Le Festif, jour 3 : En crescendo

Dominique Fils-Aimé – Photo : Jacques Boivin

Ça a commencé tout en douceur, l’énergie a monté lentement toute la journée, et ça a fini en lion (bonne chance aux personnes qui vont aller voir Mon Doux Saigneur à 4 h 45). Cette troisième journée du Festif de Baie-Saint-Paul aura été fertile en émotions. Et les festivaliers auront eu droit à une traditionnelle douche froide, gracieuseté de Dame Nature. Compte rendu :

Flore Laurentienne

Flore Laurentienne – Photo : Jacques Boivin

Tout le monde qui a vu Flore Laurentienne en concert m’en parlait comme si c’était le truc brillant de l’histoire de la Terre. OK, on va aller voir ça, et quoi de mieux que le quai de Baie-Saint-Paul pour écouter de la musique qui fait pleurer?

Accompagné de six musicien.nes (dont un quatuor à cordes), Mathieu David Gagnon nous aura rapidement mis dans sa petite poche d’en arrière grâce à ses longues pièces qui s’envolent lentement, mais sûrement, et qui nous font voler nous aussi. Assez pour qu’on voie le fleuve au complet.

La musique de Flore Laurentienne est un match parfait pour cette scène buccolique. Le bruit des vagues, les cordes qui évoquent le vent, les synthés qui nous emmènent voir les poissons si on se ferme les yeux un instant, il peut bien y avoir des pièces qui s’appellent Fleuve No 1 et Fleuve No 3 sur l’album Volume 1!

Une heure de pure voltige qui a fait du bien à l’âme.

Dominique Fils-Aimé

Dominique Fils-Aimé – Photo : Jacques Boivin

Quel bonheur de voir la Montréalaise Dominique Fils-Aimé, dont le troisième album Three Little Words figure sur la liste courte du Prix de musique Polaris!

Dès le départ, l’autrice-compositrice-interprète nous avertit : elle nous emmène en voyage, il n’y aura pas de moments propices pour applaudir entre les chansons, on n’a qu’à se fermer les yeux et profiter du moment.

Et pourtant, si les chansons s’enchaînaient l’une avec l’autre sans temps morts, on a eu l’occasion d’applaudir ses musiciens qui se sont lancés tour à tour dans des soli assez incroyables. Voyez-vous, c’est que madame Fils-Aimé laisse beaucoup de place à ses musiciens, et ça crée pas mal de flammèches.

Mélangeant habilement le jazz, la pop, la soul, le R&B et le funk, Fils-Aimé s’est promenée allègrement dans son répertoire (ses trois albums formant une trilogie qui s’apprécie fort bien de bout en bout, on comprend pourquoi). Ça a donné énormément de variété à cette prestation qui nous aura permis de visiter l’âme d’une artiste talentueuse.

Et en voix. Fuckin’ en voix.

Helena Deland

Helena Deland – Photo : Jacques Boivin

Que serait un Festif! sans au moins un bon gros orage au beau milieu de l’après-midi? C’est ce qui est arrivé quelques minutes avant la deuxième prestation d’Helena Deland dans la cour à Joanne.

Ça a tombé fort, mais ça n’a pas tombé trop longtemps, et nous voilà quelques minutes plus tard en train d’apprécier les douces chansons de la jeune femme.

C’est pas la première fois que je vois Helena en formule solo et je vous avoue que c’est pas mal ma version préférée. Même sans avoir une énorme présence scénique, la jeune femme sait capter toute notre attention avec son folk doux et mélancolique.

On a eu droit à un mélange de nouvelles et de moins nouvelles chansons qui nous ont permis de goûter au talent d’autrice et de compositrice de Deland, sans oublier sa magnifique voix éthérée qui a chassé les nuages gris dans le ciel, comme si tout ce qu’il fallait pour calmer la colère de Dame Nature, c’est un peu de douceur.

Bon, je prends une petite pause d’écriture, je reviens avec Valence :

Socalled

Socalled – Photo : Marie-Laure Tremblay

(Par Marie-Laure Tremblay)

Dans un décor lavé par l’averse, que notre famille reconstituée a traversé le village pour découvrir une des nouvelles scènes du Festif, on s’est retrouvées devant l’impressionnante « Maison abandonnée ». On a profité pour aller cueillir un microbouquet de fleurs et des insectes dans le champ derrière, question de s’immerger dans le décor et occuper Mlle Charlotte.

