Après deux éditions réussies, on peut dire que Saint-Roch Expérience (devenu St-Roch XP) est maintenant bien ancré dans le paysage du centre-ville de Québec. Le festival boutique qui allie musique, arts, bouffe et bonne bière était de retour pour une troisième édition cette année et les organisateurs (dont 3 E, la petite soeur du Festival d’été) en ont profité pour apporter quelques ajustements : agrandir le site, trouver de nouveaux lieux pour les prestations et étendre les vitrines sur deux jours.

Nous y avons passé toute la fin de semaine. On vous avoue avoir manqué un peu de temps pour tout voir, tout entendre, tout goûter, tout boire (quoique là, notre foie ne nous aurait pas aimé). L’offre était tout simplement plus qu’abondante et variée. Mais la petite gang d’ecoutedonc.ca a passé une maudite belle fin de semaine. Voici quelques-uns de nos coups de coeur :

 

14 septembre

Fuudge – Photo : Léa-Ly Roussel

Fuudge

Par Jacques Boivin

Les quatre poilus de Fuudge, David Bujold en tête, étaient de retour dans la vieille capitale après un passage remarqué au FEQ cet été. Et comme chaque fois qu’on les voit, on en prend plein la gueule. Du gros stoner grunge psychédélique (comme qu’y disent) plein de fuzz, de reverb qui traverse l’épiderme pour se rendre direct dans les tripes. Fallait voir le monde, assis sagement devant les musiciens, faire du gros headbanging synchronisé sur le beat imposé par Olivier Laroche (batterie) et Pierre Alexandre (basse) pendant que Vincent LaBoissonnière s’amusait ferme sur ses claviers (moins un, faute d’espace) et Bujold nous balançait ses riffs en pleine face. Quel que soit le lieu visité, Fuudge était juste assez sucré. De quoi satisfaire avant l’arrivée imminente du prochain EP.

 

Renard Blanc – Photo : Frédérique Blais-Pouliot

Renard Blanc

Par Julie Bourassa

Le trio de Saint-Hyacinthe, bien installé à l’arrière de la boutique ExoShop, a livré sa musique rock planante et lancinante avec beaucoup de conviction. Vincent, chanteur de la formation, a une voix tout aussi planante qui peut monter haut dans les aiguës, mais aussi tout simplement gueuler sa vie. Malheureusement, la musique étant très forte, celle-ci enterre trop souvent les textes des chansons. Je me suis même demandé si les pièces étaient en français ou en anglais. Sur l’une des dernières offrandes  du groupe, l’ajout de la basse, livrée par Julien, habituellement au clavier, apportait une sonorité fort intéressante et davantage dans mes cordes. Une belle preuve de la versatilité du groupe qui saura continuer d’offrir à ses fans de la musique diversifiée et originale.

 

Kandle – Photo : Léa-Ly Roussel

Kandle

Par Julie Bourassa

C’est confortablement assise dans un des fauteuils de cuir capitonné de La suite Tattoo Club que j’ai eu ma première rencontre avec la magnifique Kandle et sa musique folk country. Debout sur le comptoir du service à la clientèle, pendant que la dite clientèle se faisait marquer pour la vie, avec son look rappelant celui de Taylor Swift, Kandle Osborne a débuté sa prestation avec près de 20 minutes de retard dû a quelques problèmes techniques. C’est là une des beautés des concerts impromptus de St-Roch XP. L’attente valait la peine car la voix douce et feutrée de la chanteuse montréalaise d’adoption a vite fait de nous faire oublier cette attente. Parfois tremblotante, mais toujours assurée et puissante, sa voix offre juste la bonne dose de vulnérabilité et d’humanité pour venir capter notre attention et nous séduire. Mais les meilleurs moments selon moi étaient ceux ou sa voix et celle de son guitariste se mariaient à merveille dans de sublimes harmonies. Vraiment une fin d’après-midi comme je les aime.

 

Bernhari – Photo : Jacques Boivin

Bernhari

Par Daniel Houle

Il était 17 h. La voix aérienne de l’auteur-compositeur-interprète Bernhari filtrait à travers les quartiers généraux de Coyote Records comme une lumière douce de fin de journée. Vêtu tout de noir, ce pianiste accompli était venu livrer ses plus récentes chansons accompagné d’Aurore Juin (synthé et choeurs) et de Shawn Cotton (guitare et basse électrique).

