Thee Soreheads – Photo : Maxime Beaulieu

Delilah Bon et Thee Soreheads à L’Anti : Filles émeutières

6 octobre 2026

Jacques Boivin

Maxime Beaulieu

Le 16 septembre dernier (désolé du retard, les jeunes, le boss se laisse aller dans la procrastination), nous sommes allés faire un petit tour à L’Anti Bar & Spectacles pour une soirée très féminine, féministe, queer-friendly avec les Montréalais-es de Thee Soreheads et la Britannique Delilah Bon, dont la tournée canadienne s’arrêtait à Québec. Une soirée très colorée qui donnait le goût de kicker le patriarcat en plein là où ça fait mal.

Thee Soreheads

On est tombé amoureux foldingue du quatuor montréalais Thee Soreheads au Cabaret Festif, où il avait remporté le prix du public. Le groupe garage punk composé de Maria (voix), Ally (guitare), Hugh (basse) et seyjii (batterie) ne fait pas dans la dentelle et l’expression temps mort ne fait clairement pas partie de leur vocabulaire. Maria mène la barque comme elle seule sait le faire, utilisant chaque centimètre carré de la scène à sa disposition. Une véritable bête de scène qui sait mettre le feu aux poudres. Ally et Hugh, de leur côté, remplissent la salle avec leurs instruments. Et disons-le, pour du garage, ça sonne mauditement bien, avec des nuances qu’on trouve pas toujours dans la musique pas propre. À l’arrière, la nouvelle batteuse seyjii te drumme ça avec confiance et aisance. Malgré ses airs angéliques de petite jeunesse, ça paraît qu’elle tapoche sa batterie dans plusieurs bands depuis un bon bout.

Bon, vous comprendrez que cette excellente mécanique a donné un bon show. De la musique fâchée, pour reprendre leur expression, engagée, résolument féministe. Tout y passe, des fois avec insistance : le consentement, les suprémacistes blancs, le consentement (en espérant que le message passe cette fois), le harcèlement, l’objectification, le consentement (quand on vous dit que non, ça veut dire non, vous avez besoin de quoi de plus, là?), mettons que si j’étais un des deux douchebags qui faisaient des jokes plates au début du show dans la salle, moi aussi, je serais sorti assez vite, un peu mal à l’aise. Les autres spectatrices et spectateurs, de leur côté, avaient beaucoup de fun même si tout le monde faisait preuve d’une grande retenue! Y’a tellement d’énergie dans des pièces comme I’m Not Your Fucking Sex Doll et No Means No!

Thee Soreheads devrait sortir un clip en novembre (qu’ils ont financé avec leur bourse du Cabaret) et lancer un album en 2027. Pas besoin de vous dire qu’on va être prêt-es à les aider à passer le mot.

Delilah Bon

Saviez-vous que Delilah Bon, c’est le nom que Lauren Tate utilisait pour son personnage dans le jeu The Sims? Cette anecdote cute contraste pas mal avec la musique engagée de la Britannique de 29 ans, qui était de passage à Québec dans le cadre de sa tournée canadienne. En formule trio, la jeune artiste mélange hip-hop et metal pour nous inviter à ORGANIZE DEFY RESIST. Là aussi, on a droit à de la musique très fâchée : Delilah crache son venin sur la situation à Gaza, les droits des personnes trans (y’a d’ailleurs une belle banderole pour nous rappeler que les droits des personnes trans, ben… ce sont des droits humains), les inégalités et toutes ces sortes de choses. Le propos est loin d’être le fun, mais la musique, elle, donne le goût de lâcher son fou, ce que la foule (largement féminine, en passant) fait avec enthousiasme. Faut croire que Delilah a beaucoup de Bon Bons à Québec!

Comme Maria avec Thee Soreheads plus tôt, Delilah est une vraie bombe d’énergie, sautillant partout tout en balançant ses verses avec une assurance qui ferait peur à ben du monde insécure. Ses musicien-nes sont d’une efficacité redoutable, comme elle, et même moi, qui me sentais un peu comme un chien dans un jeu de quilles au début du set (le garage, pas de problème, mais là, j’étais vraiment pas dans mon univers), je me suis surpris à hocher rageusement de la tête, le poing en l’air.

Une bonne grosse heure (et plus) de musique cathartique plus tard, y compris la très bien nommée Dead Men Don’t Rape, on ressort de L’Anti le sourire aux lèvres, mais avec une envie urgente de foutre le feu à ce monde vraiment pas jojo qui nous entoure.

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