Les beaux bonsoirs de Lou-Adriane Cassidy

LOU-ADRIANE CASSIDY
Lou-Adriane Cassidy vous dit : Bonsoir
(Bravo Musique)

Play.

« J’espère encore que quelque part l’attente s’arrête ».

Oh, ça niaise pas!

Sur son deuxième album intitulé « Lou-Adriane Cassidy vous dit : Bonsoir », l’autrice-compositrice-interprète de Québec ne perd pas de temps. Elle se lance tout de suite, un riff de guitare rock en arrière-plan. Loin de la pop franchouillarde qui prenait beaucoup de place sur La fin du monde à tous les jours, Cassidy nous offre dix chansons qui s’écoulent rapidement. Vingt-quatre minutes qui en ont l’air de quinze!

Un exercice de concision qui surprend, mais qui est particulièrement efficace. Aux textes, Cassidy et Alexandre Martel (a-t-il besoin de présentation?) ont concocté de belles petites histoires avec une impressionnante économie de mots. À la musique, les compositions de la jeune femme ne laissent aucune place aux temps morts. Chaque seconde compte, et elle est utilisée à bon escient.

Réalisé par Cassidy et Martel (avec l’aide de Simon Pedneault, également fidèle au poste avec ses guitares), on retrouve des vieux chums (Pierre-Emmanuel Beaudoin et Vincent Gagnon, entre autres), mais aussi quelques collaborations surprenantes comme Thierry Larose, qui joint sa voix à Ariane Roy et Jean-Étienne Collin-Marcoux sur la très seventies Réponds.

Lou-Adriane s’est concentrée sur ses forces : une voix chaude et grave (quoiqu’elle n’hésite pas à grimper de quelques octaves à l’occasion, et elle le fait mauditement bien), des mélodies accrocheuses, des arrangements parfaitement au point. Elle a également ajouté quelques cordes à un carquois bien garni : en plus de leur concision, les textes frappent fort. Ils sont imagés, colorés, même dans leurs moments les plus gris, comme sur Entre mes jambes :

Entre mes jambes
Je sens rien
Je sens rien

Dans mon ventre
Y’a rien
Y’a rien

Ces quelques mots en apparence banals sont pourtant lourds de sens. Ils vont droit au but, sans appel. Ce vide dans les tripes (et plus bas), il est verbalisé de façon tellement crue et directe que dans mon ventre à moi, y’a eu quelques nœuds qui sont apparus.

Sur le plan musical, on trouve ici beaucoup plus de variété que sur « C’est la fin du monde à tous les jours ». Il y a bien quelques relents de pop française ici et là (magnifique Alors), mais on a aussi droit à du bon gros rock (J’espère encore que quelque part l’attente s’arrête ou Écoute-moi, à l’esprit un brin riot grrl sur laquelle je ne serais pas surpris de voir un peu de body-surfing en spectacle), du pop-rock plutôt léger (Je suis arrivée, ou la très « chilleuse » Réponds avec sa finale cathartique pleine de la la la), de la pop avec une touche de soul qui n’est pas sans rappeler Ariane Roy (Oui le serpent nous guette), et y’a même un petit morceau de cabaret sur Bonsoir, où les doigts de fée de Vincent Gagnon accompagnent une Cassidy qui ne se prend pas trop au sérieux. En tout cas, on va savoir que le show est fini quand on va l’entendre live (checke ben Boivin, elle va la mettre au début du programme)!

OK, il faut aussi parler de Le corps en mouvement. Écrit et composé par un certain Stéphane Lafleur (euh… Avec pas d’casque?), il s’agit tout simplement d’un petit moment parfait. Aux antipodes des autres pièces de l’album, cette pièce à l’instrumentation dépouillée, aux vers qui « dépassent un peu les marges » et aux rythmes pleins de langueur se démarque par sa durée (à 3 minutes 26, c’est la plus longue chanson de l’album) et sur l’espace qu’elle donne autant aux textes qu’à la mélodie. Et Cassidy la met vraiment à sa main en plus d’y offrir une de ses meilleures performances vocales (elle a un gros registre, Lou). Lafleur est vraiment dans une classe à part en termes d’écriture et de composition, et on en a une autre preuve ici. Un grand moment qui, heureusement, n’éclipse pas le reste de l’album.

« Lou-Adriane Cassidy vous dit : Bonsoir » est une des belles œuvres musicales de 2021. L’artiste nous présente de nombreux traits de sa personnalité qu’on ne connaissait pas encore. Elle est bien plus que la jeune femme mélancolique de « C’est la fin du monde à tous les jours ». Elle a plein de choses à dire, elle a envie de les exprimer de différentes façons (parfois brutalement), et elle le fait bien à chaque fois. On sent à chacune des 24 minutes de l’album que c’est celui que Cassidy voulait faire, et elle va pouvoir le porter bien haut partout où elle va passer. C’est tout ce qui compte.

Solide du début à la fin (qui arrive trop vite, batèche).

Bonsoir, Lou!

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