Ariane – Photo : Mélodie Spear

Un « poussez fort » écrit à l’encre est le message qui nous accueille à la porte extérieure de la librairie Saint-Jean-Baptiste. En effet, ça prend un peu des épaules dignes de la GRC pour arriver à y entrer, mais une fois à l’intérieur, plus question d’utiliser nos gros bras; c’est à nos oreilles de s’ouvrir et à nos cœurs de se laisser emporter par la vague folk qui s’apprête à nous submerger.

Le show commence avec Ariane accompagnée par le guitariste Jean-François Lemieux. Immédiatement, elle semble appartenir au décor qui l’entoure. Assise sur un banc, les motifs de sa blouse fleurie se marient à la couverture des bouquins qui se tiennent derrière elle. La couverture du livre Écrire sur la peinture attire mon regard. Plus tard, je me ferai la réflexion que chacune de ces chansons aurait tout aussi bien pu paraître dans ce manuscrit; oui, car elle écrit avec la délicatesse des grands peintres. Elle s’approche du micro et le silence se fait dans la salle.

Ariane – Photo : Mélodie Spear

Comme un coup de pinceau, un premier tracé, Ariane chante puis entame le refrain « […] pour pardonner le bruit de mes silences j’écoute ton absence […] ». La pièce se nomme Bruit et ce titre introduit le thème principal abordé dans ces chansons. Effectivement, avec adresse, au fil de ses pièces on découvre en Ariane une grande capacité à transformer les bruits de la vie en musique. Elle identifie les crissements de craies qui accaparent nos cerveaux, les bourdonnements de pensées dérangeantes et les « scouik scouik » de styromousse qui crispe les mâchoires afin d’en faire de magnifiques mélopées. Non, elle ne fait pas de l’expérimentale armée de fourchettes et d’assiettes de porcelaine. Au contraire, sa voix et ses doigts qui dansent sur la guitare figurent comme les plus agréables des sons. C’est plutôt qu’au fil de ces textes elle dévoile une plume lucide qui aborde avec poésie et délicatesse ses impressions et introspections. On lui trouve également des phrases coup de poing révélant sa maîtrise des mots. Par exemple « qu’est-ce qui est beau, c’est sûrement pas vrai » que l’on retrouve dans Forte est une phrase qui témoigne à la fois de sa compréhension de la rythmique langagière ainsi que de sa capacité à résumer un sentiment puissant avec concision. Vraiment toute qu’une auteure-compositrice cette Ariane.

Ariane – Photo : Mélodie Spear

Ce spectacle a aussi été le baptême de sa chanson Éclats qu’elle a terminé il y a à peine deux semaines. My my! Quelle toune! Le brillant jeu narratif entre le toi et le moi, arrive à mettre le doigt sur un inconfort universel et profondément humain : « Laisse-moi ramasser mes éclats de colère, si je cri après toi je cri après le miroir ».   Enfin, elle ne possède pas que des dons d’écriture cette Ariane ; elle est aussi une incroyable musicienne qui sait composer de brillantes mélodies aux sonorités pop soul et folk. Sa chanson anglophone Where did you go démontre justement son potentiel d’écrire un ‘’hit’’ – et son petit, petit, côté hip-hop ! Tant de belles chansons, tant d’éloges à faire … Balançoire, Adèle et les Corridors sont toutes des pièces qui méritent que je continue sur ma lancée mais je dois vous laisser l’occasion de lui formuler quelques compliments par vous-même. Après avoir échangé quelques regards complices avec son guitariste, et des rires avec l’auditoire, elle clôt sa prestation avec Ce qu’il reste, une conclusion pop et positive sur ce fameux bruit de la vie « c’est un refrain qu’on chante et qu’on oublie quand la vie est trop bruyante ».

Georgian Bay – Photo : Mélodie Spear

La folkattitute atteint son comble lorsque vient le temps aux deux membres du groupe torontois Georgian Bay de s’approprier la scène. Joelle Westman et Kelly Lefaire nous présentent des extraits de leur album Moon, le deuxième album compris dans leur projet « Courage » – le premier étant l’album Soleil. Le titre de Moon est tout spécial approprié puisque aussitôt que résonnent les premières notes de leur pièce Coeur Fragile, l’ambiance semble s’obscurcir.

Georgian Bay – Photo : Mélodie Spear

À mesure que les notes s’échappent du violon de Kelly et de la guitare de Joëlle, il semblerait que la nuit se fait plus dense dans la petite librairie. « Solitaire, je me promène fragile […] » ,entame la voix douce de la violoniste. Aussitôt, une réponse dans la langue de Shakespeare se fait entendre de la part de la guitariste. En effet, Georgian Bay est un projet bilingue. Ainsi tout le long du spectacle, on aura droit à des échanges entre les deux langues créant un diptyque poétique à l’image du bilinguisme canadien.

Georgian Bay – Photo : Mélodie Spear

La chanson suivante se nomme Stardust et capture immédiatement l’attention de l’auditoire grâce à son rythme lourd et pesant. Les voix s’élèvent, semblables à des sirènes, et tous se retrouvent hypnotisés par les harmonies qui s’en échappent; c’est à peine si entre le grincement du violon et leurs envolées mélodiques, on demande le droit de respirer. Les brumes avaloniennes persistent pendant les pièces Storm, Tout c’que j’ai et Mirror avant d’atteindre leur apogée avec la pièce Willow. C’est dépouillées de leur micro et hors de la scène ainsi qu’en troquant le violon pour une mandoline que les deux musiciennes se livrent en toute communion avec le public. La soirée s’achève avec leur chanson Roi provenant de leur album Soleil. « C’est une chanson d’empowerment » , dit Joëlle, une détermination nouvelle brillant dans ces yeux. Fini le brouillard lunaire, place à la clarté du soleil. C’est en a capella et en utilisant que leur mains afin de combler la section rythmique qu’elles annoncent en cœur « je ne suis pas une princesse, je suis un roi, je suis un roi ».