C’est de la visite rare que nous offrait l’Anti, en ayant orchestré le passage de la tribu Yamantaka//Sonic Titan dans ses murs. Si ses origines immédiates sont entre Montréal et Toronto, ses origines lointaines sont pour la plupart diversement asiatiques, conférant à YTST une imagerie et des sonorités assez grandioses et variées, habituellement peu employées par les groupes aux sonorités métal. Flirtant avec des styles souvent diamétralement opposés à la base, cette musique que certains pourraient qualifier de post-metal expérimental avait de quoi réjouir les gens réunis sur place. Sa visite permettait que soit présentée la conclusion de sa trilogie musicale épique, mais la troupe avait également intérêt à se faire connaître avant son passage au FEQ 2018 et c’est maintenant chose faite. Mené par l’artiste multidisciplinaire Alaska B, s’occupant quant à elle tour à tour de la batterie et de la batterie électronique, des claviers et bidules électroniques en plus de vocaux, programmation et art visuel, le collectif Yamantaka // Sonic Titan décoiffe. Ils se décrivent eux-mêmes à la fois comme un collectif noh-wave/prog, une compagnie de théâtre noire et blanche (et parfois rouge), un culte psychédélique et une réunion de prophètes spéculatifs occupés à disséquer le funeste destin de l’humanité.

Tout ça sonne plutôt sombre, j’en conviens, mais la lumière pénètre quand même dans leur oeuvre, qui gagne à être découverte et qui est difficile à bien situer dans sa tête comme dans son coeur. Certains aspects pourraient faire sourciller, le mélange semble parfois alambiqué ou improbable, comme un ornithorynque, mais l’originalité dont ils font preuve la quasi-totalité du temps, malgré certains aspects qui pris isolément pourraient sembler bancals, ce qui justifie les efforts d’écoute nécessaires pour bien apprécier leur répertoire. Étant fan de la première heure et du premier album homonyme, j’ai eu de la difficulté à m’ajuster à leur évolution, Uzu, le second volet de leur trilogie m’ayant laissé perplexe un bon moment, un effet qui s’est reproduit lors de l’écoute du plus récent et ultime opus, Dirt, consacré quant à lui à offrir une trame sonore perdue dans le temps à un film japonais d’animation de 1987. Même si le premier disque reste à cette heure mon favori, je comprends un peu mieux où leur démarche emporte leur oeuvre. Le concert a naturellement aidé à donner un sens à ce revirement esthétique et sonore.

 

Le concert allait débuter alors qu’un bogue technique avec l’ampli du guitariste a forcé l’improvisation d’une première partie, le groupe ayant heureusement tous ses membres déjà réunis sur scène, en l’occurrence la surmentionnée batteuse Alaska B et son acolyte, le claviériste Brendan Swanson, pour une pièce d’électro tribal concentrée sur la batterie. Après cette brève mise en bouche, le groupe a amorcé sa performance avec une séquence de pièces du plus récent album, qui avait la part belle tout au long de ce concert. Malgré une assistance aussi restreinte que conquise, la troupe a livré une performance énergique et soutenue. Deux chanteuses placées à l’avant de la scène étaient pour beaucoup dans la présence scénique du groupe, une des deux s’occupant en plus d’un genre de crécelle et l’autre d’un grand tambour; leur présence était plutôt sobre somme toute sinon, malgré l’énergie déployée par la musique. Les pièces s’enchaînaient après de brefs applaudissements, pour finalement inclure presque tout le nouvel album. À mon souvenir, un morceau du second album Uzu a été interprété pour briser la séquence accordée exclusivement au plus récent, soit One, dont l’introduction met en vedette le chant de la totalité la tribu YTST. Le côté grandiose de leur son, présent sur les trois albums, était bien exploité tout au long du concert, qui était d’autant plus épique qu’il était quasiment privé, avec seulement deux fois plus de gens dans la salle que sur scène, incluant le staff et les proprios.

C’était donc un moment fort privilégié que nous ont conjointement offert YTST et l’Anti, qui devint encore plus stimulant pour moi et apparemment pour une bonne partie de l’assistance, lorsque les compositions du premier disque se sont glissées dans le set. A Star Over Pureland, une pièce emblématique pour le concept reliant la trilogie musicale, était un moment particulièrement fort du concert. Pour l’aspect visuel, je me serais attendu à un peu plus, mais la présence d’éclairage blancs programmés dans des séquences stroboscopiques agencées à la musique et placés à même le sol ont assuré une ambiance minimale mais bien contrôlée. Des projections auraient bien agrémenté le tout, l’univers visuel du groupe étant assez travaillé. Aussi, le set, un peu court, s’est terminé un peu abruptement, mais il est difficile de le reprocher au groupe qui n’avait pas beaucoup d’énergie en retour de celle investie. Somme toute, c’était un pari risqué mais artistiquement fort pertinent qui a été relevé mercredi dernier que celui d’oser accueillir un groupe qui n’attire à Québec qu’un public de niche. Gageons qu’une bonne partie de ceux qui les découvriront en ouverture de Jethro Tull regretteront d’avoir manqué l’occasion de les voir d’aussi près.

 

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