Yokofeu : Un lancement sur la nitro

Yokofeu. Photo : Le Pantoum / Charline Clavier

Le 15 octobre dernier, Yokofeu rendait disponible l’album « Apothéoses ». Ce long-jeu se veut le prolongement logique du microalbum « Les Enfants Sauvages » paru en 2016.

On y propose sept chansons qui varient entre 4 min 50 et 8 min 11 pour un total de 41 minutes de rock psychédélique des années soixante, d’expérimentation libre, de krautrock des années soixante-dix, de post‑punk et de new wave du début des années quatre-vingt. Bref, un beau mélange qui nous transporte en plein cœur de l’univers bien singulier du quintette.

Qui dit nouvel album dit lancement d’album. C’est ainsi qu’une cinquantaine de personnes se sont rassemblées au Pantoum le 31 octobre dernier. Les musiciens s’y sont alors présentés sur scène habillés de blouses de laboratoire. Habits de scène ou déguisement d’Halloween? Difficile à dire, mais le contraste avec la scène obscure était des plus efficaces.

Yokofeu s’est lancé avec Apothéoses I, première pièce de l’album. Ils ont ensuite enchaîné les pièces dans l’ordre jusqu’à la fin de l’album. J’avais grandement apprécié les pièces en version studio, mais il y avait définitivement quelque chose de supérieur dans la version scénique. Les instruments, tout particulièrement les synthés et la guitare, nous proposent des airs complexes aux variations nombreuses, des lignes hautement mélodiques. La prestation en direct nous permettait d’apprécier de façon supérieure ces propositions en offrant aux différents instruments une présence plus marquée que le mixte studio. En effet, sur l’enregistrement l’expérience se révèle surtout planante et les crescendo d’ambiances sont plus posés. En salle, on a plutôt droit à une immersion intensément rock et les montées frappent comme des uppercuts en plein combat de boxe. Ça décoche et sans avertir.

Si musicalement le travail de Yokofeu est d’une fine agilité, un effort serait toutefois à entrevoir afin de développer leur cohésion. Hormis les regards partagés par moment, on sentait un manque de connexion et d’échanges entre les membres du groupe, comme si chacun était concentré sur son propre travail. Quant à Francis Rose, s’il témoignait d’une grande présence sur scène, il donnait l’impression d’être absent et déconnecté, ne semblant pas saisir le pouls du moment présent. Il vivait chacune des variations de ses collègues, marquant de ses mouvements survoltés chacun des sons. Si ce genre de démonstration d’énergie est généralement synonyme de force, ici elle en devenait étourdissante, détournant l’attention des musiciens. Devant cette surenchère hyperactive des sons déjà abondants, j’en venais à devoir fermer les yeux afin d’apprécier la musique. L’énergie de Francis est belle, ses mouvements sont fluides et beaux à voir, mais c’est dans le dosage qu’on sait apprécier les moments les plus explosifs. La bonne nouvelle, c’est que tout ceci s’améliore facilement avec un travail de mise en scène.

Si cette surdose d’enthousiasme a nui à mon appréciation de la prestation, il en reste que la force immersive qui se dégage de leur musique est puissante et se doit d’être vécue en présentiel. La composition des pièces a été méticuleusement réfléchie et l’expérience vivante sait mettre en lumière le travail judicieux de Yokofeu. J’ai hâte de voir l’évolution de la talentueuse formation à travers le temps, celle-ci ne pouvant qu’être qu’ascendante! D’ici là, je savoure chacune des pistes d’« Apothéoses » avec encore plus d’appréciation.

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée.