« Live Slow Die Wise », l’introspection calme de Geoffroy

GEOFFROY
Live Slow Die Wise
Bonsound

Le 19 janvier dernier sortait le troisième album de l’auteur compositeur-interprète montréalais Geoffroy « Live Slow Die Wise ». Un très doux voyage, naturaliste, simple et d’une chaleur réconfortante.

Dès As My Old Man Always Said, on sent une quiétude profonde, immergés lentement dans un univers fait de pas grand chose (une guitare, quelques accords, une mélodie simple) mais qui fonctionne très bien. La sobriété des arrangements permet de mettre l’artiste en avant, il se dévoile avec une tranquillité contagieuse.

Centrées autour de la guitare acoustique, les chansons se gonflent parfois d’une légère basse ou d’un piano (dans Youngblood par exemple) afin de s’élever vers une sorte de grâce discrète, qui ne franchit jamais la ligne du pathos. Ainsi les instruments disparaissent comme un rêve, et on se retrouve toujours seul avec Geoffroy.

Au niveau des textes, il y’a pas mal de mélancolie amoureuse dans « Live Slow Die Wise » : Strangers On a Train est un bel exemple, où on suit Geoffroy dans des réflexions sur la séparation :

With time we’ll get over-over each other
We’ll put on different faces
Like strangers on a train

Geoffroy – Strangers on a Train

Une de mes pièces préférées est Santa Catalina : un beau moment instrumental qui fait office d’entracte, on y entend des arpèges de guitare, des voix lointaines ainsi que quelques sons d’oiseaux. On y entend aussi le silence, et on se dit alors qu’un album qui laisse place au silence c’est assez rare de nos jours.

L’artiste, qui n’a décidément pas grand chose à envier à Jose Gonzalez ou Bon Iver, réussit à nous avoir avec des formules certes déjà entendues, mais exécutées avec une élégance rare. Les morceaux s’enchainent avec une grande simplicité. Très court (25 minutes), ce bel album laisse voir la sincérité de Geoffroy qui teinte chaque note.

L’album se termine sur Life As It Comes, qui met à l’honneur le piano plutôt que la guitare, ce qui nous enfonce encore dans l’intimité. On pense alors à Patrick Watson, ou même par moments aux premiers albums de Coldplay, une variété bienvenue.

C’est sans surprise qu’on apprend que « Live Slow Die Wise » a été co-réalisé par Louis Jean Cormier, dont le dernier album « Le ciel est au plancher » .était aussi un bel exemple de sobriété.  La réalisation laisse parfois entendre des sons extra musicaux (bruit de bras sur la guitare, respirations) qui nous rapprochent un peu plus de l’artiste. Les textes sont parfois assez dark, mais Geoffroy n’est jamais déprimant, il est par contre toujours mélancolique, et nous plonge dans sa rêverie avec beaucoup de finesse, On finit par avoir une impression de partage, de proximité.

Cet état d’introspection qui nous guette depuis presque deux ans, il nous avait rarement paru aussi naturel et allant de soi : Avec «Live Slow Die Wise», Geoffroy nous permettra sans doute de tenir un peu plus dans cet hiver 2022 plutôt compliqué et de faire la paix avec la solitude.

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