BleuBleu 2022 : Musique sur la plage et guédilles aux crevettes

Le Ren – Photo : Sébastien Ouellet

C’est aux petites heures du matin du lundi 27 juin 2022 que s’est terminé le festival gaspésien BleuBleu.

D’ailleurs, personne ne m’avait averti que le soleil du Nouveau-Brunswick se lève à 3h30 du matin à Carleton-sur-mer. Cette ville de plus de 4000 habitants se trouve un peu trop près de la province voisine, ce qui a dupé mon cellulaire toute la fin de semaine, qui était à cheval entre deux fuseaux horaires lorsque je m’approchais un peu trop près de la mer.

Le festival, à l’image des gaspésiens qui l’hébergent, a été très accueillant envers nous. Aussitôt arrivé, je me fais remettre les clefs de notre logis. Quelques maisons de couleurs parsèment la 132 au centre de la ville. Elles sont gérées par l’organisme l’Auberg’Inn et ont été mises à notre disposition pour la durée du festival.

Je loge dans la Maison Grise, à un jet de pierre du Dixie Lee de Carleton-sur-mer et du sushi bar Umi Yama, un restaurant branché où auront lieux les after-party Shift Radio. Une commodité qui va m’inciter encore plus à ne pas respecter mes limites de quarantenaire un peu trop sur le party en terrain gaspésien.

La Saint-Jean-Baptiste sur la plage

Les feux de plage sont assez commun à Carleton-sur-mer. Il s’agit d’une tradition indémodable et le soir de la St-Jean n’y échappe pas

Nous arrivons à temps à la plage du Parc des Horizons pour le spectacle de la St-Jean. Ce parc porte bien son nom en nous offrant en spectacle une mer à perte de vue balayée par quelques esquisses de montagnes se perdant dans l’horizon. Devant nous se dresse un chapiteau plutôt modeste sous lequel performe Pierre Kwenders.

Pierre Kwenders – Photo : Sébastien Ouellet

José Louis Modabi, né à Kinshasa en République Démocratique du Congo et résidant actuellement à Montréal, se produit devant une foule dispersée, mais attentive. Sa prestation est beaucoup plus sobre et personnelle que ce à quoi il nous a habitués. Son dernier album, « José Louis and the paradox of love », est un tour de force en soit. Kwenders y aborde des thèmes plus personnels sur une trame électro minimaliste. Le chanteur habite tant bien que mal le chapiteau qui commence à se remplir. On se demande si le pari était bon de mettre Pierre Kwenders avant Gros Mené dans cette formule plus épurée, alors qu’on comprend que les prestations de son album précédent était plus lourdes et éclatées.

Gros Mené – Photo : Sébastien Ouellet

La foule est à son comble à l’arrivée sur scène de Gros Mené. On peut voir quelques casques coupe-son dans la foule, les gens savent un peu ce qui les attendent. Les boys du Lac Saint-Jean nous ont fait languir depuis la sortie de leur album « Agnus Dei » en 2012. Et hop! 2022, l’année de la fin du monde et d’un nouvel album du groupe post-grunge : « Pax et bonum » nous retrouve là ou le groupe nous avait laissés avant de se lancer dans l’aventure Galaxie. Nous avons droit à un gros jam fuzzé des vétérans du rock, alors que des drapeaux québécois s’agitent frénétiquement dans la foule. Un jeu de lumière simple, mais efficace parcourt la toile du chapiteau. Des parents entrainent leurs enfants avec eux dans les griffes d’une foule chargée à bloc.

Gros Mené – Photo : Sébastien Ouellet

Un catamaran nommé désir

DJ Maxime Genois et Ilyaa Ghafouri – Photo : Sébastien Ouellet

Une invitation nous est lancée telle une bouteille à la mer. Quand : 14h. ? À la plage du Parc des Horizons. Quoi? Un DJ set sur un catamaran. Je ne comprends pas trop le concept, mais je retourne sur cette plage à 25 minutes de marche de mon hébergement. Au Festival BleuBleu, il ne faut pas avoir peur de marcher. Les lieux de diffusions sont dispersés aux quatre coins de la ville, ce qui nous permet de jouer aux touristes malgré nous. Quoi? Il y a un service de navette pour nous transporter de spectacles en spectacles vous dites? Pffft, mes crocs n’ont pas peur de se salir.

De l’afrobeat résonne sur la plage, provenant d’un catamaran ancré au large, bordé par des lames de mer virulentes. Une centaine de personnes est venu se prélasser au soleil au son du DJ set. On me dit qu’aujourd’hui est la journée la plus chaude de l’été à Carleton avec un glorieux 25 degrés celsius. Je rigole en pensant à mes ami-es de Québec et Montréal qui sont aux prises avec un ressenti de 40 degrés.

Des petits bateaux vont rejoindre le catamaran pour assaillir le DJ set, d’autres humains y vont à la nage. Une piste de danse se forme dans l’eau et les gens dansent en nageant. Parfois on se demande s’ils nous font signe de venir les aider ou s’il s’agit plutôt d’une dernière danse nautique à la mode.

Un repos bien mérité après s’être senti comme un pain blanc en train de se faire griller dans un four à pain à high pendant tout l’après-midi, on se dirige vers le Quai de Carleton-sur-mer pour accueillir l’enfant terrible de Québec, Hubert Lenoir.

Hubert Lenoir – Photo : Sébastien Ouellet

Le groupe est parti de Laval à 1h du matin le jour même et doit être à Carleton à 15h pour l’accueil et les tests de son. Hubert confie à la foule qu’ils ont beaucoup réfléchis à savoir si c’était une bonne idée de faire le spectacle avec un délai si court et une distance si longue.

