Panels, l’émotion brute d’Élie Raymond

Il n’y a que quelques semaines, je vous parlais de la sortie incroyable de Totalement Sublime. Et bien, en plus de ce projet complètement fou, le chanteur de Foreign Diplomates a aussi travaillé sur un deuxième projet solo pour 2020, Panels.

Élie Raymond
Panels
(Bonbonbon)

Ce premier album officiel d’Élie Raymond a été enregistré et composé en solo puis retravaillé avec l’aide de plusieurs acolytes créatifs dont Marc-Antoine Barbier (Choses Sauvages, Totalement Sublime) et Félix Bélisle (Choses Sauvages). L’ajout de ses nombreux collègues musiciens permet nettement à ce LP de se démarquer de l’album surprise Elle dormait encore – détour #1, un mélange de trames sonores paru en mai dernier. Ici, Raymond offre ce qu’il dit être « un son et une cohérence qui fait du très personnel Panels un album collaboratif et intrinsèquement varié », ce à quoi on ne peut qu’adhérer.

On note effectivement une très grande variété sonore sur Panels. On y retrouve un mélange homogène de textures et de sons électroniques qui s’entremêlent et se supportent. Les touches expérimentales qui nous sont proposées sont similaires et différentes à la fois de ce que nous proposaient Raymond et Barbier sur Totalement Sublime, d’où la pertinence de segmenter les différents projets.

En ce sens, Panels n’est pas sans rappeler les débuts de Foreign Diplomates. Bien que le projet ait toujours été porté par une influence plus pop, on retrouvait sur Princess Flash des airs plus aérés et des sonorités moins lichées que sur les deux albums qui ont suivi. C’est donc avec plaisir que l’on retrouve Élie Raymond dans ce contexte beaucoup plus brut lui permettant de transmettre une émotion sans filtre tel que sur Honey où les battements irréguliers des percussions se contrastent aux notes étirées des synthés, créant une ambiance angoissante et réconfortante à la fois.

On ne peut pas parler d’émotions sans évoquer la voix du multi-instrumentiste. Raymond a cette façon de venir porter au creux de nos tympans les frissons. Sa voix est encore ici juste et en contrôle, parfois à l’avant plan, parfois à l’arrière, dissimulée sous une saturation d’effets. L’utilisation de l’auto-tune pour transformer les chants en un instrument en soi se fait d’ailleurs de plus en plus tendance, une pratique qui peut facilement passer du génie au gâchis si son dosage est légèrement débalancé. Ici, Raymond s’en tire généralement plutôt bien, cependant pour les plus friands de timbres riches et clairs, des pièces telles que Let’s Say What We Want ne peuvent que rappeler les enregistrements amateurs issus d’applications de Karaoké tel que Smule. Défaut ou innovation? Tout dépend de nos préférences.

Dans tous les cas, il en découle un album aux sonorités abondantes où l’émotion est forte et profonde. Son enregistrement, effectué lors d’une semaine solitaire au chalet de son père, transmet bien les besoins de l’artiste d’intérioriser et d’extérioriser ce qui devait sortir. C’est justement dans cette simplicité à livrer l’émotion que Panels succède.  

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