendres de la scène punk rock à la fin des années 70,  se nourrissant d’une volonté de revenir à quelque chose de plus élaboré musicalement et qui intégrerait certaines sonorités pop. Les synthétiseurs, plus avancés et de plus en plus accessibles à cette époque, sont devenus un élément central de ce nouveau genre porté par des groupes tels que les Talking Heads, New Order, etc. Malgré leur dissociation de l’univers punk rock, ces groupes étaient toujours solidement ancrés dans la contre-culture, dans un univers plus sombre. Du New Wave a découlé deux principaux sous-genres, soit la cold wave et le post-punk, dont Non-Lieu et Pop.1280 sont respectivement d’excellents exemples sur le plan de leurs influences. Alors sans plus tarder, on plonge dans leur univers. 

Non-Lieu

Non-Lieu – Photo : Charline Clavier

C’est entouré.e.s de synthétiseurs que Non-Lieu, composé de Thomas Denux-Parent (Palissade) et de Catherine Roussel (aussi Palissade), a lancé sa performance. Face à face, au rythme d’un drum machine, les deux musicien.ne.s brodaient des lignes de clavier aux couleurs froides et ensorcelées. Superposés, les motifs mélodiques et rythmiques se répétaient en évoluant lentement, à la manière de la musique techno, mais avec un rendu beaucoup plus dark, moins uptempo. Sur ces trames sonores envoûtantes, la voix de Thomas déclâmait des paroles pleines de spleen, noyées dans l’écho. C’est un peu ça, l’esprit de la cold wave. Ici, les paroles en français et les choix de motifs donnaient à Non-Lieu sa couleur spécifique. 

Cet univers, à la fois dansant et dramatique, avait le don de faire entrer ses auditeurs dans une sorte de transe introspective où l’on écoutait sans écouter jusqu’à ce que l’on oublie tout ce qui se passe en dehors. Jouant l’ensemble de son répertoire composé de deux microalbums, le groupe de Québec a livré une performance pleine de complicité qui s’est terminée en beauté sur Le Mal est en Moi

Pop. 1280

Pop. 1280 – Photo : Charline Clavier

Avec le trio de Pop. 1280, originaire de New York, on est resté.e.s dans une ambiance dark, salie encore davantage de dissonances et de sons tranchants. Sur des rythmes de drum machine un peu plus rapides, la voix nasillarde du chanteur semblait nous cracher ses paroles au visage tandis que d’autres sons de percussions plus industriels clashaient avec les nappes de synthétiseurs. On était définitivement entré.e.s dans un univers plus punk et hardcore, tout en gardant le côté électronique, transe, dansant du groupe précédent. Bref, on était clairement dans un univers post-punk, qui prenait les teintes glauques appropriées pour un groupe qui porte le nom d’un roman où un shérif benêt d’un village au Texas (population: 1280) devient un tueur en série. Même en restant dansante, leur musique avait en effet toujours un arrière-goût de violence. 

Chris Bug, le chanteur « qui était là jusqu’au bout de ses doigts » aux dires d’une spectatrice, se donnait en effet corps et âme devant le public, qui lui-même plongeait progressivement dans les profondeurs musicales de « Museum on the Horizon » (septembre 2021). Les deux autres musiciens, Ivan Lip et Matthew Hord, s’affairaient principalement à leurs synthétiseurs, plus effacés. Au fil des pièces, on sentait monter en soi l’envie de se laisser aller à danser dans tous les sens. On découvrait aussi la versatilité des compositions, qui progressaient malgré leur aspect répétitif et qui laissaient une certaine place à diverses touches plus expérimentales, comme le jeu d’effets sur le drum machine sur Not Too Deep. La performance s’est terminée avec l’inédite et intense Fly on the Wall, en laissant les spectateur-ice-s sur leur faim, malgré les applaudissements chaleureux du public. 

Effectivement, on en aurait encore pris plus longtemps, histoire de vraiment aller jusqu’au fond de l’abîme.  

NDLR: il y aurait beaucoup de nuances à ajouter pour approfondir ou clarifier la question de la New Wave et de son rapport avec la cold wave et le post-punk. Pour plus de détails sur l’origine de cet univers au Québec, on vous recommande le film Montréal New Wave.

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