Bon Mon Doux Enfant Saigneur au Grand Théâtre

Mon Doux Saigneur – Photo : Jacques Boivin

Initialement prévu en mars 2021, le Grand théâtre de Québec nous proposait le 10 septembre un plateau double avec Bon Enfant et Mon Doux Saigneur. Sur l’affiche, les noms des deux formations s’entrecroisent pour qu’on y lise « Bon Mon Doux Enfant Saigneur ». La photographie qui l’illustre est quant à elle une superposition des membres de Bon Enfant et d’Emerick. Mais alors, qui est la réelle tête d’affiche de ce programme? Quand on regarde ce qu’a accompli les formations au courant des dernières années, les deux ont réussi à gagner tellement de notoriété et de reconnaissance du public qu’ils en sont exæquo, chacun à leur façon. Deux têtes, un spectacle complètement disjoncté.

Bon Enfant – Photo : Jacques Boivin

Bon Enfant

Après avoir suivi pendant trois jours Bon Enfant en tournée, je me demandais bien ce que je trouverais de plus à dire. Pourtant, je me laisse surprendre à chaque fois par la fougue du groupe et par l’énergie contagieuse qui s’empare chaque fois de l’assistance. Après à peine quelques chansons, Daphné Brissette (voix) a d’ailleurs invité son public à libérer cette énergie en nous lançant un « Awaye! Tout le monde deboute. Restez à vos places, mais deboute! » Si c’était assez directif, la foule ne s’est pas sentie priée et a suivi la demande sur le champ.

Y’avait de quoi de festif dans l’air, dans les paillettes sur le torse d’Étienne Côté (batterie) et dans la hairography des cheveux frisés de Guillaume Chiasson (guitare) qui flottaient dans la pénombre. Y’avait de quoi de gras pis de pas propre dans la basse d’Alex Burger. Y’avait du suspense dans l’air dans le gros jam de Magie. On avait beau être contraint à nos tables aménagées comme pour un souper-spectacle de jazz-classique, y’avait du rock dans l’air!

Le programme étant sensiblement le même que cet été à l’exception du rappel qui laissait place à Astronaute amateur, leur dernière nouveauté sur les plateformes d’écoute. D’ailleurs, le setlist que propose Bon Enfant est un heureux mélange entre leur premier album et les nouveautés de leur deuxième qui paraîtra le 1er octobre prochain. À voir comment l’assistance a répondu suite au gros solo bien psyché de Guillaume en finale de Sens unique, le public approuve définitivement le nouveau stock. Alors, toi, tu attends quoi pour précommander ta copie de Diorama?

Mon Doux Saigneur – Photo : Jacques Boivin

Mon Doux Saigneur

Nul besoin de vous dire qu’on était encore bien crinqués quand est venu le tour de Mon Doux Saigneur. C’était une bonne et une moins bonne chose à la fois. On changeait complètement de mood. On venait de danser et sautiller un peu partout, mais la musique d’Emerick St-Cyr Labbé et sa gang s’écoute davantage avec nos cœurs et qu’avec nos corps. Peut-être aurait-il été plus judicieux d’inverser les deux groupes? J’avais l’impression d’avoir mangé le dessert avant le souper et d’avoir les papilles un peu trop saturées de sucre pour apprécier la totalité des subtilités qu’on nous proposait.

Visiblement je ne devais pas être la seule, car le public s’est fait moins démonstratif, plus amorphe, que pendant Bon Enfant. Pourtant, Mon Doux Saigneur ne nous a pas laissé sur notre faim, le souper était quand même copieux et parfumé. L’un de ses meilleurs aromates était l’apport du Pedal Steel entre les mains de David Marchand. Si le Pedal Steel est dérivé de la Steel Guitar, il en reste que l’instrument offre des nuances organiques riches et intéressantes qui donnaient par moment des airs hawaïens aux pièces.

On a également revu la recette de base en modifiant l’arrangement de la majorité des pièces. Depuis le lancement d’Horizon en mars 2020, les pièces ont gagné en maturité, en subtilité. On joue avec les moments planants, on laisse suspendre les notes pour qu’elles se frayent doucement un chemin dans nos oreilles. L’interprétation vocale a également été imaginée autrement donnant plus de puissance au texte. Au final, Mon Doux Saigneur nous a offert une expérience de scène. On a dévoilé une facette différente de chansons qu’on déguste dans le confort de notre salon. On a pris le temps de sortir de notre zone de confort pour vivre autre chose et c’est satisfaisant.

On aurait toutefois pu condenser un peu plus la sauce pour ne pas trop en perdre la saveur. Emerick et ses musiciens ont été généreux, peut-être même un peu trop. On aurait pu retrancher quelques pièces pour garder une plus grande constance, du moins dans le cadre de ce plateau double. Dans tous les cas, Mon Doux Saigneur a su livrer une performance d’une grande qualité et la foule légèrement turbulente a su bien le lui témoigner.

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