La Crème Vol.1 : la scène rap de Québec réunit dans un album

Philippe Durand

Mixtape Collaborative
La Crème Vol.1
(La Crème du rap)

La capitale tombe souvent dans l’ombre de la grande métropole située plus bas dans l’fleuve, et cette idée plait de moins en moins aux habitants de Québec. Avec un centre-ville qui s’agite de plus en plus dans les sphères de la musique et de la culture, la mixtape de la crème du rap est l’une des premières manifestations de l’effervescence de cette « ville de fonctionnaires ».

Félix Duchesne, animateur de l’émission de radio La crème du rap et Laurent Belzile nous ont concoctés une mixtape collaborative bien crémeuse qui réunit des producers et rappeurs de la ville de Québec de façon tout à fait unique. Le duo crémeux n’a pas seulement fait un appel à plusieurs rappeurs émergents de la ville pour participer à ce projet, mais aussi à des producers avec lesquels ils ont travaillés pour la première fois. C’est une partie de la beauté de ce projet, des alliances et des collaborations qu’on n’aurait jamais vues sans la crème, c’est bien le glaçage qui fait le ciment entre toutes les couches et parties du gâteau.

Le mot qui est apparu dans mon imaginaire à chaque et unique morceau présent dans la compilation c’est fier, je me considère comme moyennement ou suffisamment cultivé en ce qui concerne le rap queb et je ne connaissais que trois rappeurs présents sur le projet avant de l’écouter. Néanmoins, amateurs ou vétérans, ils ont tous présenté une grande fierté qui m’empêchait de douter de leur talent, de leurs textes et mélodies qui véhiculent implicitement une assurance typique des rappeurs. Cela ça me fait chaud au cœur, non seulement parce que ces young bucks transpirent une fierté et une confiance en eux, mais parce qu’ils le font en habitant Québec et que la majorité d’eux sont peu connus, c’est comme un rugissement de bébés lions provenant de là où le fleuve se rétrécit.

Ce qui m’a frappé au travers de l’écoute, et ce, de façon positive, était la diversité des accents et des jouals parlés. La capitale étant réputée comme une ville de banlieue, j’ai l’impression que plusieurs se perdent dans des jugements blasés qui ne voient que le côté blanc-bec et banlieusard de Québec. Merci à tous ceux qui sont présents sur la mixtape de briser ce stéréotype provincial. Avec Jobee qui nous livre la chanson Roadtrip (est-ce que j’ai le droit de dire que c’est elle ma préférée ?) entièrement dans la langue de Shakespeare avec son bel accent anglais, avec Steeve Beezy qui nous offre une ambiance très québécoise et assumée dans ses racines, mais surtout celui qui m’a le plus surpris dans son joual ; c’est Nayka, qui découpe les syllabes avec un beau français universel, une touche européenne dans l’accent, mais qui garde tout de même des expressions québécoises, c’est vraiment satisfaisant à écouter.

La compilation a une belle continuité tout en restant uniforme. Elle commence avec des chansons plutôt pop, puis avance avec des morceaux un peu plus techniques qui nous englobent dans une ambiance de plus en plus planante. Je pense que ce projet, en général, est une bonne représentation de la scène du rap à Québec, avec Biliwald qui scelle le tout en se démarquant du lot dans la dernière chanson « Crier au Loup ». Laissez-vous tenter par le délicieux gâteau assemblé par nos amis de la Crème du Rap et préparé par un lot d’artistes qui valent la peine d’être écoutés et suivis de près.

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