Non, ceci n’est pas une mauvaise reprise de la section insipide du JdeM, c’est bien plus croustillant. Ce sont les cinq gars de Choses Sauvages qui répondent à nos questions, bien cachées dans quelques sacs de Doritos tout droit tirés des étalages de l’épicerie économique, où l’on s’est rencontrés le temps de partager de la malbouffe et des chips. On remercie d’ailleurs au passage Daniel, le propriétaire, pour l’accueil et les frites.

Choses Sauvages – Photo: Nicolas Padovani

Le groupe montréalais était de passage à Québec dans le cadre du Festival OFF de Québec, où il nous a encore fait danser comme jamais sur sa musique : un mélange explosif de groovy et de planant. Il nous a parlé sans distinctions de Doritos, de fantasmes, d’épées, d’émotions et de daddy issues. Au travers de tout ça, les musiciens nous racontaient surtout de leur prochain album, à paraître cet automne. C’était d’ailleurs le sujet de notre première question. Entrevue avec Félix Bélisle (voix, flûte), Tommy Bélisle (clavier), Marc-Antoine Barbier (guitare), Thierry Malépart (guitare, synthé) et Philippe Gauthier-Boudreau (batterie). Et on vous la sert pratiquement verbatim, à part de ça!

 

Le nouvel album (parlons-en, quand même)

PGB : Juste la création, ça s’est fait sur environ deux ans. On composait tous ensemble, on jammait des morceaux en pratique et après on les raboutait. […] Ça a été assez long vu qu’on essayait de trouver un consensus à cinq. Les paroles venaient toujours après. Félix en a écrit une bonne partie, mais sinon c’est aussi un travail commun. Après, il y a eu l’enregistrement – ça fait un an qu’on a enregistré. On a commencé à travailler avec Samuel Gemme, à Montréal, et avec notre réalisateur Emmanuel Ethier. L’enregistrement en soi a duré peut être un mois et demi, et après ça on a mixé… On a pris notre temps pour avoir un résultat qui nous satisfaisait […], qui correspondait vraiment à ce qu’on voulait. Et je pense qu’on est pas mal fier de présenter l’album qu’on va sortir.

TB : Notre petit bébé!

MAB : Tantôt, on parlait justement du mood de l’album… Quand on l’a fait, on s’imaginait une période de transition, comme la fin de la journée, au coucher de soleil. Après, ça basculait vers la nuit : la soirée, les bars, la fin de la nuit…
Donc il y a des pièces très smooth, RnB, mélancoliques, et puis il y en a qui sont plus disco, super upbeat, plus dansantes… Il y a quelques tounes très dark aussi, il y en a même une qui tire quasiment sur le punk! Ça passe dans différentes zones…

 

Vos fantasmes de groupe

Choses Sauvages (PGB, TM, FB) – Photo: Nicolas Padovani

PGB : Se sucer…
Oh non, oh non, vraiment pas! Ça ne me tenterait même pas.

[rires]

FB : Haha! « Se sucer », bonne réponse! Wow!

MF : Si vous voulez, c’est ça qu’on garde.

FB : Nonon, tu peux écrire qu’on l’a dit, mais que c’est pas vrai!

MF : D’accord.

FB : Mais je pense qu’un fantasme de band, ça serait clairement d’être [sponsorisé] par Doritos et Nike. Mais surtout Doritos.

[approbation des autres membres]

FB : Pas Lays, surtout pas les Ruffles non plus… C’est vraiment Doritos. Le reste des chips on s’en câlisse : elles sont rondes! Doritos c’est en triangle, c’est très Illuminati. Et nous, on sait ben des affaires que le monde ne sait pas, donc on trouve que c’est cohérent avec nous. Je pense aussi qu’un fantasme de band ce serait de faire un petit tour en Europe… [Sponsorisé] par Doritos.

MF : Avec la Bonne Nouvelle, de la bonne musique et des Doritos!

FB : Ouais, eh bien que ça marche, que la réponse européenne de l’album qui va sortir soit bonne, et qu’on puisse aller faire un tour là-bas. Et sinon, eh bien, on aimerait pouvoir se promener le plus possible avec cette musique-là et que les gens nous idolâtrent, t’sais. Que toutes les petites filles aient des posters de nous dans leur chambre… Comme ceux que t’achètes dans ton magasine Cool!, dans les pages du milieu.

Choses Sauvages (MAB, PGB, FB) – Photo: Nicolas Padovani

« Japanese Jazz », souvenirs d’outre-tombe

FB : Je pense que pour répondre à la question comme il faut, il faut dire qu’on ne joue plus ce EP-là en spectacle et qu’on ne le distribue plus parce qu’on trouve que ça fait partie d’une autre époque qui n’a pas rapport avec la direction dans laquelle on veut s’en aller. On a changé, surtout pour la langue : on ne chante plus en anglais, on chante en français à 100 %.

