Safia Nolin
Dans le noir
(Bonsound)

Safia Nolin nous revient avec un deuxième album de compositions originales intitulé Dans le noir. Ceux qui connaissaient déjà le charme simple et la sincérité désarmante des pièces de Limoilou, paru en 2015, y découvriront avec plaisir des airs familiers.

Dès les premières notes de La neige, on retrouve en effet la guitare nue, dialoguant avec l’écho et le son des doigts qui glissent sur les cordes. On retrouve la solitude, la mélancolie et la beauté triste de la voix de Safia Nolin. Mais surprise, au détour d’un couplet, des effets déforment les voix et viennent soudainement tordre les douces mélodies. Le titre suivant, 1998, est enrubanné d’un son de feu crépitant, alors que la sublime pièce Sans titre débute avec ce qui semble être un collage de souvenirs de famille. Ces ajouts subtils n’enlèvent rien à la facture sinon minimaliste des pièces.

Au fil des chansons, on plonge peu à peu dans l’univers bleu de l’auteure-compositrice-interprète, où amour, corps, complexes et deuil (au sens large) sont entrelacés. Comme avec Limoilou, c’est un album de soir d’hiver. Or la musique, comme les paroles, y sont par moments bien plus sombres et acerbes que sur le premier opus de l’artiste. La poésie de Nolin se déploie aussi davantage; on sent qu’elle a pris du gallon de ce côté depuis 2015.
De la solitude et de la tristesse de Dans le noir jaillissent aussi parfois de douces lueurs. Les chemins constitue l’un de ces moments brillants. Quelques titres plus tard, Encore charme elle aussi, mais par une beauté de nouveau sombre, à la fois étrange et torturée, qui rappelle le charme oppressant de l’orage.

La menace s’apaise aussitôt qu’elle s’est montrée. La douceur reprend ses droits sur Je ne comprends pas, puis culmine sur Lesbian Break-up Song, titre chanté en duo avec La Force. Cette douceur, si caractéristique sur Dans le noir, fait pourtant planer sous elle l’appréhension d’éclats plus sombres. Le coup de tonnerre retentit finalement sur France, avant que l’album se termine, presque imperceptiblement, avec Le néant.

Pris dans son ensemble, Dans le noir est un album tout en subtilité. Il est empreint d’un charme qui pourrait facilement passer inaperçu, avalé par la frénésie du quotidien. Mais lorsqu’on prend le temps de s’y attarder, on y découvre une beauté délicate et fascinante. S’il ressemble sur plusieurs points à son prédécesseur, ce nouvel album se démarque par sa maturité. Safia Nolin y parle directement à nos sentiments et nous fait plonger encore plus avant dans sa douce mélancolie.

 

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