Un premier Louis-Fréchette sans faute pour Tire le Coyote

Tire le Coyote – Photo : Jacques Boivin

Tire le Coyote nous avait bien gâté.e.s cet hiver avec son magnifique album « Au premier tour de l’évidence ». Un album de poésie en chanson, des textes écrits avec doigté et une grande sensibilité sur des mélodies composées avec le plus grand soin. Ne restait plus à Benoit Pinette et ses complices qu’à défendre ces pièces sur scène, et après un passage très remarqué (et apprécié) à la Place des arts de Montréal, l’auteur-compositeur-interprète était de retour dans son fief, son château-fort, sa maison.

L’habitué de la salle Octave-Crémazie était de retour au Grand Théâtre, mais cette fois, c’était dans la grande salle Louis-Fréchette que le Limoulois accueillait près d’un millier de fans de tous les âges. Des fans qui ont accueilli Pinette et sa bande avec enthousiasme avant de se taire pour profiter d’un spectacle qui s’annonçait intime malgré l’étendue des lieux.

Ça commence (sans commencer vraiment) avec Mes yeux affichent complet, avec la voix (malheureusement enregistrée) de la douce Joséphine Bacon, puis on embarque tout de suite avec Au premier tour de l’évidence, une pièce qui comprend déjà pas mal tout ce qu’on aime chez ce troubadour des temps modernes : le jeu de guitare de Shampouing, qu’on reconnaît de loin, nous indique qu’on est à la bonne place. Jean-Philippe Simard, à la batterie, passe de la douceur à l’intensité en un claquement de doigts. Marc-André Landry groove avec sa basse comme s’il joue avec Corriveau. Mais ce sont les choeurs d’Audrey-Michèle Simard (et Ariane Vaillancourt, aussi aux claviers) qui viennent nous chercher.

Tire le Coyote – Photo : Jacques Boivin

Disons-le d’emblée, la présence de deux femmes sur la même scène que Pinette est comme une brise rafraîchissante. Ça ajoute encore plus de sensibilité à l’ensemble.

Évidemment, le spectacle se fondait principalement sur le dernier album, et on a eu plusieurs preuves que celui-ci était le meilleur du répertoire du poète. Nous étions accroché.e.s, tout en silence, à la barbe de Pinette pendant qu’il nous chantait des pièces comme Sillonner la lenteur ou la magnifique Matière première. Et que dire de Nous brûlons jusqu’aux os, où Audrey-Michèle Simard s’est acquittée avec brio d’une lourde tâche : nous faire oublier que c’était Katie Moore qui chantait sur l’album en la faisant sienne.

Les interventions entre les chansons se font rares. Bien sûr, il y a quelques mises en contexte, mais les pièces parlent d’elles-mêmes et tout le monde peut comprendre le sens des textes malgré la poésie fort imagée de l’artiste.

Alors on est là, buvant les paroles de Pinette comme un bon cidre bien frais, le regardant s’amuser avec ses musicien.ne.s (avec son fidèle écuyer Shampouing, surtout), et à avoir la chair de poule à chacune des chansons. Les vieilles n’ont pas été trop dépoussiérées : on reconnaît immédiatement les Bonnie, Chainsaw et autres Calfeutrer les failles, et on les apprécie beaucoup, beaucoup, beaucoup. Mais on se rend rapidement compte que Tire le Coyote est vraiment rendu ailleurs, que les moments un peu plus brouillons de « Mitan » sont loin derrière, et que même les pièces plutôt récentes de « Désherbage » comme Chanson d’eau douce semblent dater d’une autre époque.

Voyez-vous, Benoit Pinette et sa bande n’ont jamais arrêté de s’améliorer. Sur scène, tout le monde fait son travail avec précision, sans fausse note. La voix de Pinette est plus pure que jamais (quoiqu’on s’ennuie parfois de cette soirée au Morrin Centre où pris d’une extinction de voix, il a chanté toutes ses pièces un octave plus bas), et la soirée a frôlé la perfection.

Si vous n’aviez pas pleuré pendant la première heure du show, Tire le coyote vous attendait avec une combinaison gauche-droite sur la mort à faire fondre même un coeur de pierre : Trésorière et Le ciel est backorder.

Et on a fini ça comme il se doit : avec Chanson d’amour en sol standard où on s’est permis une belle folie : tout le monde derrière un seul micro à déconner. Et avec des vraies filles pour chanter la partie féminine de la toune (plutôt que Shampouing).

Bref, une soirée magique, où on en a eu pour nos sentiments.

On pourra revoir Tire le coyote cet été, notamment au Festif de Baie-Saint-Paul (mais ce plateau double avec Foisy. est déjà complet, fallait faire vite pour se pogner un billet).

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