Gros Mené – « Pax et Bonum »

Gros Mené
Pax et Bonum
(Bois-de-Poêle / Lazy at Work)

On n’y croyait plus. Le dernier album de Gros Mené (le solide « Agnus Dei ») est sorti il y a près de dix ans. Langevin était occupé avec Galaxie (et Fortin suivait). De son côté, Fortin a eu le temps de sortir une couple de gros albums (« Ultramarr » et « Microdose » – et Langevin suivait).

Et puis, au début de l’année, on remarque sur les réseaux sociaux que Gros Mené reprend vie. Changement de photos de profil et de couverture. Gros messages pour dire à qui veut bien l’entendre que le groupe est disponible cet été (on pense que leurs voeux ont été exaucés et on s’attend à les voir un peu partout, notamment à La Noce).

Et voilà Gros Mené qui sort « Pax et Bonum »… le 1er avril, à la surprise de tout le monde.

Et non, c’est pas un poisson d’avril.

Au contraire, c’est le truc le plus vrai qu’on a entendu depuis un méchant bout de temps. On retrouve Fred Fortin et Olivier Langevin avec le plus grand des plaisirs. Pierre « Corco » Fortin drumme sur plusieurs tounes. François Lafontaine vient ajouter quelques touches de claviers. Et on a droit à quelques belles collaborations (Sam Joly aux percussions et à la batterie, Erik Hove au saxophone alto, Marie-Pierre Arthur aux choeurs… et un autre dude dont on va parler un peu plus loin).

Les fans de la première heure ne seront pas déçus : « Pax et Bonum », c’est 42 minutes de stoner, de garage, de psychédélique et de blues comme seuls nos bleuets de Saint-Prime savent le faire. Les textes (et la musique) puent le sexe, la dope et le rock and roll. On embarque dès les premières notes de la langoureuse Bonsaï. Comment faire autrement? C’est riche en maudit pour du lo-fi. Des couches et des couches de guitare de Fortin et Langevin pendant que Corco marque le rythme et Lafontaine s’amuse sur son Moog.

Derrière les couches de fuzz, l’univers sonore de « Pax et Bonum » est pas mal éclectique. On a droit à de gros blues sales (La Sarre) qui parlent de poulet frit qui gèle, à des trucs pas mal plus rock (comme Télévision, qui nous rappelle St-Prime avec une touche de « violons en canne »), à des exercices de style complètement capotés (Roulez la caisse et son texte sublime récité avec un faux accent anglais).

Dans le nuit et le noir de la Vieille Angleterre
Où les riches mangent les pauvres qui mangent les miettes par terre

Gros Mené – Roulez la caisse

Il y a aussi quelques trucs plus éclatés comme Dabidou, où le saxophone d’Erik Hove et la voix méconnaissable d’un certain Serge Brideau viennent ajouter une touche de folie à une toune groovy, à la limite jazzée, 200 % blues (avec son excellent solo). Comme dirait Langevin, ça manque pas de Zulu.

Et y’a Corrupteur. Une leçon de rock. Une mélodie qui t’accroche pour toujours. Un beat parfait pour le headbang. Une énergie qui monte lentement au fil des six minutes de la pièce. Un trio de corrupteurs chapeauté par le plus grand de la gang (Brideau, qui livre une performance digne des Hôtesses d’Hilaire). Y’a ab-so-lu-ment aucune faiblesse dans cette chanson qu’on se surprend à écouter sur repeat avant de se rappeler qu’il reste encore trois grosses tounes à l’album. Une mine d’or de sonorités qui s’empilent l’une sur l’autre et qu’on découvre une par une au fil des écoutes. Surtout, un texte incroyable, aux images extrêmement fortes, qu’on savoure une ligne à la fois. Brillant par sa simplicité et son efficacité.

Pèse pas trop fort sur mon bouton de corrupteur
J’deviens émotif je pourrais craquer
Reste tranquille y’en aura pas de malheurs

Pèse un peu pareil j’ai besoin d’me faire peur
Il faut que je m’assure que j’ai pas rêvé
J’ai cru voir Bouchard sur la Black Budweiser

Gros Mené – Corrupteur

Vous l’aurez compris, on ne s’ennuie pas avec cet album qui se savoure du début à la fin. Des moments faibles? Y’en a juste pas. « Pax et Bonum » est le meilleur album de Gros Mené. On y retrouve tout ce qui avait permis de créer le mythe autour de ce side-project plus grand que nature, mais on y a ajouté dix ans d’expériences de toutes sortes. On n’est jamais perdu, mais on est souvent surpris. Dans la discographie de Fred Fortin, mettons que ça se trouve pas mal en haut de la pile.

Les chiros vont faire de l’argent cet été… le headbanging va être à la mode.

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