MF : Et la langue, c’est un choix que vous trouvez important?

FB : Il y a une certaine fierté, mais je pense que c’était surtout une question de choisir son équipe. Parce qu’on chantait dans les deux langues avant, et tu ne peux pas vraiment faire ça ici… Quand tu es un chanteur français établi et que tu veux sortir une chanson en anglais, pas de trouble. Mais c’est vraiment difficile de percer en chantant dans les deux langues. T’as un pied de chaque côté… Donc ça a été un choix qui s’est fait plutôt naturellement.

MAB : En plus, comme on le disait tantôt, on écrit la musique avant les paroles. Et on s’est rendu compte que de la musique comme ça en français, on n’en connaît pas tant que ça.

 

Question normcore de ton choix

Choses Sauvages (MAB) – Photo: Nicolas Padovani

MF : Tu peux choisir n’importe quelle question normale de ton choix, et y répondre.

MAB : Inspirations! Nos inspirations sont très variées parce qu’on écoute beaucoup de styles musique différents. On écoute de la musique électronique, du afrobeat, du funk, du disco, du jazz, du rock… Donc c’est un melting pot d’inspirations, et justement c’est un peu ça notre crédo. On va piger un peu partout, mais dès que ça sonne un petit peu trop disco, par exemple, on se dit : « ok, on devrait peut-être trouver une twist ». Et à force de faire ça, on a pris certains patterns de plusieurs styles, je dirais.
Plus précisément, Talking Heads a été une grosse influence pendant la création de l’album, pour la répétition et le groove, les guitares sèches… Ça et Nile Rodgers de CHIC, pour le disco. Après, dans le groove, il y avait beaucoup de D’Angelo aussi. Il y avait LCD Soundsystem pour la basse et puis le drum carré […]
Ensuite, c’est sûr que Jimmy Hunt aussi, avec son album « Maladie d’amour », ça a été quand même une grande inspiration. C’est Manu [Emmanuel Ethier] qui a mixé cet album-là, c’est pour ça qu’on l’a approché, entre autres.

(FB : C’est lui qui réalise notre album et qui l’a co-mixé avec Samuel Gemme…)

MAB : Quand on avait entendu cet album-là, on s’était dit : « ok, ça se passe »… Les tones de drum, de guit, tout est incroyable… Et la manière dont il chante en français : c’est un chanteur solo, mais ça ne sonne pas comme de la « chanson ». C’est vraiment une référence pour montrer comment on peut réussir à chanter en français sans tomber dans quelque chose de poétique ou folk. Parce que le français c’est ça, c’est tellement chargé!

Choses Sauvages (de gauche à droite, assis: MAB, PGB, TM, FB, TB) – Photo: Nicolas Padovani

Toé (tes histoires)

MF : Je vais expliquer la question, mais après tu peux y répondre comme tu veux

PGB : Ah j’en ai beaucoup, des histoires…

MF : En écoutant vos pièces, on remarque que vous parlez vraiment souvent à la deuxième personne du singulier… Il n’y a vraiment pas beaucoup de groupes que je connais qui font ça. Bien souvent c’est au « tu » et c’est l’histoire de quelqu’un d’autre, c’était bien souvent le cas aussi dans vos anciens maxis…

FB : Je pense que l’album qui s’en vient – même si c’est vrai qu’avec le single d’Ariane on parle à quelqu’un – il y a beaucoup de « je », il est plutôt personnel. Les paroles sont quand même assez dark. Ç’a été écrit par des gars qui passaient par des bouts un peu difficiles, et qui essayaient de mettre ces problèmes-là par écrit parce que ça fait des belles images, de belles paroles… Donc il y a beaucoup de « je », de « comment je me sens », de « comment je suis », etc.

MAB : Il y a quand même beaucoup de « tu » aussi, dans l’album!

Choses Sauvages (FB, TB) – Photo: Nicolas Padovani

FB : Il y a « tu » et « je » dans plusieurs des pièces, c’est vrai. En fait, celles que tu as écrites, Marc, sont plus au « tu », comme Cœur de pierre et Ariane. Et moi, en général, quand j’écrivais c’était plus « je »… Donc il y a deux vitesses, quand même.

TB : Mais c’est vrai qu’il y a un parallèle à faire, admettons, entre L’Épave trouée et Ariane, qu’on a sorties, et où l’on retrouve deux filles pour qui ça ne va pas. Au final, c’est un peu un reflet de ce qui s’est passé dans nos vies.

 

MF : D’ailleurs ce n’est pas la première fois, dans vos autres EP aussi ça arrivait souvent qu’il y ait des chansons qui s’adressent spécifiquement à des filles qui ne vont pas bien.

MAB : C’est quand même un thème récurrent!

