« La force d’Éros », de Gab Paquet : poésie érotico-romantique

Gab Paquet
La force d’Éros
(Duprince)

Par Marie-Ève Fortier et Jacques Boivin

S’il y avait bien une sortie d’album attendue à Québec cet hiver, c’est bien celle de la troisième galette de l’auteur-compositeur-interprète Gab Paquet qui nous présente La force d’Éros, une collection érotico-romantique qui brille autant par son éclectisme que par sa belle unité. Dès qu’on a eu la chance de l’écouter, les deux plus grands fans du chanteur de charme de notre équipe (Marie-Ève et Jacques) ont joué du coude pour écrire la critique de l’album.

Dans certaines contrées, on les aurait laissé.e.s se battre jusqu’à ce que mort s’en suive, mais les deux amis ont plutôt profité de l’occasion pour écrire une petite critique à quatre mains.

Jacques : Gab Paquet, le pape de l’amour, l’Apollon qui tire des flèches de Cupidon, qui nous sort son plus bel album à quelques jours de la Saint-Valentin. À titre de détentrice de la carte de membre 001 de la Gab Nation, tu dois être toute émoustillée! En tout cas, moi, j’me peux pu!

Marie-Ève : Écoute, boss, depuis que j’ai mis la main sur l’album de Gab, il a une place spéciale dans mon coeur : c’est la switch derrière une vitre que tu casses avec un tout petit marteau quand ça va vraiment mal pour repartir la machine dans le piton. Que veux-tu, ça s’appelle pas La Force d’Éros pour e-rien! 

Faut dire qu’on peut l’écouter aussi quand ça va bien. Quand tu fais ton jogging pis que tu veux te sentir Sexy (aaaaaah-ahhh), quand tu prends ta douche (c’est tu ma deuxième aujourd’hui ou ma première en deux jours?) pis que tu veux chanter à tue tête « MAAGIE, ROOOOOOSE! !», quand tu te sens seul.e pis que tu sais pas qui appeler… 

J: Voyons, en ce temps-là, t’appelles au 1-800-666-SEXE! On reviendra à cette chanson incroyable un peu plus tard, parce que je sais que tu vas vouloir parler de cette toune qu’on a quand même longtemps entendue en show!

M: Mais parlons-en, parlons-en! Vous. n’êtes. pas. prêts. pour cette version tout à fait IMPRÉVISIBLE du grand succès éro-téléphonique de notre chanteur de charme préféré. Qui aurait cru que Gab Paquet irait explorer les terres quasi oubliées du nu-metal? Les vrais fans comme toi sauront, malgré tout, que Gab a déjà montré son intérêt pour les grosses lignes de guitares avec son Rock du Golgotha

J: C’est vrai, les gros pets de guitoune ne sont jamais trop loin avec Gab! Mais là, on est en train d’oublier le début, la solide Force d’Éros, qui nous plonge dans un des univers les plus déjantés, mais cinématographiques, de notre scène musicale. La première fois que j’ai entendu Gab parler de « bains de minuit à la crypte tout près du site de la pyramide », j’ai pensé à ma mi-vingtaine, quand j’allais veiller à La Girafe à Sainte-Foy. On coupait souvent par le cimetière Belmont pour retourner à la maison, et il n’était pas rare de voir quelques scènes olé-olé sur le chemin, entre deux pierres tombales… C’est drôle, parce que tout ça se déroulait à une centaine de mètres de la fameuse pyramide de Sainte-Foy… J’imagine que c’est pas ce que Gab avait en tête quand il a écrit la chanson, mais c’est fou combien ça m’a permis d’ancrer cet univers lubrique dans un monde qui existe vraiment.

M: C’est ça qui est lefun avec l’univers de Gab, je trouve: on peut tous y trouver quelque chose. Il est tellement maximaliste, riche et fourni! Autant sur le plan des paroles que des sons et des influences musicales, écouter sa musique c’est vraiment comme entrer dans une boutique d’Antiquaire pleine de reliques ataviques, improbables et fascinantes. C’est presque une expérience spirituelle… ou ÉROSpirituelle! 

J: Musicalement parlant, Force d’Éros est à mon avis une des chansons les plus fortes de l’album. Divisée en deux, avec une première partie un brin funky qui met la table et nous plonge dans une atmosphère exploratoire, pendant que Gab nous raconte son expérience. On est avec lui, on voit le site en question, on assiste aux « anciens cultes proscrits », on entend les gémissements des disciples, on aperçoit les druides et on récite avec Gab les mots magiques… Les incantations commencent, mais on reste dans le récit encore un moment, jusqu’à ce qu’on plonge dans la deuxième partie… La transition se fait de façon tellement transparente qu’on s’étonne de tomber dans la grosse pop de discothèque. Le beat est infernal, les synthés prennent tout le plancher, Odile Marmet-Rochefort sort sa voix du dimanche (damn que je l’aime!), on en prendrait pendant dix minutes, mais bon…

Force d’Éros aurait été infernale sur les Plaines (bonjour Louis pis Arnaud, j’espère que Gab va y être booké à la prochaine édition du FEQ). La longue intro instrumentale, Gab qui commence son récit en coulisses pendant que son band joue frénétiquement, et qui apparaît au premier refrain. Une Gab Nation en liesse, qui danse et qui sautille en attendant impatiemment l’explosion de la deuxième partie de la chanson, des dizaines de milliers de personnes qui sautent à l’unisson. J’ai hâte de t’y voir, collée sur la clôture en avant (parce qu’évidemment, tu vas avoir réussi à te faufiler).

