Lorsque la rue s’exclame, on l’écoute.
Lorsque les scènes street rap montréalaises et québécoises s’unissent, on obtient une soirée explosive.

Les signaux d’alarme retentissent à Méduse, lieu de rassemblement pour ce lancement d’un pilier du rap jeu, Souldia. Répondent à l’appel les plus grands acteurs de cette scène hip-hop en passant des T-Mo (Taktika) jusqu’à Sans Pression. Si on avait à donner un thème à cette soirée, ce serait la fraternité. Résumé en mots et photos d’une véritable réunion de famille où les amateurs du gangsta rap en ont eu pour leurs billets verts.

Si la majorité des fanatiques sur place attendent impatiemment l’arrivée de notre limoulois Kevin St-Laurent, la sous-carte est des plus divertissantes. À notre arrivée, les premiers en lice sont Ty-Q et Wesbroom. Sobrement, le tandem y va de quelques envolées, pièces principalement issues de la discographie de Wes. Ils terminent à travers la foule en scandant « They used to say that shit is dope ».

Animateur ascendant rappeur, Ross assure l’intérim entre les prestations de la soirée. Si vous le croisez, appelez-le Jimmy Briand ou Jimmy Rozay, je pense qu’il va tripper. Bref, les suivants, Dawa Mafia, réchauffent les planches au sens propre. Non, leur matériel n’est pas le plus flamboyant en ville, mais le cartel est tellement nombreux sur scène qu’on en est presque étourdi. Musicalement potables, les gars tireraient profit à cracher plus de verses que de stories Instagram sur scène.

Photo : Léa-Ly Roussel

Quand je parlais plus tôt de l’entourage du street rap montréalais, je faisais référence à un des joueurs vedettes en ce moment, Izzy-S. Le jeune baraqué du quartier Saint-Michel est mandaté pour ouvrir les hostilités avant la tête d’affiche. L’authentique MC aux textes crus mélange rap queb et trap américain sous un lexique très européen. Respect à ce jeune prometteur qui, mine de rien, se bâtit un « empire » dans un milieu difficile. Cet empire est d’ailleurs un titre accrocheur très représentatif.

À la maison, entre chums et à quelques rues de son Limoilou natal, Souldia débarque à Méduse avec le sourire aux lèvres. Décidément touché de jouer chez lui, le soldat coloré est accompagné de son acolyte de toujours, Farfadet. En plus de s’occuper des platines, le beatmaker/MC enfile plusieurs back vocals tout au long de la perfo. Avec la parution de son opus « Survivant », le percutant rappeur de 33 piges démontre toute la vitalité de son rap brutal. Crus, violents et souvent déconseillés à un jeune public, les textes de sa dernière réalisation sont plus souvent qu’autrement accompagnés de productions musicales aux tendances pop. Je vous entends déjà dire « Okay, mais Gab, qu’est-ce que ça donne en live? ». Un franc succès, à mon humble avis, surtout qu’on n’entend quasiment pas de playback derrière sa voix. L’album n’a même pas un mois d’existence que les fans présents connaissent presque l’entièreté des paroles sur Devil en l’air ou WD40. Rassembleur, Souldia invite par la suite Marième et Izzy-S pour l’interprétation intégrale de Sablier.

Photo : Léa-Ly Roussel

La complicité entre Souldia est ses collaborateurs génèrent des sourires instantanés. Kevin St-Laurent et Souldia ne font qu’un, un gars inspirant d’une admirable générosité. Tout au long de la performance, on ressent cette reconnaissance qui l’habite, notamment sur Chacun sa manière invitant sur scène son comparse Fou Furieux.

Quand je mentionne que toute la famille est sur place, elle l’est réellement. En guise de messe-anniversaire pour leurs anciens potes Infrak, plusieurs figures marquantes du milieu comme El Nino (Sozy) et Shoddy grimpent sur scène pour épauler Souldia.

Photo : Léa-Ly Roussel

Question de combler son public suite à une soirée déjà riche en émotions, le père fier en lui interprète Une lettre pour Milan, tirée de son album précédent. Une alternance appréciée de tous entre sa dernière galette et l’avant-dernière, « Ad vitam aeternam ». Le mordu de rap en moi est ravi de voir une salle comble devant un porte-étendard aussi important que Souldia pour cette scène urbaine. Je lève mon chapeau aux artistes authentiques comme Souldia qui, au lieu de s’apitoyer sur leur sort, vont de l’avant et brisent les barrières. Bon, les textes d’opinion, ce sera pour une autre fois… entre-temps, Souldia fera son lancement montréalais ce samedi 24 novembre au Club Soda.

 

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