« Où nos corps s’en vont mourir », les questionnements pop adulescents de Marco Ema

Marco Ema
Où nos corps s’en vont mourir
(Rosemarie Records)

On n’a pas eu l’occasion de vous parler du premier album de Marco Ema, un auteur-compositeur-interprète originaire de Thetford Mines. Il nous a livré le 12 novembre dernier « Où nos corps s’en vont mourir », un premier album pop-rétro coloré, fourmillant de belles idées mélodiques et d’une réalisation vraiment excitante. Il y a eu un lancement au Club Soda le 26 octobre dans une ambiance immersive originale où les spectateurs pouvaient s’asseoir dans des maisons miniatures. On l’a rencontré un mois après sa sortie afin de parler un peu de tout ça. 

Ce qui m’a frappé à la première écoute, c’est l’efficacité des chansons, Marco Ema est habile pour composer des mélodies accrocheuses et simples. L’album s’ouvre sur Oui, une chanson en forme d’introduction qui donne le ton dans la première seconde : « Les cadavres dans ma chambre sont plus vivants que je pensais », en guise de premiers mots, on est accroché tout de suite.

S’ensuit un album qui est une avalanche de tubes potentiels, ont une des plus fortes est Ceci n’est pas une chanson d’amour, un titre qui va s’incruster dans beaucoup de têtes. Ce qui marque aussi, c’est la profondeur des textes et l’habileté à concilier pertinence et hook mélodique. Je lui ai donc demandé s’ il composait d’abord la musique ou les paroles, une question classique mais qui se révèle toujours intéressante : « En général, tout arrive en même temps, je bâtis sur une idée à la guitare. J’ai l’impression que les chansons les plus solides se sont faites avec musique et texte en même temps, j’ai trouvé ma manière de fonctionner. »

C’est un album assez jubilatoire, résolument pop, qui joue avec les codes du rock. L’artiste jongle habilement entre mélodies d’autoroute et piano intime, comme dans Reflets, un émouvant autoportrait. On tombe vite sous le charme de cet auteur compositeur qui nous dit être un grand fan des Beatles et des choses catchy

On retrouve l’influence d’un groupe comme les Strokes ou de War on Drugs dans Rose Nostalgie où on l’entend chanter « J’ai pas agi comme ça depuis longtemps mais ça fait du bien ces frissons adolescents qui se réveillent ». L’adolescence, bien sûr, on la devinait derrière chaque chanson, et la voilà enfin formulée. 

« Je savais ce que je voulais, un album inspiré des films middle-age, inspiré du passage à la vie adulte. Pendant que j’écrivais, il est arrivé des choses en lien avec la mort et la maladie dans ma famille, ça s’est imbriqué dans le projet », nous dit-il lorsque je lui demande comment il a écrit les textes.

On comprend donc que « ce genre d’album concept qui en est pas, mais qui en est un » tourne autour de ces thèmes forts comme la mort, la jeunesse éternelle ou l’adolescence comme dans Amy, un efficace titre pop à l’énergie contagieuse où il nous livre : « j’ai longtemps cru vouloir mourir jeune, le club des 27 pour moi une obsession malsaine, comme quoi la réalité donne froid ». En effet, on imagine très bien le jeune Marc-Antoine dans sa chambre qui rêve de brûler la vie, un imaginaire rock qui lui colle parfaitement.

« J’essaye d’avoir un tout cohérent pour que les chansons aient une raison d’être sur un album. Y’a des mots qui reviennent dans le champ lexical comme la chambre un un soleil qui se couche. […] J’ai réalisé que d’autres chansons que j’avais écrites y’a longtemps rentraient bien dans cette thématique », je lui réponds que ça parait, et la cohérence nous tient tout au long de ces douze chansons.

Il pose parfois un regard d’enfant qui ne veut pas grandir et qui se questionne, l’adolescent de tantôt s’est transformé en curieux philosophe sur la vie et le temps qui passe, comme dans Airbag :

« L’horizon est lourd à porter, 98 me regarde partir, J’ai pas passé l’entrée que je souffre déjà le martyre. Le coffre plein de bagages dont je n’aurai pas besoin. J’aime prévoir les orages que je ne croiserai pas en chemin. »

La réalisation effectuée par Simon Pedneault est impeccable, toujours là pour soutenir les chansons de l’artiste : « J’arrivais dans son studio, on essayait des choses et on trippait sans compter le temps. Chacun proposait des idées et on décidait ensemble. » Un duo qui a aussi fait appel à des artistes aussi prestigieux que Lou-Adriane Cassidy et Ariane Roy pour les chœurs, ou encore P-E Beaudoin pour la batterie. Chapeau bas aux synthés de Vincent Gagnon, qui habille toutes les chansons avec beaucoup de goût. 

On glisse à travers cet album comme en terrain familier où tout s’enchaîne avec une évidence désarmante, la voix de Marco Ema, sans fard, nous livre ses textes de manière simple et directe.

Allez donc écouter « Ou nos corps s’en vont mourir », qui mêle légèreté musicale et profondeur des textes. Une musique faite de grands espaces, de rêves d’adolescent teintés de lucidité. 

Quand je lui demande ce qui se passe pour la suite, il me fait part de ses nombreux concerts à venir : après avoir fait 3 soirs à La Tulipe à Montréal en première partie de Dumas, Marco Ema sera à Mont-Louis le 17 décembre, Rimouski le 18 décembre, et au Verre Bouteille de Montréal le 30 janvier. On peut aussi le voir avec ses amis dans la formation Vendôme, ou il chante également. On reste à l’affut pour découvrir cet artiste sur scène. En attendant, son concert de lancement au Club Soda a été filmé et est disponible sur YouTube ou sur sa page Facebook! 

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