Le « COUCOU » plein de folie de Mathieu Bérubé

MATHIEU BÉRUBÉ
COUCOU
(Ad Litteram)

Drôle de timing, quand même. Après m’être fait dit « Bonsoir » par Lou-Adriane Cassidy il y a à peine une semaine, voilà Mathieu Bérubé qui nous envoie un gros « COUCOU ». Coréalisé avec Jesse Mac Cormack, ce troisième album de l’auteur-compositeur-interprète montréalais a autant de quoi étonner que rassurer.

Étonner, parce que « Coucou » s’éloigne un brin du pop-rock atmosphérique des deux premiers albums pour proposer une oeuvre aux accents trip-hop. On le remarque dès les premières notes de MINUTE (ouais, tous les titres sont en majuscules, on va les laisser de même) et cette impression se poursuit jusqu’aux dernières mesures de TENNIS. Bérubé, Mac Cormack et Laurie Torres s’échangent les instruments pendant que Jérôme Dupuis-Cloutier réchauffe l’atmosphère avec ses cuivres. Le tout surprend, surtout quand on entend FETTUCINE, un poème de Jean-Paul Daoust que Bérubé a mis en musique à la manière d’une toune dance sur laquelle nos hanches ont une envie irrésistible de bouger.

Rassurer, parce que Bérubé est ici à son meilleur. Tout d’abord, il y a la voix. Toujours sûre, chaude et suave. Puissante. Une vraie voix de crooner qui colle parfaitement à l’univers mélodique de l’album. Comme un Jay-Jay Johanson qui a lâché son fou plutôt que son spleen. Les mélodies pleines de légèreté se marient parfaitement au groove imposé par la section rythmique. On se surprend même à balancer la tête doucement de gauche à droite en écoutant l’introspective UN ABRI, une pièce minimaliste passablement bien réussie.

je porte en moi un abri
où la nostalgie engendre
l’amour de chaque seconde

UN ABRI

Mais « COUCOU », c’est surtout les textes de Bérubé (et celui de Daoust). Une poésie colorée, imagée, une succession de mots et d’idées qui s’imbriquent pour raconter des histoires, mêler sensualité et bouffe, évoquer des souvenirs, bref, il est loin de se contenter de jouer les chanteurs de charme.

Le mélange de tous ces ingrédients donne une galette généreuse sur laquelle Bérubé nous fait voyager dans un univers un peu mat, mais joliment saturé. Ça goûte le soir, la nuit, les chaudes nuits, ça rappelle l’été, même aux portes de l’hiver. Ça donne le goût de se faire un petit 5 à 7 et siroter notre mojito en tête à tête en écoutant Mathieu chanter non stop plutôt que d’aller au bar du coin.

Non, « COUCOU » ne réinvente pas la roue, mais il permet à Bérubé de s’aiguiller sur une autre voie pour aller explorer de nouvelles avenues tout en consolidant ses forces. Ici, l’artiste nous livre son album le plus abouti. Et on n’a même pas l’impression qu’il a atteint sa vitesse de croisière.

un avant-goût de rien
un présent qui s’invite
on me prend par les yeux
on m’offre un léger coup de vieux

TENNIS

Un beau brin de folie.

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