"On nous a dit: Les gars, vous DEVEZ faire un show à Carleton-sur-mer, c'est malade là-bas! Alors, on est là!" - Hubert Lenoir

La foule explose. Les décibels repoussent la froideur des nuits gaspésiennes. Le show commence avec une version quasiment métal de Dimanche soir. Hubert ordonne à la foule d’adolescent-es survolté-es devant lui de faire un moshpit pendant la chanson, ce qui échoue lamentablement.

OK Carleton, vous ne savez pas comment faire un moshpit! Les gens doivent se fracasser! - Hubert Lenoir

Heureusement (et malheureusement pour certains), certains fans vont réussir à partir un moshpit plus tard dans le show.

Le groupe nous offre des versions boostés aux stéroïdes des chansons de son dernier album, « PICTURA DE IPSE : Musique directe ». On peut y entendre une version musak un peu ska de Octembre, la version métal de Dimanche soir, une version barbershop d’une autre chanson, etc. La troupe est frénétique, mais on peut quand même sentir leur fatigue. À un certain moment, le show manque de rythme, se perd dans un chaos de performances plus ou moins en harmonie pendant un gros jam qui durera autour de 15 minutes. Le saxophoniste fume des clopes quand il n’est pas en train de souffler dans son instrument.

Hubert Lenoir – Photo : Sébastien Ouellet

Hubert et ses acolytes reviennent en forme à partir de la deuxième partie du show, enfilant hits après hits jusqu’à la mythique Fille de personne II. Ils font chanter au soundman une toune de Blink 182 traduite en français. Hubert s’adresse à la foule comme s’il s’adressait à toi un peu trop tipsy dans un party. Il se doit de nous surprendre, il ne met pas son clignotant avant de tourner. Il y va d’interventions qui semble décousues, chambranlantes. Il nous déstabilise pour ensuite nous ramener avec force vers son répertoire déconstruit et reconstruit avec frénésie dans une ride de char entre Laval et Carleton-sur-mer.

Si le paradis existe, les p’tits anges doivent venir chiller souvent à la Cabane à Eudore

Le Ren – Photo: Sébastien Ouellet

Lauren Spear a grandi sur une île et pourtant, l’artiste de 26 ans n’avait jamais joué sur le bord de l’eau. Encore moins sur le bord de la mer sur un site aussi paradisiaque que celui de la Cabane à Eudore. Nous sommes assis tranquillement devant la dite cabane alors que Le Ren se dévoile à nous. Elle est seule dans l’embouchure d’une énorme grange, aussi émerveillée que les spectateurs par le paysage. Quelqu’un me dit qu’elle a des demandes très spécifiques pour sa performance et nous pouvons en cueillir le fruit présentement. Ses chansons country-folk canadiana se marie tellement bien à la situation! Cette prestation sera ma préférée du festival. Lauren est charmante de par sa simplicité, son excitation à peine contenue. Elle nous livre ses états d’âme doucement alors qu’elle peine un peu à accorder sa guitare. Elle semble heureuse d’être là à partager ce moment avec nous.

Le Ren Crédit : Sébastien Ouellet

Petit arrêt à la microbrasserie Le Naufrageur pour voir la prestation d’Ariane Roy. Elle est en mode séduction avec la foule entassée sur un bel espace aménagé dans le stationnement. Elle nous parle d’amour et de frenchs. L’air salin lui monte à la tête et la foule embarque dans sa douce folie.

Ariane Roy Crédit : Sébastien Ouellet

Ma course effrénée en sol gaspésien se termine sur un matelas de gymnase dans un aréna désert. Les arénas vides semblent tous hantés. C’est du moins ce que je me dis, visiblement atteint d’une insolation.

Totalement Sublime Crédit : Sébastien Ouellet

Les gars de Totalement Sublime ont concocté une série de prestations uniques qu’ils testent sur la route dans différents festivals. Ils semblent d’inspirer des lieux qu’ils croisent. Ils nous disent avoir enregistré du saxophone sur la plage plus tôt en journée. Ils sont accompagnés de l’artiste visuelle Emma Forgues, venue pour créer live devant nous. Nous assistons à un véritable laboratoire audiovisuel. Nous avons droit à une expérience hors des sentiers battus. Emma n’a pas recours aux visuels psychédéliques habituels, y allant plutôt de modélisations 3D et de visuels abstraits.

Totalement Sublime Crédit : Sébastien Ouellet

J’va te prendre un gin tonic, bae

Petite déception au menu : j’anticipais beaucoup les after-party Shift Radio. Malheureusement, le sous-sol du Umi Yama, un sushi bar gourmet, ne m’a pas séduit. Avec des breuvages hors de prix et une foule très normative, je n’ai pas pu apprécier les prestations de Pascale Project et softcoresoft que j’attendais impatiemment. La terrasse arrière du bar fut plutôt mon refuge pour les fins de soirée et lors des prestations présentées par le Mixbus Studio, dont celle de l’artiste RnB Sun.

Sun – Photo : Sébastien Ouellet
softcoresoft – Photo : Sébastien Ouellet

Finalement, le Festival BleuBleu est plus qu’un festival. Par sa programmation qui n’est pas surchargée, nous avons le temps de découvrir ce coin paradisiaque de la Gaspésie. Nous avons reçu un très bel accueil et, comme un ami chroniqueur me l’a fait remarquer, les gaspésien-nes ne se gênent pas pour nous sourire quand nous les croisons sur le bord de la 132.

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