The Seasons – « Midnight, Let’s Get a Hot-Dog »

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En début de semaine, la scène musicale a été prise par surprise quand la formation The Seasons a annoncé la sortie de son deuxième album intitulé Midnight, Let’s Get a Hot-Dog.  On savait que les frères Chiasson (Julien et Hubert), Samuel Renaud et Rémy Bélanger avaient des tounes en banque, on savait qu’ils attendaient certains trucs avant d’enregistrer leur deuxième album, mais bien sincèrement, quand on a vu Hubert sortir Darlène en solo (avec le succès démesuré qui a suivi), puis quand on a vu les autres membres du groupe gagner les Apéros FEQ avec Forest Boys, on se disait que notre chien était mort, même si les membres du groupe profitaient de chacune des occasions pour nous rassurer du contraire.

Eh ben voilà, on a la galette entre nos mains.

Et l’attente en a valu la peine!

Cet album réalisé par feu Richard Swift et enregistré sur la côte Ouest des z’États nous présente d’autres facettes des Seasons. On les savait très fans des Beatles et de la britpop, sur Midnight…, c’est plutôt le côté sale des Rolling Stones qui ressort. Avec une GROSSE touche de Beach Boys. Et beaucoup de glam-rock à la Queen. Et un reste de Beatles, bien sûr.

En fait, Midnight…, c’est le chaînon manquant entre Pulp, le projet solo d’Hubert et la funk déjantée de Forest Boys.

Sur cette galette de dix chansons, The Seasons nous propose dix facettes différentes du groupe. Dix façons de nous faire tripper, de mélanger leurs voix et leurs instruments et de nous faire voyager des pubs miteux de Manchester aux plages bondées de Californie avec l’aide d’un Richard Swift (The Shins, The Black Keys) qui a permis au groupe de repousser ses limites et d’aller au-delà de la gang de post-ados tout cutes qu’ils étaient sur Pulp.

Ça commence en beauté avec American Way to Dream et ses pets de guitare bien distorsionnée et les fantaisies vocales des frères Chiasson, toujours aussi magiques. Malgré son rythme langoureux, il y a tellement d’énergie dans cette chanson qu’on sent notre tête se mettre à se balancer comme un hochet. Animal Sounds suit. On se croirait sur un vieil album des Stones. Les guitares sont bluesées à souhait, le piano ajoute trois quatre couches de soul pendant qu’aux voix, Julien et Hubert se prennent pour Mick, Keith et Nanette en même temps.

Shout, shout, shout my name!

Même pas deux tounes de finies qu’on a déjà souvent envie de réécouter la même chanson deux ou trois fois. Ça va être long!

Le trip Stones continue avec Junk, un autre rock langoureux qui donne le goût d’aller manger un hot-dog à l’Épicerie économique après une folle virée dans les bars du centre-ville. Hubert y sort son plus beau falsetto tout s’exclamant à toutes les quatre mesures. C’est groovy à souhait, c’est chaud sans bon sens, c’est sexy comme un paquet bien moulé dans une paire de skinnys (c’est quand même ça qui permet de chanter aussi haut, non?).

Changement de beat, changement de sonorités pour la suite : par exemple, Hosting Nightsemble le résultat d’un croisement entre Brian Wilson et Freddie Mercury. On frissonne en entendant la ligne mélodique qui respire à la fois la tendresse et l’intensité. Glorify, quant à elle, est un joli rock and roll sur lequel on a envie de se déhancher en même temps que les harmonies vocales déjantées des deux frères. Pendant ce temps, même si on parle peu d’eux, Samuel et Rémy sont d’une efficacité redoutable.

On sort le ukelele sur Tangerine, une chanson dans laquelle j’ai un peu moins embarqué mais qui m’a l’air d’un petit grower, d’une chanson qu’on aime davantage au fil des écoutes. Un petit country tranquille et sympathique qui donne le sourire.

Knives est de ces chansons pop parfaites pour les listes de lecture de voyage. Ça s’écoute la vitre baissée, le bras dehors. Ou en courant sur le bord de la Tamise, de la Saint-Charles ou du Lac des castors. Une mélodie plus que lumineuse qui nous fait sourire avant de danser une fois de plus sur Family Tree, un autre rock and roll sympathique où les harmonies vocales se font presque enterrer par la basse de Samuel, qui brille ici par son énergie contagieuse.

J’aimerais savoir quand a été écrite LIFE, qui a l’air d’avoir été inspirée par un certain Hubert… Lenoir (c’est la première et la dernière fois qu’on prononce ce nom aujourd’hui, promis). Une chanson pleine de synthétiseurs et de rythmes antillais qui détonne énormément du reste de l’ensemble (quoique celui-ci est tellement hétérogène que LIFE s’insère sans heurts). Ici, Hubert chante… en français… des paroles qui font beaucoup sourire. On l’imagine chanter que le blues-rock ça se passe au Pub Limoilou en regardant le Pacifique devant lui, on sourit. On l’entend dire qu’il aimerait embrasser toutes les filles qu’il rencontre, aller prendre le thé pis les présenter à sa blonde. Une chanson complètement folle qui nous rappelle bien involontairement certains beaux moments de Darlène (sur lequel elle n’aurait absolument pas fitté).

Pis ça se termine avec une Helpless Aren’t We et son refrain imparable qui semble tout droit tirée d’un Lennon-McCartney 1965-1966. Une magnifique pièce, tout en douceur, qu’on aimerait chanter en choeur en rappel avec Hubert, Julien, Samuel et Rémy tout en tapant dans nos mains. Une conclusion d’album fort à point pour un groupe qui s’est fait connaître par ses mélodies beatlesques irrésistibles.

Faque Midnight, Let’s Get a Hot-Dog? J’en suis rendu à 900 mots dans ma critique. Pensez-vous que j’ai aimé? Ces quatre gars-là sont encore fichtrement jeunes et le talent leur sort par les oreilles. Oui, Richard Swift les a bien guidés ici, on sent son travail (une de ses dernières collaborations en carrière), mais l’exécution, elle, vient de ce petit groupe de Québec qui est déjà trop fort pour la ligue.

C’est un album qui va musicalement dans plusieurs direction, certes, mais qui maintient, tout au fil des 10 chansons, une grande cohérence. C’est comme si on était sur une route panoramique et qu’on nous indiquait où se trouvaient les merveilles qu’on peut voir sur cette route. Y’a la mer, la montagne, les chutes, la neige, le sable… vous voyez le topo. Au lieu d’avoir un gros souvenir de notre écoute, on en a dix plus petits. Mais on va s’en rappeler quand même comme d’UN voyage. Un maudit beau voyage. Qu’on va répéter souvent.

À écouter sans retenue.

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