La place des Fxmmes, Anne-Marie Dufour, co-fondatrice du Festif!

Anne-marie Dufour – Illustration : Manon Maurios

Cette chronique met en lumière les fxmmes que l’on croise à travers les scènes locales. Il suffit de se balader dans les spectacles et les festivals pour se rendre compte que la parité homme-femme s’atteint doucement. Que celles-ci soient techniciennes, artistes, journalistes ou agentes, ces fxmmes représentent une évolution notable et positive dans l’industrie musicale d’aujourd’hui.

Cette chronique se veut inclusive, nous utiliserons donc le terme alternatif fxmmes pour désigner les femmes cis et trans, les personnes non-binaires, les personnes bi-spirituelles et en particulier celle et ceux qui proviennent des minorités visibles, dans une perspective d’intersectionnalité.

Anne-Marie Dufour – Photo : Caroline Perron et Jay Kearney

Anne-Marie Dufour est l’une des fondatrices du Festif! de Baie St Paul. Officiellement, directrice à la production des spectacles, elle dirige aussi Le Cabaret Festif! de la relève, concours offrant une vitrine aux artistes émergents de la province de Québec. Anne-Marie s’évertue à créer un environnement et une scène vivante dans la région de Charlevoix.

On te connait principalement pour être co-fondatrice du Festif!, quel est ton métier précisément ? 

Mon poste a toujours été un peu difficile à qualifier, parce qu’il est très large mais aussi parce qu’on l’a un peu inventé au fil des 11 dernières années.

Globalement, et sur les papiers officiels, je suis directrice à la production de spectacles. Je gère tout ce qui touche à l’artiste et à la tenue des spectacles, à partir du booking jusqu’au début du show (et même après). Hébergement, repas, transport, horaire, contrats, accueil, loges, demandes et caprices, etc.! Je m’occupe aussi des actions écoresponsables du festival et je suis directrice de notre volet concours, le Cabaret Festif!, qui a lieu pendant l’hiver. 

Comment en es tu venue à exercer ce métier ?

Je viens d’une famille où la musique est très importante, on m’a fait voir des shows dès mon plus jeune âge. Je me suis toujours tenue au courant de ce qui se faisait en termes de musique nouvelle, souvent un peu en marge de ce que mes amis ou mon entourage écoutaient. À la fin de l’adolescence je me suis rapidement reconnue dans ce qu’est le métier de « diffuseur.e », de faire découvrir des projets, d’aider les artistes à développer des publics (ailleurs qu’en ville!), de voir les gens chanter devant leurs artistes préférés… L’idée du Festif! nous est venue quand je commençais un bac en linguistique. J’ai enseigné pendant 4 ans à temps plein en même temps qu’on faisait grandir l’événement, et j’ai enfin pu me permettre de me consacrer entièrement au Festif! quelques années plus tard. 

Les festivals mettent de plus en plus l’accent pour la parité homme-femme dans leurs programmations. Comment cela fonctionne t-il sur le terrain ? Penses tu que c’est une mesure atteignable ?

Honnêtement, je ne sais pas si les évènements pourront un jour atteindre une parité complète, et bien que j’y réfléchisse beaucoup, je ne connais pas la marche à suivre pour y arriver. Il y a énormément de travail et c’est loin de concerner seulement les diffuseur.es! Pour qu’un projet fxminin puisse « percer » et vendre des billets en festival, il faut qu’il soit poussé par toutes les couches de l’industrie, il faut que les gens s’y intéressent, et c’est la responsabilité de beaucoup de personnes. De notre côté, on s’efforce de rester extrêmement curieux des projets nouveaux qui se créent. Il faut défricher, faire du hors-piste, se coller à des médias audacieux. Et il faut oser déranger! Je pense qu’une des forces du Festif! est que les festivaliers s’attendent à être émerveillés autant que déstabilisés. C’est facile de montrer seulement les programmateurs du doigt, mais je pense qu’on a tous et toutes notre part de responsabilité dans ce dossier. 

Le Cabaret Festif! existe depuis plusieurs années déjà, as tu vu une hausse du nombre de femmes s’inscrivant au concours ?

OUI!, et j’en suis vraiment ravie. Le concours a célébré ses 10 ans cette année, et je te dirais que depuis 3 ans, on a vraiment vu une augmentation de projets menés par des fxmmes. Je pense que le mouvement Femmes en Musique et les nombreuses sorties à ce propos ont donné un coup de confiance à des artistes talentueuses qui ne voyaient peut-être pas par quel chemin passer pour se faire entendre. Le Cabaret Festif! est reconnu pour offrir une place importante aux projets fxminins depuis toujours, et c’est très important pour nous. Le comité de sélection est d’ailleurs paritaire et averti de rester vigilant dans le choix de la cohorte. 

Visuel Le Cabaret festif – 2019

Tu es l’une des fondatrices du Festif!, as tu toujours été perçue d’un point de vue égalitaire à tes collègues masculins ?

Je n’ai jamais vécu de réelle situation d’injustice. Évidemment, au début, il m’est arrivé de ne pas me faire prendre au sérieux par des fournisseurs lorsque j’exerçais des tâches traditionnellement « masculines », comme de la logistique terrain, mais je pense que ce sont des mécanismes qui s’essoufflent, heureusement. Je suis entourée d’une équipe très respectueuse, qui s’attarde à ce que tout le monde soit écouté, se sente libre et en sécurité, sur les sites de spectacles, sur scène, comme dans l’organisation. 

Vois tu une évolution sur le nombre de fxmmes engagées au sein même du Festif! au fil des années ? (coordonnatrice, régie, responsable, technicienne, son etc)

Honnêtement, on a toujours été une organisation très inclusive, même paritaire, souvent sans vraiment le savoir. Les dernières années ont simplement fait en sorte qu’on en est davantage conscients, qu’on se questionne plus, et que l’idée de la parité nous trotte toujours dans la tête quand vient le temps d’engager quelqu’un.

Quel serait ton message à faire passer aux fxmmes souhaitant travailler de près ou de loin à la scène québécoise ?

Je pense qu’il faut surtout bien s’entourer, se monter une équipe d’alliées, de personnes qui peuvent te conseiller, t’inspirer. Et aussi, ne pas avoir peur de questionner les méthodes, les décisions, dénoncer les préjugés, les doubles-standards qu’on voit encore dans l’industrie. Evidemment, tout ça vient avec une confiance en soi qu’on doit entretenir et travailler en tant que personne humaine. Y a beaucoup de travail à faire, mais je crois sincèrement qu’on avance. Le milieu de la musique est rempli de femmes trippantes qui tracent un chemin qui sort des normes établies, c’est celui là que j’essaie d’emprunter le plus souvent possible. 

Anne-Marie Dufour – Photo : Caroline Perron et Jay Kearney

Le Festif! met en place des expériences d’écoute ainsi que des spectacles intimes durant cet été, je vous conseille de suivre la page Le Festif! pour être au courant de toutes ces jolies choses que l’équipe nous propose en ces temps off de Post-Covid.

1 commentaire
  1. Belle Anne-Marie, défricheuse, fonceuse, animée par la passion qui l’habite. Un atout pour sa belle gang du Festif mais aussi une présence précieuse pour l’innovation en région.

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