Maude Audet – « Tu ne mourras pas »

Maude Audet
Tu ne mourras pas
(Grosse Boîte)

Lentement, mais sûrement, à coups d’excellents albums, Maude Audet est parvenue à faire son nid dans le paysage musical québécois. Celle qui nous a offert Nous sommes le feu et Comme une odeur de déclin est de retour avec un troisième album (sous son nom complet) intitulé Tu ne mourras pas, réalisé par Mathieu Charbonneau.

Entourée d’une bande de musiciens accomplis (Charbonneau, Joseph Marchand, Émilie Proulx, Charles Blondeau, Marianne Houle, Julie Boivin, Mélanie Bélair et Anna Frances Meyer), Audet nous offre ici son album le plus ambitieux – et le plus abouti. En 33 minutes si bien tassées qu’on a encore du mal à choisir nos pièces préférées, on a droit à la totale : des mélodies à l’esthétique rétro-franchouillarde, qui nous replongent à une époque où la chanson française régnait en reine et maître, des textes remplis de belles images colorées, la voix d’Audet, dont la douceur est aussi réconfortante qu’un bon chocolat chaud après avoir joué dehors tout l’après-midi. Tout ce qu’on aimait des deux premiers albums est encore là.

Cependant, Tu ne mourras pas, c’est bien plus qu’une répétition des albums précédents. En plus de tout ce que j’ai mentionné un peu plus haut, ce qui nous frappe ici, ce sont les arrangements magnifiques, remplis de cordes et de… flûte traversière (on dirait bien que l’instrument vedette de 2019 s’est installé pour un bon bout de temps). Si les cordes étaient déjà présentes sur l’album précédent, elles se faisaient beaucoup plus discrètes. Sur ce nouvel opus, les arrangements de Marianne Houle (accompagnée de Julie Boivin et Mélanie Bélair) et la flûte d’Anna Frances Meyer ajoutent tellement de textures aux chansons de l’album qu’on se surprend encore à trouver des trucs qu’on n’avait pas remarqué après de nombreuses écoutes. Ajoutez à cela le baryton de Charbonneau, les guitares d’Audet et de Joseph Marchand, ainsi que la section rythmique composée de la basse d’Émilie Proulx et de la batterie de Charles Blondeau, et vous vous retrouvez avec un univers musical tellement riche qu’on peut l’écouter en mode répétition sans trop se tanner.

Tout ça, on dirait un tapis volant sur lequel la voix déjà pas mal aérienne d’Audet peut compter pour prendre encore plus d’altitude, sans jamais la masquer.

Je vais être honnête avec vous : contrairement à de nombreux albums que j’ai écoutés ces derniers mois, ici, y’a pas de morceau qui m’a donné le goût d’appuyer sur Répétition à 20 reprises. Pas de chanson qui se démarque vraiment des autres. Pas de GROS hit qui porte l’album sur ses épaules. Une chance!

Chaque fois que j’appuie sur Lecture, je dois entendre la belle mélancolie de Tu trembleras encore, le charme bucolique de Demande-moi, la simplicité de Laura, le côté road trip au soleil sur le bord de la mer de Nos bras lâches, l’envie de danser collé collé sur Tu ne mourras pas, le plaisir décuplé d’entrendre Philippe B chanter sur Couteau de poche, le sourire qui me prend chaque fois que j’entends le banjo de Joseph sur Fille-canon, la lenteur de Femme flamme, la mélodie complètement irrésistible de Juste un peu de temps, la chaleur qui nous envahit quand on écoute Les gelés de novembre, et les « Bonjour, maman » de Tant de ciels.

Nope, j’en passe pas une, parce qu’elles sont TOUTES excellentes.

C’est là la grande force de cet opus : quand on l’écoute, on a envie de l’écouter au complet. Dans l’ordre, parce que celui qui a été choisi tombe parfaitement sous le sens. Parce qu’il ressemble à une vraie conversation, avec ses éclats, ses pauses, ses changements de rythmes. Parce que ces chansons se complètent merveilleusement bien.

Tu ne mourras pas, c’est un autre chocolat chaud préparé minutieusement par Maude Audet et ses amis. Avec une tonne de crème fouettée sur le dessus. Et quelques guimauves. Un gros chocolat chaud qu’on est trop heureux de boire au complet, assis à côté de la plinthe électrique.

Une incroyable source de réconfort.

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