M: C’est SÛR que je ferais tout pour être là! Non seulement pour voir Gab (comme tout adepte qui se respecte), mais aussi pour voir l’énergie et le talent que déploient tous ses musiciens: on s’entend, Gab a toujours su bien s’entourer, et c’est encore une fois le cas sur La Force d’Éros, que ce soit avec de vieux compagnons ou encore avec de nouvelles recrues.

J: Oui, Jean-Etienne Collin-Marcoux est fidèle au poste derrière sa batterie, Odile Marmet-Rochefort, qui faisait des choeurs sur Santa Barbara, laisse sa trace un peu partout ici, autant avec sa voix d’ange que ses doigts de fée, et Alexis Goulet-Bouchard te rocke la six-cordes avec classe et élégance. Ajoute à la basse un Cédric Martel, un soupçon de Simon Paradis qui fait un peu de tout, un saxophone dirigé par Antoine Bourque et un très romantique accordéon qui danse langoureusement entre les mains de Guillaume Sidwell. GROSSE TEAM.

M. Mais pour revenir aux tounes de l’album (c’est ça qu’on fait je pense, une critique d’album?), il ne faut pas non plus oublier la beauté des chansons plus douces, comme Boulevard Tendresse. Même si c’est une balade toute doucereuse, c’est probablement une de mes pièces préférées. Les paroles sont ingénieuses, tout est si bien fignolé! C’est non seulement drôle, c’est beau, l’éclosion de l’amour à l’âge où le bar de ta tendresse ferme presque <3 

J: Tant qu’à parler de tendresse, le combo Oeil Soleil et Carte du ciel à la fin de l’album, c’est le plus beau cadeau de Saint-Valentin ever. La première est soul à fond, du Marvin Gaye assumé en français. Le texte (coécrit avec Stéphane Robitaille), est incroyable. Lâchez-moi le second degré, c’est totalement next level comme chanson. Chapeau en passant pour avoir réussi à faire rimer « phallus » et « [que je le] fallusse ». Paix et amour à l’imparfait du subjonctif, ce temps mal-aimé! Pis le chant de Gab qui passe par toute la gamme des émotions me donne des frissons.

De son côté, Carte du ciel est attendrissante par sa belle naïveté, cet espoir chiromantique issu d’un moment marquant qui s’est gravé dans le ciel, cette promesse à laquelle Gab croit sincèrement, au point qu’on finit par se demander si les étoiles ont un sexe.

M: «… Et regénère Gaïaaaaaaaa!» J’en reviens toujours pas de cette toune-là non plus, où Gab fait son Bono à n’en plus finir! Quelle toune pareil! 

J: Avec le succès de Santa Barbara et une Gab Nation toujours grandissante, on aurait pu craindre que le personnage de Gab Paquet, la bête de scène, n’avale l’être humain qui l’incarne et qu’il devienne un peu une caricature de lui-même. C’est plutôt le contraire qui s’est produit sur La force d’Éros

Si Gab faisait des tours de soucoupe volante et avait maille à partir avec Barbara sur ses deux premiers albums, sur La force d’Éros, Gab réussit à trouver l’équilibre parfait entre le personnage à prendre au second degré et l’homme qui exprime depuis toujours des émotions bien réelles à travers ses textes qui font sourire. Oui, il y a le pad, la moustache, la cuirette et les paillettes, mais tout ça n’est qu’un accessoire qui permet à Gab de parler d’envies, d’espoir, d’amour, du besoin d’avoir quelqu’un sur qui compter (même si on doit payer à la minute) et d’en profiter pour humaniser des personnes qu’on regarde un peu de travers (les téléphonistes de lignes érotiques, les propriétaires de sexshops, les diseuses de bonne aventure, qui nous donnent tous à leur manière beaucoup de réconfort). Il se sert de la mythologie, des rites religieux ou païens et de l’astrologie pour nous faire vivre des émotions bien réelles, des émotions qui sont difficiles à exprimer dans un monde sans l’abandon de soi que fournit la spiritualité.

La bête n’a pas avalé Gab Paquet. Gab l’a plutôt apprivoisée, et ensemble, ils ont tout un monde à conquérir. Faites attention, le pad, la moustache, c’est un cheval de Troie. Pendant que vous regardez là, Gab prend votre coeur et le met dans sa petite poche d’en arrière.

Vous êtes averti.e.s!

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée.