FUNK! DELAZUR!

Delazur – Photo : Carbo Photographe

Avec les mesures sanitaires du moment toujours en vigueur, la Source de la Martinière de Limoilou ne pouvait accueillir que 40 personnes assises pour le spectacle de Delazur le 23 septembre dernier. Une occasion rêvée de prendre part à la fiesta suave et chaude d’un des plus grands bands groovy funk franco à Québec.

Vêtus de noir et de rose, un peu moins Elton John que ce à quoi ils nous ont habitués, les quatre funkieurs ont pris tout leur temps pour investir la scène et nous balancer Beach Bums en ouverture, le premier extrait chaleureusement louangé de leur premier album court « Azur Mimosa ».

NASA Said Enough, Delazur Said Yes

Alain Jasmine et ses potes n’ont pas du tout chômé pendant les mois anémiques. Prestations virtuelles, vitrines présencielles, tournages de clips, lancement d’album, « Etc. » Toutefois, pendant le premier quart, on ne les sentait pas tout à fait prêts à inviter les spectateurs à se joindre à leur party. Il a fallu un bénin pépin technique pour faire tomber la tension, tomber les vestons et commencer à funker sérieusement le public.

Le groupe a connu de très beaux jours sur la scène de la musique anglo de Québec sous les traits de NASA Said Yes. Certains lecteurs d’écoutedonc se souviendront certainement du show mythique au Musée des Beaux Arts en octobre 2019. L’appel de créer des atmosphères francos sur des sonorités à la James Brown accouplé avec les Red Hot Chili Peppers a eu raison de NASA qui propulsait lors sa mission dans la langue de Louis Amstrong.

C’est chaud, c’est dangereux

DELAZUR / Photo : Carbo Photographe

Parce que le groupe maîtrise superbement l’art du funk, la soirée devient savoureuse et aguichante à mesure que se décline le programme et les coups de bassin d’Alain Jasmine dont la voix règne en maître de plage.

Le jeu rythmique de la guitare de Jacques Danger est superbement tight et efficace, flirtant tantôt avec l’agressivité du rock, tantôt avec la suavité du blues. Le woof de la basse de Dove, complexe et angulaire, sert de crème solaire autant aux spectateurs, au staff qu’au quatuor, dans la mesure où l’on peut s’abandonner aux sensations sans se soucier du temps passé à taper du pied ou faire du oui-oui de la tête.  

Discret au fond de la scène, infligé par cette éternelle ingratitude que nécessite la répartition du son aux meilleurs batteurs de ce monde, Dr. Homme bat le rythme avec ses baguettes et ses cymbales comme un seul homme, se surprenant de temps en temps à faire du hair duo avec Jacques.  

L’ambiance de hula hoop grimpe vite au ouh Lala, lorsque les riffs de Finger Tips, succès de Nasa Said Yes, emplissent l’enceinte et que s’ensuit le groove savon-bulle de leur majestueuse reprise du tube de Gabrielle Destroismaisons, Etcetera.  En fin de party, la chaleur du sauna atteint son max lorsque les premières notes de Le Freak retentissent aux oreilles des spectateurs qui, maintenant debout, manifestent leur suprême satisfaction de se faire funker avec autant de rigueur par les étoiles montantes de la funk franco du Québec. 

La chaleur de la Côte d’Azur, pas besoin. Celle de Delazur, tellement!

Charles Garant / Photo : Carbo Photographe

CHARLES GARANT D’UN AVENIR PROMETTEUR

Le mois dernier, on vous présentait pour la première fois le phénomène Charles Garant dans notre article-compilation de nos coups de coeur de la Fête de la Musique de Québec. On avait vraiment hâte d’en entendre davantage dans le cadre d‘une prestation live un peu plus exhaustive, question de voir si l’auteur-compositeur-interprète multi-instrumentaliste et autodidacte pouvait survivre à la première impression. La réponse? Ô que oui.

La bouille de Charles Garant n’est pas complètement inconnue de la scène musicale émergente de Québec. Il revêt de temps en temps la casquette du joueur suppléant dans les projets de certains de ces amis, comme celui d’Electric Neon Clouds, et est aussi récemment devenu le nouveau batteur partant du groupe Enfant Sauvage. Mais c’est avant tout à son propre matériel que l’on doit s’attarder, car il frôle le génie.

L’artiste de 24 ans possède déjà dans sa poche de jeans arrière un bon répertoire original, affreusement bien structuré, intelligent et imprégné de la maturité d’une vieille âme. Il donne dans le rock alternatif contemporain, uniquement anglophone et principalement influencé par l’époque de la British Invasion qu’il adapte avec des emprunts à l’alternatif de la décennie 2000, auprès de notoriétés comme Oasis, Green Day et The Smashing Pumpkins. 

De la vibe, de l’attitude

Autant le jeune sweetheart (mettez-lui un boa dans le cou et vous avez votre Harry Styles du rock alternatif québécois) sonne comme une brique dans le dash dans ses extraits bandcamps, autant il assure sur scène. 

Premièrement, Charles s’est entouré de musiciens aussi solides que lui dans l’interprétation musicale. À la batterie, William Dionne s’acquitte des pifs-pafs rythmiques hautement techniques que lui a balancés son leader avec une aisance envieuse et un plaisir insolent. Julien Moreau, assigné à la basse, possède le groove et la virtuosité nécessaires à la reddition des  textures et enchaînements complexes commandés par le principal intéressé.

Deuxièmement, la tête d’affiche elle-même est un talent brut. Elle arrive a recréer en direct, toutes les subtilités entendues dans ses pièces enregistrées en studio. Et duo lingo qu’il y en a des sonorités variées et complémentaires dans la proposition de Charles.  La guitare est pesante, agressive, blousée, envoutante, solitaire et pressée. La voix, tel un Noël Gallagher, est pure, de nature alto, capable d’émuler un rash ou un vibrato quand le narratif l’interpelle. Les arrangements sont époustouflants et ridiculement bien structurés. 

Enfin, les chansons fonctionnent à merveille et engagent le public, même si l’on n’enchaîne que du matériel original et en anglais. 

Ou presque. 

En effet, Charles a déployé l’effort de présenter une interlude dans la langue de chez-nous pour faire taire les spectateurs qui auraient pu lui reprocher de raconter ses aventures uniquement dans la langue du reste du Canada. Ç’aurait été un grand rendez-vous manqué, car la version guitare-voix de Jolie Louise de Daniel Lanois, qu’il a servie à La Source ce soir-là, était sublime. 

Vieille âme, jeune d’expérience 

Charles Garant / Photo:

Comme tous les artistes, Charles Garant n’a pas bénéficié de grandes occasions de parfaire ses prestations scéniques au cours des deux dernières années. Sa faiblesse, s’il en est une, réside dans sa difficulté à se départir de sa bulle pour aller interagir avec son band, exhiber son plaisir de présenter son savoir-faire et de maintenir un contact visuel avec son public qui, lui, est avide à manifester son appréciation dans un échange bidirectionnelle. 

Toutefois, on se doit de mentionner l’à-propos de la mise en scène de sa sortie, orchestrée avec son band, où l’on laisse les guitares souffrir de distorsion sur les pieds de micro jusqu’à mort s’en suive… 

Bref, la virtuosité, le talent et l’originalité sont indéniables chez Charles Garant. Trouvez-lui une équipe pour canaliser tout ça et on sera prêt à gager un boa qu’un grand nombre d’aficionados, y compris de jeunes groupies à la recherche d’un nouveau beau gosse à adorer, l’aideront à partir pour la gloire.

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