Nous avons pris place autour de frisbees, réchauffés par la performance de Pogonat et Bastien, la foule se faisant plus danse pour accueillir la musique festive de Socalled. Visiblement heureux de renouer avec une scène, chaleureusement accueilli par la foule, il nous a rapidement entraînés dans un monde unique mélange de musique klezmer, rap, électronique… et un peu de La Bolduc!

Et c’était parti pour presque une heure de rythmes endiablés, de sax sautillant, de danse et la consécration de la nouvelle vedette, Patrice le bassiste.

Pour moi, Socalled reprend à lui seul l’ambiance du Festif. À la fois l’énergie contagieuse d’une fanfare, l’humour bon enfant et le DJ-set où on peut danser jusqu’aux petites heures. Ça aurait pu ne jamais s’arrêter…

Valence

Valence – Photo : Jacques Boivin

Le groupe chouchou de la ville de Québec Valence a profité de sa première présence au Festif pour casser la baraque et se faire quelques nouveaux fans. Avec une pop maximaliste qui joue sur tous les tableaux, Vincent Dufour et ses potes nous ont fait chanter (damn, y’a donc ben du monde qui connaît les tounes de Cristobal Cartel par coeur!), taper des mains, danser, rire aux éclats, pas mal toutte.

Je ne vous apprendrai rien en vous disant que les six petits garçons dans le vent sont de belles bêtes de scène, et leur exécution enthousiaste de chacune des pièces était si contagieuse que… que… que j’en perds mes mots.

C’est quand on entend les nouvelles chansons (celles qui vont figurer sur Pêle-Mêle, à paraître le 10 septembre) qu’on se rend compte que Valence risque de frapper fort et longtemps. Bien sûr, tout le monde connaissait déjà les paroles d’America (jouissive avec son petit côté sixties) et La vie attend pas, mais ce sont les nouveaux morceaux comme Rosier (vous êtes pas prêt.es à danser comme des malades là-dessus) qui m’ont le plus impressionné.

Ça serait mon coup de coeur du Festif si j’étais pas déjà aussi vendu. À revoir à Québec, au Grand Théâtre, le 11 septembre. M’a être là. En avant. En train de danser comme un con et de chanter comme un coyote.

Jesuslesfilles

Jesuslesfilles – Photo : Jacques Boivin

Faut qu’on s’entende sur un truc avant de parler de la prestation : la scène de la bétonnière, avec sa boule disco suspendue au-dessus de la foule et son mur d’autos écrapoutes, est complètement cinglée. Les faisceaux lumineux qui nous tombaient dessus comme des rayons, la boucane, les projections de commanditaires sur un silo, fuck que c’était beau.

J’ai pas compté le nombre de tounes jouées par Jesuslesfilles, mais y’en a eu beaucoup. Énormément de stock de l’excellent L’heure idéale (dont L.A. avec Laurence-Anne qui passait dans le coin, COMME PAR HASARD), mais aussi quelques plus vieux trucs balancés avec une énergie qui s’approchait du désespoir.

Une heure de riffs assassins, d’harmonies vocales très rock and roll, de fuzz et de musique forte, malgré mes vieilles jambes fatiguées, j’ai trouvé en masse d’énergie pour danser comme si la COVID était annulée.

Et si on se fie sur le parterre devant la scène, rempli de gensses qui dansaient collés collés, le sourire aux lèvres, on peut se dire que la COVID est officiellement annulée.

Corridor

Corridor – Photo : Jacques Boivin

La foule de plus en plus compacte à l’avant avait VRAIMENT hâte de voir la prestation du groupe montréalais Corridor.

Le quintette nous a fait voyager à fond de train dans son univers rythmé, le volume à 12 sur 10. Une succession de vieilles et de nouvelles tounes balancées une après l’autre comme des tonnes de briques.

Un univers étanche dont on peut difficilement sortir une fois pris dedans.

J’ai malheureusement dû partir avant la fin du set, mais tout au long du retour, j’ai pu entendre clairement les pièces du groupe qui « berçaient » les Baiesaintpaulois, comme un tendre « Bonne (courte) nuit » qui nous rappelait les Festifs du bon vieux temps. Marcher au son de Domino, c’est quand même quelque chose.

Manquait juste une fanfare à côté de l’église.

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