FB : J’pense que les filles ne vont pas bien en général! Haha, non c’est pas vrai, je vais me faire lancer des pierres!

TB : C’ta cause de nous autres, là, qu’elles vont pas bien!

[rires]

MAB : Mais je pense que quand on parle au « tu », c’est aussi parce que c’est engageant pour les gens qui écoutent… Parfois, on parle de « tu », mais en fait on parle de « je ». Au bout du compte, c’est comme une manière un peu détournée de [parler de nous]…

TB : Par exemple, Ariane, ce n’est pas une personne qu’on connaît, qui existe ou quelque chose comme ça. C’est Marc qui a l’écrite [cette chanson-là], par rapport à un sentiment qu’il avait : dans une fin de soirée, quand tout le monde est parti et que t’as eu du fun, mais que tu te retrouves tout seul […].

Et vous me direz si c’est peut-être too much, mais t’sais, on n’est pas des gars – dans notre amitié – qui vont être deep et qui vont parler d’affaires de même. Souvent, quand on écrit des paroles ensemble, on finit par niaiser et dire de la marde… Donc je pense qu’il y a peut-être une espèce de bouclier qu’on se met, parce que c’est moins impliquant. En tout cas, personnellement, quand j’écris, j’ai plus de facilité à parler des choses qui m’entourent et des autres que de parler vraiment de moi.

MAB : C’est surtout vrai dans notre contexte, d’après moi. Dans une carrière solo, l’identité est assez claire. Dans un band, c’est une identité commune qui se développe.

PGB : Et nos paroles, ce sont des mots qui vont être dans la bouche de Félix, qui doit se les approprier pour chanter et faire comme si c’était son histoire.

TM : On n’avait jamais parlé de ça! On a-tu peur de parler de nos émotions, les boys?

TB : À soir, on braille, les gars!

FB : Ça va vraiment finir qu’on va se sucer en braillant…

[rires]

Choses Sauvages (FB, TB) – Photo: Nicolas Padovani

Parlons de vos Daddy issues

MF : Une autre chose que j’ai remarquée dans vos paroles, c’est qu’il y a vraiment beaucoup de références à des histoires de père absent…

TB : Ah ça c’est Félix, ça!

FB : Les chansons que j’ai écrites parlent souvent de famille, parce que lorsque j’étais ado c’était plus difficile de communiquer avec mes parents, et ça m’a fucké ben raide! Maintenant je le vis bien, c’est la vie. Par contre, quand j’étais ado ça ne marchait pas pantoute, surtout avec mon père.
C’est ça, j’avais envie d’en parler [dans les chansons] parce que quand tu écris en français, je pense que la meilleure façon d’être inspiré c’est d’écrire un peu la « vérité »… en tout cas pour moi… Après ça, tu essaies de l’imager et de trouver des twists, sans dire « hostie, quand j’t’ais jeune, mon père me faisait la chicane », t’sais…

TB : Ça serait bon par exemple!

FB : Non mais là, j’pas Boom Desjardins! Donc c’est ça, il y a ben des paroles à ce sujet-là, oui. Ça fait extrêmement du bien de l’écrire en tout cas – que je le chante ou pas. Et puis je n’en veux pas à mon père, on a une belle relation maintenant.
Je suis juste allé dans ce filon-là et je me suis dit « si la personne était plus fâchée que ça ou si c’était pire, comment est-ce qu’on pourrait rendre ça plus trash? ». Ça fait qu’il y a fallu que j’explique à mon père, en lui faisant écouter une chanson qui dit que j’irai cracher sur sa tombe, que c’était une image : « tu sais, c’est comme un groupe, c’est un projet ». Et il comprenait.

TB : Il t’a crissé une volée pour ça.

FB : OUAIS, il m’a tiré dans les pieds!

[rires]

 

Le pourquoi du comment : l’épée

PGB : On s’est dits : « Ok, on fait graver une épée, on la vend vraiment trop cher… On va la traîner dans nos spectacles et ça va être gossant, mais le jour où on va vendre une épée à 250 piastres, yeah, on sera rendus là! »

MAB : Le but c’était d’en acheter une autre avec ça et de financer comme ça notre prochain album.

FB : C’est vraiment une hostie de mauvaise idée, on va se le dire! Si on attend après vendre des épées pour se payer un album… Malgré tout, on en a d’autres qui s’en viennent!

MAB : Là on en a trois autres qu’on va faire graver!

MF : Moi qui croyais que c’était pour le gag, pour dire « on a des ÉP à vendre ».

 

Actualités Choses Sauvages 

Choses Sauvages sera de passage à Québec en septembre prochain. L’occasion parfaite de mettre la main sur votre épée promotionnelle. Tous les détails sont sur leur site web officiel.

Et en attendant, vous pouvez aussi savourer leur nouvel extrait, tout frais tiré du disque qu’on ne se peut déjà plus d’attendre!