Découvrez en primeur « Vertiges », le nouvel album de zouz

ZOUZ
Vertiges
(Lazy At Work)

Le cœur qui s’emballe, la tête qui tournoie, les murs qui se déforment, le plancher qui se dérobe; essayer de s’accrocher aux arêtes de lumières mais glisser dans la lie jusqu’au fond des choses. «Vertiges». Décidément, le premier long-jeu de zouz porte bien son nom. Entre noise rock, acid blues et psychédélismes, le power-trio Montréalais présente en dix titres un horizon musical à ciel variable qui se fond progressivement au noir de l’orage. 

L’album s’ouvre sur la pièce éponyme, Vertiges, où la mélodie obstinément répétée dédouble l’effet d’étourdissement inspiré par les paroles. Écouter zouz sur album, ça donne justement l’avantage de se plonger aussi dans l’univers lexical de David Marchand (guitariste, chanteur, multi-instrumentiste) – qui signe la majorité des paroles, accompagné ponctuellement d’Étienne Dupré (bassiste). A trois, avec Francis Ledoux (batteur), ils créent une musique atypique et changeante qui surprend toujours aussi agréablement au détour que sur leurs deux premiers EP. C’est ainsi que Vertiges se termine tout en nostalgie, avec une douceur atmosphérique : prélude à la tempête.

On change de rythme avec Auréole, probablement la chanson la plus pop du disque, avec le groove de ses lignes de basse. La pièce a aussi l’avantage d’apporter une touche de lumière au disque, comme le fera plus tard Toi qui sais. 

Monotone nous campe ensuite dans les sentiers que le groupe a l’habitude de débroussailler : un son survolté et un côté imprévu qui nous surprend à chaque détour, sans pour autant sacrifier la beauté et le côté accrocheur des mélodies. C’est une pièce qui prend les anciens amateurs par la main tout en abordant un des nœuds thématiques de l’album.

Tu te donnes, t’abandonnes
Plus personne ne s’étonne
De voir qu’il t’emprisonne
Ce boulet monotone

La bluesée J’ai demandé à personne arrive comme une tonne de briques avec sa langoureuse ligne de guitare aux airs désertiques et psychédéliques. Dans l’univers de l’album, c’est une main tendue, qui fait en ce sens écho à Toi qui sais. Plus entraînante, plus ensoleillée, cette autre chanson passe à son tour comme une chose à laquelle on s’accroche.

Seuls constitue alors un point tournant dans l’album. Onirique et lascive, la pièce contient les deux pôles qui semblent se confronter dans le disque : l’attraction vers l’autre, la fatalité de la relation. En musique, Seuls est un excellent exemple du travail d’équipe de Marchand, Dupré et Ledoux. Le rythme se fait louvoyant. Posée sur lui la voix, multipliée, murmure et s’entrelace progressivement aux lignes de basse et de guitares, déballées avec une précision voilée de fuzz qui tangue vers la dissonance. 

Les chansons qui suivent semblent s’accélérer vers le bas, rivalisant d’intensité. Sans que le concept de l’album soit aussi bien ficelé musicalement qu’un Maladie d’amour, on sent malgré tout la progression d’une chute. Perdre du terrain s’élance comme une course, où la métrique est encore trafiquée. Les couplets y sont introduits par des grappes de sons de guitare qui rappellent de troublantes cloches d’églises sonnant la fin ou le début de quelque chose. Nager, incisive, confronte à nos oreilles sa force brute, qui sera sans doute encore plus impressionnante en spectacle. Elle prépare le terrain pour la percutante Course à rebours, un brin plus punk, où la musique se fait encore miroir des mots.

Le temps se sauve, me glisse des mains
En course folle vers rien

L’album se clôt sur La mort des mots, point culminant de la chute (qu’on semble aussi retrouver, d’ailleurs – avec ses traces de lumière – dans l’image de la pochette réalisée par OJO). Les instruments laissent les devants aux paroles – autre part souvent noyées dans le fuzz – qui enchaînent comparaisons à la fois poétiques et sombres. 

On semble passer de la course folle à l’aliénation. Les dissonances ont la part belle, les voix sont distordues, les mots sont chuchotés puis criés :

Comme le grand silence
Comme la fin de toi
Comme la mort des mots
Comme l’éveil au vide

Mords à mort

Tiens-toi

En l’absence d’autres points d’attache, ce « Tiens-toi » arrive comme un point final, et puis la pièce, et puis l’album, se terminent abruptement, laissant place au silence.

L’écoute est terminée, mais l’album est disponible sur vos plateformes préférées, y compris sur Bandcamp!

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