Dead Obies
DEAD.
(Bonsound)

Le jour J ou, devrais-je dire le jour D, est enfin arrivé pour le collectif rap montréalais Dead Obies. Depuis la parution de Gesamtkunstwerk en 2016, le groupe a multiplié les parutions simples tout en effectuant un virage à 180 degrés (et je ne parle pas de skateboard ici).

Évidemment, ils étaient six au départ mais ils ne sont plus que cinq maintenant.

«J’ai fais le tour du monde avec mes quatre jeunes premiers
J’suis incroyable comme promis» –20SOME

Le « Big Five », comme ils se surnomment dorénavant, amorce l’ère post-McCan. Outre le départ de Jean-François Ruel (le McCan en question) vers une carrière solo et télévisuelle, des projets connexes commencent à éclore. Je pense ici aux petits becs solitaires de Joe Rocca avec French Kiss. Bon, concentrons-nous sur le sujet de l’heure, l’album DEAD. Question de recherche pour un nom, les gars n’ont pas cherché de midi à 14 heures… Musicalement, si la nouvelle galette du « Five-O » s’éloigne de Gesamtkunstwerk, elle nous amène à des années lumières de Montréal $ud. La brutalité et l’attitude « punk » qu’on retrouvait sur le premier opus est totalement absente sur DEAD. Cependant, on ressent quelques similitudes avec Gesamtkunstwerk même si les beats électro, pop et même reggaeton de VNCE sont omniprésents. Des pièces comme Oh Boy! (première en liste), Royautés ou encore C’est Bon sont de véritables suites logiques à « l’oeuvre totale » précédente. L’abondance d’instrus influencés par le trap américain vient teinter l’expérience sonore. Oui, le trap est un courant intéressant à explorer pour des mc’s avec un lexique aussi éclaté que celui des gars de Dead Obies.

Par contre, l’enchaînement devient lourd et l’immersion se fait difficilement à travers la trame qui se ressemble énormément au coeur de l’album. Si la quête d’écoute intégrale a été complexe dans les deux dernières semaines, quelques pistes ont tout de même piqué ma curiosité. Personnellement, je suis surpris de l’angle proposé par VNCE sur High. Une mélodie électro-reggae avec une douce guitare acoustique ensoleillée, voilà qui est nouveau pour Dead O. J’attendais presque un verse de FouKi, quoique malgré les nombreuses apparitions de la jeune sensation et l’accord naturel de cette chanson, l’entourage des rappeurs n’est pas le même.

En deux teintes, DEAD, contenant à la fois de vrais pièces précieuses et adaptations réchauffées. Alors que les deux dernières 2gether et Girl sont de véritables hymnes R&B-soul sentimentales, André et F1 sont incompréhensibles. Le propos est assez simple, détrompez-vous. André, un des singles d’origine, est une distorsion constante de deux minutes où les gars crachent tous dans un micro beurré d’autotune à la Travis Scott. Sinon, F1, quant à elle, reprend les sujets amplement exploités de la popularité, du succès financier sous une sorte d’hommage à Jacques Villeneuve. Encore là, j’imagine que ces dernières sauront satisfaire un certain public. Par ailleurs, si le départ de Yes McCan laisse un vide derrière lui, 20SOME a pris du galon en son absence. Considéré comme le plus technique des MC’s du quintette, je crois qu’il sera « enfin » sous les projecteurs.

Dessiner un beau grand portrait de ce microsillon est une tâche plutôt ardue, croyez-moi. La ligne directrice est aussi difficile à trouver que le secret de la Caramilk! Vous me direz qu’il n’y a pas vraiment de secret mais bon, vous comprenez mon point. Qu’il n’y ait pas de corrélation entre les morceaux, ce n’est pas important si l’ensemble respecte un thème ou un propos divulgué. Même si DEAD. renferme quelques trésors, il me déçoit avec quelques cadeaux empoisonnés. Je crie souvent à la déception lorsque la pièce que je considère plus puissante que les autres est un extrait paru avant la sortie de l’album. Dans le cas présent, ma pièce fétiche est clairement Run Away. Alors qu’on parlait d’exception ou de rareté dans le cas de High, la recette singulière de la deuxième piste est succulente. Naviguant trop souvent sur une mer complètement folle, j’ai l’impression que les gars reviennent à la terre ferme et garochent des galets sur le bord de la rivière. Oui, l’excellent vidéo y est peut-être pour quelque chose. Les verses très personnels, presque moralisateurs et le refrain accrocheur d’Ogee sont combinés avec brio.

Pour un souper avec DEAD., prévoyez une entrée légère, un plat de résistance fade et bourratif surplombé d’un dessert délectable.

Le style d’expérience musicale nécessitant une longue digestion mais qu’on apprécie malgré tout.

 

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