Bears of Legend – La Chapelle, 22 novembre 2019

Bears of Legend – Photo : Noémie Rocque

En rentrant dans La Chapelle, il était impossible de ne pas remarquer le mélange hétéroclite duquel l’assistance allait être constituée, un amalgame de jeunes fans du groupe et d’abonnés d’une autre génération. La salle avait d’ailleurs été aménagée afin d’accommoder la variété de la clientèle, proposant des places assises en estrade pour les moins vigoureux et une section avant-scène pour les plus dégourdis, désireux de danser au son de la musique.

C’est donc devant cette foule diversifiée, tardant à les accueillir de leurs applaudissements, qu’est entré Bears of Legend. Armé de ses baguettes aux DEL, Francis Perron, batteur et réalisateur du groupe, a guidé les ours légendaires sur le tempo du premier titre de cette représentation, Never Gonna Give You Up. Il faudra néanmoins attendre Only You, ver d’oreille s’étant taillé une place dans les radios commerciales, pour réellement sentir la levée du public. Mais le groupe réussira cependant à totalement séduire son public lorsque David Lavergne partagera l’histoire de sa rencontre avec celle qui deviendrait la mère de ses trois enfants.

Bears of Legend – Photo : Noémie Rocque

« J’étais de retour dans le sous-sol de mes parents après être parti en tournée avec mon groupe de Punk et j’ai décidé de m’acheter un instrument qui ne faisait pas l’unanimité de mes gars noirs, aux cheveux longs, qui crient », raconte Lavergne. C’est sur l’instrument en question, un ukulélé, qu’il commence à écrire des chansons plus personnelles, dans un style complètement différent. Désireux de les chanter accompagné d’une voix féminine, il propose alors à Jacynthe, l’accordéoniste du groupe, d’être cette voix. Elle déclinera et le réfèrera plutôt à une amie de qui il tombera amoureux. Afin de se libérer de cet amour inavoué, il lui composera une chanson en anglais, se disant naïvement qu’elle n’en comprendrait rien. Toutefois, il a appris sur le tard qu’elle avait étudié six ans dans une université anglophone. Le chanteur conclut son récit en soulignant que la musique est, pour eux, cette possibilité de chanter ce qu’on ne peut dire autrement, avant d’enchaîner She breaks me down.

Bien que le septuor soit constitué d’interprètes de grande qualité, les interactions entre les chansons restent leur connexion la plus authentique avec leur public. Bien qu’échangeant quelques regards complices, chacun performe timidement à sa place. Le vocaliste principal du groupe à, quant à lui, la fâcheuse tendance de fermer les yeux chaque fois qu’il chante, le coupant ainsi de son auditoire. Cela ne les aura toutefois pas empêché de partir dans une tournée internationale dont ils reviennent encore à peine.

Avec un programme généreux issu de leurs trois albums, le groupe s’est permis de prendre un entracte, encourageant les gens à faire un refill au bar et soulignant qu’ils sont eux-mêmes amateurs de bonnes bières. Ce goût pour les produits locaux est d’ailleurs à l’origine d’une Gose en collaboration avec la microbrasserie À la Fût, la Beer of Legend.

Bears of Legend – Photo : Noémie Rocque

Dans sa globalité, la performance de Bears of Legend était assez fidèle à leur version studio. Cependant, sur scène, on pouvait davantage sentir la présence du banjo et de l’accordéon que sur l’enregistrement de A Million Lives. Dans ce dernier album, paru en 2018, ces deux instruments soutiennent surtout la trame musicale, restant majoritairement en arrière-plan. David Lavergne expliquera d’ailleurs, en deuxième partie, que leur processus créatif a changé. Il compare leur précédente façon de faire à une grande casserole dans laquelle tous ajoutaient des ingrédients. Maintenant, chacun amène son plat préparé qu’ils raffinent ensemble. « C’est ça que j’ai le goût de manger ces temps-ci », ajoute-t-il. Ce virage se résulte en un produit offrant des pièces plus lichées, axées davantage sur une pop confortable, faisant malheureusement perdre à l’ours de son côté sauvage.

Malgré leur changement de sonorité, il en demeure que le groupe de Trois-Rivières propose une musique aux harmonies riches, naviguant dans une variation de tons et de tierces. De surcroît, l’acoustique de La Chapelle, surprenante de par sa petite taille, a permis aux spectateurs de profiter pleinement de la représentation. Ces derniers, notamment ceux restés assis jusque-là, ont saisi l’occasion de témoigné leur appréciation en se levant sans trop d’effort sur la pièce Stand Up. Dans tous les cas, espérons que les membres de Bears of Legend continueront encore longtemps de représenter le Québec sur la scène pop-folk internationale.

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