Certaines chansons révélaient une influence de la pop française d’époque, tandis que d’autres comme sa chanson phare, Je pense à toi, rappelaient les plus beaux airs mélancoliques de Dean and Britta.

Malgré son nombre, cette petite formation pouvait aussi livrer un gros son, passant de chansons intimistes à des pièces beaucoup plus rythmées. Dans des chansons comme Kryuchkova et Sagard, la salle était saturée du son de la guitare électrique, avec des crescendos soutenus par l’homme-orchestre Bernhari qui se déchainait à la fois au piano à sa gauche et à la batterie à sa droite.

Bernhari est un artiste à suivre dans les années qui viennent.

 

Marie-Gold – Photo : Jacques Boivin

Marie Gold

Par Jacques Boivin

La rappeuse montréalaise Marie Gold est venue montrer son talent et transformer la maintenant célèbre rangée deux de L’Intermarché en zone indubitablement festive. La jeune femme a littéralement pris possession du peu d’espace qu’elle avait en rappant ses morceaux avec une fougue qui s’est propagée jusqu’au fond de la rangée, qui s’est même momentanément transformé en catwalk. Personne ne sera surpris d’apprendre que les guimauves ont revolé partout… on peut se compter chanceux, de l’autre côté, il y avait des boîtes de sardines! À revoir absolument.

 

Mon Doux Saigneur – Photo : Jacques Boivin

Mon Doux Saigneur

Par Daniel Houle

Au bout de la rangée 2 de l’Intermarché, leurs amplis Vox et Traynor juchés entre les gâteaux Dunkan Hines et les boîtes de Chef Boyardee, les membres de Mon Doux Saigneur ont entamé un petite blues décontracté pour réchauffer la machine. Constatant que tout fonctionnait, ils ont pesé sur le gaz d’une version country-folk de Patience, vacillant doucement entre la gauche et la droite, avant de pogner un ronronnement habile, comme un vieux truck de ferme fidèle.

L’aisance du groupe à se mettre en branle et à se suivre dans la mélodie déhanchée rappelait la confiance tranquille et la qualité des musiciens du groupe phare des années 1970, The Band, à qui, le chanteur Emerik St-Cyr Labbé me confierait plus tard, les musiciens du groupe vouent une grande admiration.

Le groupe a joué plusieurs pièces de son album homonyme, sorti il y a un an, dont Hook bleu et Île aux calvaires, ainsi que d’autres de leur premier album, dont Si j’ai les yeux rouges. S’accrochant aussi facilement à la guitare saturée qu’au lap steel, la voix traînante de Erik « old soul » St-Cyr Labbé nous conduisait à travers ses paysages de peine et de lumière. La foule, qui au début s’était entassée depuis les guimauves jusqu’au jus de tomates, s’était embarquée dans son vieux truck, et tous vibraient au son de ce vieux moteur d’amour.

 

Langston Francis – Photo : Frédérique Blais-Pouliot

Langston Francis

Par Julie Bourassa

Une bonne poignée de fans et de curieux, dont Louis Bellavance lui-même, s’étaient réunis dans le rayon des marinades et des soupes en canne de l’Intermarché pour entendre la prestation du jeune, très jeune, artiste torontois. Encore une fois il aura fallu être patient, mais la livraison des plus efficaces de Francis n’a pas déçu. Derrière son clavier ou avec sa guitare, accompagné de son acolyte à la console, avec une intensité et une vérité qui fait que l’on demeure captif du début à la fin, Francis a livré ses chansons d’amour sur fond de hip-hop et de soul de façon très convaincante. Malgré le lieu des plus inusités, incluant un client qui est venu chercher de la sauce à hot chicken en pleine prestation, la foule était allumée et attentive. Francis a même paru surpris lorsque tout le monde s’est mis à taper dans leurs mains à sa demande. Son sourire en disait long. Assurément une proposition musicale et artistique fort intéressante qu’il faudra suivre dans les prochaines années.

 

(on continue tout ça à la page 2)