« Mille ouvrages mon coeur » ou le retour aux sources de Salomé Leclerc

SALOMÉ LECLERC
Mille images mon coeur
(Audiogram)

En trois albums, Salomé Leclerc s’est construit un univers musical bien à elle. On y reconnaît bien çà et là quelques influences, mais il ne suffit que de quelques mesures pour reconnaître une de ses chansons. Pourtant, il y a eu une énorme progression entre son premier opus (« Sous les arbres ») et sa troisième offrande (« Les choses extérieures »). L’univers a pris de l’expansion, la palette sonore s’est drôlement enrichie, et la jeune femme originaire de Sainte-Françoise-de-Lotbinière a énormément gagné en assurance.

Tout ça pour dire qu’on avait bien hâte d’entendre ses nouvelles chansons, question de voir sur quelle route Salomé allait nous emmener. Eh ben voilà, « Mille ouvrage mon coeur », le quatrième album de Leclerc (coéralisé avec un certain Louis-Jean Cormier) est maintenant disponible, et on sent ici un grand besoin de boucler la boucle, de terminer un long cycle avant d’en entreprendre un nouveau.

Une boucle bien bouclée doit retourner à la case départ, et c’est un peu ce que fait Salomé sur « Mille ouvrages mon coeur » (avec dix années d’expérience de plus derrière la cravate, bien entendu). On a parfois l’impression de revenir à l’époque de « Sous les arbres » et à ses chansons simples qui semblent un peu plus dépouillées que sur ses deux efforts précédents. Pourtant, l’album fourmille d’arrangements riches et complexes où les cordes (des magnifiques Mommies on the Run) et les instruments à vent (Jean-Nicolas Trottier, Louis-Pierre Bergeron, Jean-Sébastien Vachon, Yvan Belleau et Jean-Pierre Zanella) remplissent énormément d’espace. Ça montre à quel point chaque élément est tombé parfaitement à sa place, bonifiant chacune des pièces de l’album sans qu’on ait l’impression qu’il a été ajouté juste pour créer un effet « wow ». Et puis le mixage de Ghyslain Luc Lavigne y est sûrement pour beaucoup, parce qu’il a visiblement trouvé l’équilibre parfait entre chacune des composantes tout en braquant les projecteurs (sonores) sur Salomé, qui brille encore et toujours de mille feux. Un vrai magicien, celui-là.

Il y a quand même quelques belles ruptures avec le passé sur « Mille ouvrages mon coeur », notamment à l’ouverture de l’album. Contrairement aux trois efforts précédents, où la première chanson donnait le ton au reste de l’album, ici, Salomé nous propose Anyway, une de ses pièces les plus toutes nues. Avec son début essentiellement guitare-voix, ce morceau nous force à nous plonger dans le texte de l’autrice-compositrice. En règle générale, on se concentre beaucoup sur l’univers mélodique de Leclerc (avec raison, celui-ci étant unique dans notre paysage musical), mais on oublie souvent son excellente plume, et Anyway, ainsi que la toute douce Chaque printemps, sont des prétextes parfaits pour s’attarder à la poésie de Leclerc. Ça a l’air si facile, écrire de beaux textes : quelques émotions bien senties, un soupçon d’images fortes, et un brin de sincérité dans l’exécution. C’est la dernière partie qui est la plus difficile, mais Salomé a toujours été bin bin bonne pour bien nous faire sentir sa mélancolie sur laquelle elle ajoute quelques belles pépites d’espoir.

Je serai libre chaque printemps
Pour te redire
Comment je ne t’oublierai
Que le souvenir est si grand
Et doux comme l’été

Salomé Leclerc – Chaque printemps

Un truc que j’ai toujours aimé chez Salomé, c’est cette façon qu’elle a de jouer avec les différentes textures dans une même chanson. Par exemple, sur Où on s’est trouvé, les couplets sont froids et aériens, avec leurs rythmes saccadés, tandis que les refrains sont lourds, chargés d’émotions et s’apparentent davantage à une bonne vieille ballade pop-rock classique. Y’a aussi ces chansons qui partent doucement et qui ont ces finales magistralement orchestrales, comme Mon coeur à l’endroit, où on peut entendre le piano de Cormier s’envoler sur les ailes des magnifiques arrangements des instruments à vent.

Mon coeur a fondu pour Cinéma, une autre chanson aux textures mouvantes avec ses couplets à la Patrick Watson (ça doit être à cause du piano) et ses refrains pleins d’intensité à la… Louis-Jean Cormier. Mais c’est rien en comparaison de Rue Messier, où chaque écoute m’apporte son nouvel élément, que ce soit encore une fois la poésie efficace de Leclerc, les arrangements de cordes et de vents qui lévitent avec la voix déjà aérienne de l’artiste, en plein le genre de pièce qu’on voudrait vraiment entendre en spectacle avec un effectif complet (cordes et vents inclus).

Salomé Leclerc s’est surpassée encore une fois. Son intelligence, sa sensibilité, son talent avec les mots, les ambiances et les mélodies et cette constante volonté de ne pas faire du surplace lui permettent de faire mouche coup sur coup. Avec ses douze chansons toutes aussi belles les unes les autres, « Mille ouvrages mon coeur » n’est certainement pas l’exception à la règle.

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