Le puissant retour de Bleu kérosène

Crédit photo: Odile Gagné-Roy
Bleu kérosène
L’artifice de l’aube

En juin dernier, Bleu kérosène lançait son premier EP, La Chaleur. Grâce au soutien de Première Ovation Musique, le quintuor nous revient avec L’artifice de l’aube. Ces cinq nouvelles pistes nous démontrent avec clarté l’évolution de la formation pop alternative. Né de la collaboration fraternelle alliant la force mélodique de Jérémie Hagen-Veilleux et la puissance lyrique de sa sœur, Érika Hagen-Veilleux, leur désir d’expression a rapidement résulté en un projet robuste aux bases solides.

Déjà sur leur premier microalbum, on pouvait sentir la sagesse dans l’écriture d’Érika. Issue du milieu du Slam, celle-ci maitrise les mots et livre des textes à la prose franche et déconcertante. Elle nous plonge dans des images mentales poétiques, des bribes de quotidien où l’on peut se reconnaître. Parfois dans la tendresse romantique, parfois plus revendicatrice, on sent en Érika la manifestation implicite d’une femme éveillée au monde qui l’entoure. Pour avoir eu la chance de m’entretenir avec les Hagen-Veilleux lors de la sortie de leur premier mini-album, j’ai rapidement constaté l’importante conscience sociale dont ils font preuve. C’est, à mon avis, cette grandeur d’âme omniprésente et assumée qui fait que Bleu kérosène se démarque d’autres formations. De plus, un groupe menées de front par une femme qui s’exprime sans détour, avouons que ça fait du bien!

Faites pas d’bruit, noise hurts, le chaos dans la gueule, l’espoir sur le seuil de ta langue, pis la fois des étoiles qui coulaient sans attentes sous un ciel gris

y disent ravale le goût du fracas, ton cœur existe p’t’être pas, y a juste le temps qui fait son nid sous nos paupières.

Le Fracas

En plus de véhiculer son message, la voix est utilisée à son plein potentiel et amène à la trame une notion mélodique supérieure. On note d’ailleurs une plus grande exploration dans les vocales de L’artifice de l’aube. On y joue avec les notes en passant des basses aux aigues, mais aussi avec le débit rythmique de l’articulation. D’autres voix s’ajoutent également à celle d’Érika notamment sur Les chemins dociles où les chœurs à capella marquent un contraste déconcertant avec le reste de la pièce.

Ces passages d’un monde sonore à l’autre sont de la pure magie! Dès le premier titre, Le Fracas, c’est un peu comme si les airs de flûte nous invitaient dans une croisade, un voyage qu’on découvrira au fil de l’album. Lors d’un même titre, on peut souvent naviguer dans différents univers créant ainsi des crescendos d’émotions. Juxtaposés aux rythmiques complexes marquées par la batterie de Loïc Paradis-Laperrière, les moments planants et les notes suspendues créent une ambiance réconfortante tout en nourrissant la vivacité de nos esprits.

Soulignons également le travail de Chloé Jacques (basse, contrebasse) et de Jean-François Lemieux (guitare) dont la contribution permet une diversité d’instruments, un amalgame sonore assumé sans pour autant en saturer la trame. Avec ce nouvel album, le projet Hagen-Veilleux est définitivement devenu un projet collectif, une unité créative et complète.

Si le Phoque OFF 2021 aura permis de les faire connaître virtuellement à quelques-uns d’entre nous, la communauté émergente reste présentement dans l’ombre et les défis sont grands pour les projets qui prennent forme dans cette pandémie. J’espère sincèrement qu’ensemble nous saurons leur donner la visibilité qu’ils méritent afin que leur œuvre puisse atteindre le plus de cœurs possible. Longue vie à Bleu kérosène!

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